Rupture

Elodie Legale

C'était un chaud soir d'été. De retour d'une courte semaine de vacances entre meufs, j'avais le sourire aux lèvres, le teint reposé, les pores de ma peau qui transpiraient le soleil et qui sentaient le sable chaud bref, ressourcée.

Il m'avait donné rendez-vous chez lui vers 23h. J'étais toute excitée de le retrouver. Notre relation sentait bon le neuf, nous n'avions que deux mois de parcours ensemble. Nous nous entendions tellement bien. On riait, on parlait, on rêvait. Nous étions torrides et complices. Il parlait déjà d'emménager ensemble dans son beau duplex. Doucement, pas de charrue avant les bœufs, mais ça semblait être bon signe.

22h57. Le cœur qui bat, les papillons dans le ventre, je monte dans l'ascenseur.
22h59. Je sonne. La porte est entrouverte. Je la pousse. Heeeyy :) câlin ! Ah non pas câlin. Tu fais une drôle de tête. Ça va ? Il faut que je te parle. Ouh là.

Mon cœur s'est accéléré un peu plus fort. Ecoute j'ai bien réfléchi, je préfère qu'on s'arrête là. Quoi ? Pourquoi ? Je ne me sens plus en couple. Hein ? Ca veut dire quoi, tu peux être plus clair ? Désolé. C'est tout ? Tu ne te sens plus en couple ? Genre ce matin tu t'es réveillé en te disant « tiens, je me sens célibataire aujourd'hui » ?! Je préfère te dire ça avant de te tromper.

Aïe. J'ai mal. Attends, je manque d'air dans cette gorge serrée. Dis-moi ce que c'est une blague. Désolé. Il n'a su dire que ça. Désolé.

J'ai quitté son appartement. J'y voyais plus rien avec toutes ces larmes qui m'embuaient.
Attends ! Pleine d'espoir, je me retourne. Il a peut-être parlé trop vite. Il regrette peut-être déjà.T'as oublié ton gilet. Ah. Bon. Merci. De toute façon, je vais le brûler.
Clé sur le contact. Moteur. Ça roule.

Rouler. Vite. Loin. Les yeux embués, j'ai sorti mon téléphone pour appeler mon meilleur copain. Allô, c'est moi. Il m'a largué. Sans raison. Bâtard.

Merde… les flics.

- Bonsoir, ça fait au moins dix minutes que vous téléphonez au volant madame.
Et alors, sans la moindre dignité, j'ai fondu en larmes.
- Mais pourquoi vous pleurez ?
- Désolée, c'est bête. Je viens de me faire larguer comme une merde, par une merde et pour une raison de merde. Merde.
- Je suis navré ma p'tite dame mais c'est dangereux, surtout dans votre état. Allons… ne pleurez plus, ça ira pour cette fois… Et puis mignonne comme vous êtes vous retrouverez quelqu'un bientôt.  Ça va aller ? Vous voulez qu'on vous escorte ?
- Non merci, je suis presque arrivée mais merci.

J'ai reniflé et essuyé mes larmes. Il valait quand même pas la peine de me planter sur la route. Ni de me taper une amende. Merde.

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