Raté, mon vieux

raphaeld

L'orage gronde au-dessus de la ville. Je compte les secondes. Je ressens au plus profond de mon être une peur animale, qui doit dater du temps de mes ancêtres, enturbannés sur les dunes millénaires du Sahara. Je la connais bien, elle m'a saisi les tripes plusieurs fois par le passé. Quand nous étions sur la plage, ou en haute montagne. Les nuages noirs à l'horizon me donnaient la chair de poule, et je courais me mettre à l'abri, peu importaient les remarques et moqueries de mes compagnons.

...Huit, neuf. La foudre a frappé à au moins trois kilomètres, tout va bien. Et, soudain, j'entends l'air crépiter, je vois les électrons s'échapper brusquement de leurs cages, je vois une lumière aveuglante à la fenêtre, et je ressens dans mes boyaux un bruit que je n'ai jamais connu jusqu'ici. Un craquement qui secoue les murs de mon appartement, m'arrache à mes réminiscences. J'ai cru entendre des cris dans la rue. Oui, je crois bien que la foudre s'est abattue sur le levier métallique fixé au-dessus de ma fenêtre centrale. Tu n'étais pas loin, mais c'est encore raté, mon vieux. Je suis toujours là.

Quoi, tu crois que ma plume noire révèle une âme qui a perdu ses teintes ? Un cœur qui ne demande qu'à s'arrêter ? Tu pensais m'exaucer ? Oh, pauvre naïf. Tu ne me connais donc pas.

Tu ne soupçonnes pas la flamme qui m'habite, cette envie de vivre, de ressentir, d'échouer, de surmonter. Tu ne te doutes pas de l'optimisme dissimulé qui coule dans mes veines, de cette foi inébranlable en des jours meilleurs.

Quand bien même je peux souffrir à en crever, quand bien même je ressens toute la douleur du monde, quand bien même les cris de l'humanité toute entière m'habitent, moi, je garde les yeux fixés sur l'horizon, et je sais que les nuages passent, que la tempête n'est qu'éphémère ; je sais que la vie est longue, et la jeunesse éternelle.

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