Roal Dahl, ou l’éloge du bizarre

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Figure incontournable de la littérature jeunesse, Roal Dahl(1916-1990) est aujourd’hui à l’honneur avec la réédition aux éditions Gallimard - en version collector - de huit de ses romans. L’occasion de faire découvrir à nos bambins - et pour les autres, de redécouvrir - l’univers grinçant et coloré de ce maître du bizarre.

Depuis plus de 50 ans en effet, Roal Dahl peuple notre imaginaire d’enfants courageux et têtus - Matilda, Charlie(et la chocolaterie), James(et la grosse pêche) - aux prises avec des adultes fous, tantôt bienveillants, tantôt tout-puissants et manipulateurs. Souvenez-vous des épreuves imposées par Willy Wonka à Charlie et ses concurrents dans sa démentielle fabrique de friandises aux allures de palais, des vilaines tantes de James, de la redoutable Potion magique de George Bouillon, des pouvoirs de télékinésie de Matilda apparus pour sauver sa maîtresse, ou encore de la lutte apocalyptique mené par Le bon gros géant pour extirper l’Angleterre des griffes de monstres dévoreurs d’enfants. Autant d’images qui restent en mémoire, autant de combats menés contre l’injustice au nom de valeurs - l’humilité, la ténacité, l’amour - que l’on aimerait voir triompher plus souvent.

Aussi le monde de l’enfance de Dahl frappe-t-il toujours et encore par l’inventivité qui lui permet d’échapper au réel. Très tôt orphelin de père, puis engagé volontaire comme pilote pendant la Seconde Guerre Mondiale, Roal Dahl demeure en effet le héraut inégalé de ces terreurs enfantines susceptibles de nous oppresser même une fois devenus grands. Et pourtant, on n’éprouve nul malaise à la lecture de ses contes, tant la légereté de ton suffirait à désamorcer le pire des sortilèges. Quel que soit son public, jeune ou moins jeune, et l’inquiétude qui pointe derrière ses mots, Dahl parvient toujours à surprendre et à faire rire. Formidablement illustrées par Quentin Blake, autre sommité de la littérature jeunesse, ses histoires pour enfants ont inspirées nombre d’adaptations télévisées et cinématographiques, dont le savoureux Charlie et la chocolaterie de Tim Burton. A les retrouver aujourd’hui, les récits de l’écrivain gallois n’ont rien perdu, malgré les nombreuses oeuvres fantastiques nées dans leur sillage, de leur élégance, ni de leur singularité. Gageons que sans Roal Dahl, Harry Potter n’aurait jamais vu le jour.


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