Sakura

plumedesang

Nouvelle que je viens de terminer.

C'est fini je ne la reverrai plus, mon premier grand amour. Si seulement j'avais su, j'aurais écouté ses nombreuses mises en garde. Je ne l'ai pas fait. Je l'ai perdue à jamais.


Je l'ai rencontrée lorsque je venais d'emménager au Japon. Elle disait s'appeler Sakura. Fleur de cerisier, un nom à ravir pour une femme ravissante. De petite taille, des cheveux noirs soyeux tombant en cascade jusqu'à sa chute de reins, un teint de porcelaine. Ce qui me faisait le plus fondre cependant, c'était sa particularité, celle qui faisait qu'elle était unique: ses beaux iris luisaient en permanence d'un éclat rose pale, presque nacré. Elle disait ne pas avoir de famille et très peu d'amis. Je ne pouvais que compatir à sa solitude, qui faisait écho à la mienne. Lorsqu'elle était triste, je partageais sa peine, pleurant avec elle. Lorsqu'elle était gaie, elle illuminait mon cœur. Même si j'étais fou d'elle et que j'aurai été prêt à tout pour la rendre heureuse, un détail me faisait souffrir. Je n'étais autorisé à la voir pendant la nuit, ainsi, nous n'avions jamais partagé le même lit.


Nous vivions chacun dans notre appartement. Aussi, nous passions le plus clair de notre temps commun à arpenter les rues. Ma bien aimée ne supportait pas d'être enfermée. Elle pouvait passer des heures entières à contempler les arbres, sentir la caresse du vent sur sa peau, écouter le doux clapotis d'un ruisseau coulant non loin.


Malgré mes suppliques pour que nous puissions nous voir la nuit, elle se montrait inflexible, arguant que si cela arrivait, c'en serait fini de nous, et que jamais plus je ne la reverrais.


Mais une nuit, je décidai d'aller à l'encontre de son souhait. Je feignais de la quitter pour la nuit, mais je comptais la suivre. Que pouvait-elle donc faire, pour que je ne sois pas autorisé à rester avec elle? Elle marcha d'un pas vif en direction d'un parc que je ne connaissais que trop bien. C'est sous l'ombre de ses cerisiers que nous avions échangé notre premier baiser. Parvenue à destination, Sakura s'arrêta de marcher. Je me cachai derrière un arbre. Elle restait plantée là, visiblement à attendre. Alors c'était ça! La raison pour laquelle elle ne souhaitait pas me voir la nuit était qu'elle me trompait avec un autre. Dégouté, en larmes et le cœur brisé, je sortais de ma cachette pour aller lui parler une bonne fois pour toute. Au diable ses mises en garde! Surprise et paniqué de me voir, elle eut un mouvement de recul, avant de fondre en larmes et de me dire de m'en aller tant qu'il en était encore temps. Et puis quoi encore? Le soleil venait de se coucher, la nuit de tomber. Se produisit alors une chose que je n'aurai jamais cru voir.


A la place de Sakura il y avait quelques secondes plus tôt, se tenait maintenant un majestueux cerisier garni de délicates fleurs. Et le vent de murmurer au creux de mon oreille: « Je t'avais dit de partir lorsque tu en avais encore le temps, mais tu n'as pas voulu m'écouter. Vous les occidentaux, vous n'en faites qu'à votre tête. Maintenant tu me vois sous ma véritable forme. Aussi, comme tu connais désormais mon secret, c'est fini. Jamais plus tu ne me verras. Adieu... »


Ainsi, je m'étais épris d'un Kami.

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