Silence

tromatojuice

--- texte inachevé, originellement écrit pour le concours "Requiem pour un tueur" ---


Tom – témoin – extrait de procès verbal :

… j’étais assis là, comme ça, vous voyez. Moi, je jouais sur mon téléphone portable, sans rien demander à personne. Soudain, je vois cette petite nana se lever brusquement de son siège en hurlant. Elle était rouge. Putain. On aurait dit qu’elle allait exploser. Elle avait les yeux injectés de sans. Là, je me suis dit, ça pue ! C’est une junky qui fait un bad.

Mais ses vêtements, ça collait pas. Sa coiffure non plus. Elle avait l’air d’une nana plutôt réservée. Genre un peu bourge. Mais jolie.

Donc, elle se lève en beuglant, et se jette sur ces deux gars là. Je sais pas trop ce qu’ils foutaient, s’ils l’avaient insulté ou quoi. Enfin bon…

Je pense pas qu’ils méritaient ça. 

Elle s’est jetée sur eux, et d’un seul geste, elle leur a arraché la gorge. A main nue ! Putain, y’avait du sang partout. On se serait cru dans un abattoir. Tout le monde dans la rame s’est mis à hurler, ça courrait dans tous les sens. Mais elle, elle a pas bougée. Elle est restée assise près des deux cadavres. On aurait dit –

 

Claude Carrier, commissaire depuis trop longtemps à son goût, fit avancer l’enregistrement.

-          rien entendu. J’avais mon casque sur les oreilles.


Quelque chose dans se vieux os de flic lui disait qu’une atrocité se profilait à l’horizon. Il n’aurait sût dire quoi, mais quelque chose était sur le point de se passer. C’était la trentième déposition de la sorte enregistrée cette semaine, dans son arrondissement uniquement. Sur son bureau, les rapports tapés par ses subalternes formaient une pile haute comme ça. L’assurance de longues nuits sans sommeil.

Depuis quelques semaines, tous les commissariats de Paris enregistraient une hausse drastique de la criminalité. De plus en plus d’individus, biens sous tous rapports, sans aucun casier ni précédent, se retrouvaient plongés dans des affaires sordides. Ca commençait à s’agiter place Beauvau, apparemment le ministre de l’intérieur commençait à avoir des insomnies...

Dans le treizième arrondissement, un père de famille avait éventré sa fille de haut en bas avec un couteau électrique. Il avait eu accès aux photos de la scène de crime, et avait discuté avec les membres de la Scientifique. Ces mecs là ne sont pas impressionnables : c’est leur métier de ramasser des morceaux de gens, de chercher des cheveux, des poils ou des sécrétions. Pourtant, quand ils ont eu fini de ratisser les lieux, ils sont tous rentré chez eux dans un silence de mort. Plusieurs ont racontés que les visions de l’intérieur de l’appartement les ont suivies longtemps après être arrivés chez eux. Il faut dire que le père aimant avait redécoré le salon avec les organes de sa fille. Il y en avait partout, collé du sol au plafond. Le corps humain contient environ 5 litres de sang, ce qui peut sembler peu, mais étalé sur des murs…

Dans le neuvième, une jeune retraitée avait rouée de coup deux jeunes hommes d’une vingtaine d’années.

Dans le quatorzième, une jeune femme, qualifiée de « timide » par ses proches, avait arraché la gorge de deux jeunes hommes. Comme ça, à mains nues. Quand les forces de l’ordre l’ont appréhendée, elle était couverte de sang. Ils l’ont retrouvée, recroquevillée dans un coin de la rame de métro, parfaitement silencieuse. Depuis, elle n’a pas émis un son.

A Paris, les enquêteurs ont fini par découvrir que tous ces crimes, commis par de bons citoyens, avaient un point commun.

 

Fred – mis en garde à vue à titre conservatoire :

Toute cette musique qui nous abreuve du matin au soir, j’en peux plus. Pas un instant sans musique. Chaque minute, chaque seconde, polluée par les dissonances hormonales de foutus hippies.  Des cheveux longs et sales, les pieds nus, et une barbe garde-manger, et paf ! les voilà diffusés à la radio toute la journée. Plus ils sont demeurés, plus ils se lamentent sur leur sort, et mieux ça marche. Et mieux ça marche, plus ça occupe les ondes. Cette soupe radiodiffusée, ce n’est plus de la musique c’est un supplice.

 

Toute cette cacophonie, ça m’empêche de réfléchir. J’ai l’impression d’avoir un orchestre dans le crâne : deux milles crétins qui jouent pas la même partition. Quand je ferme les yeux, je peux presque les voir, tous ces imbéciles qui soufflent, grattent, caressent ou tapent sur leurs instruments. J’en dors plus. J’ai des cernes violacées sous les yeux, on dirait un putain de panda.

 

C’est pas compliqué, le prochain connard qui émet, ne serait-ce qu’une note de musique, je le fume. Je lui fais ravaler son envie de gazouiller, et je l’envoie brouter du pissenlit par la racine. Faudrait voir à pas trop déconner non plus.

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