"SMALL STORIES", L'ONIRISME VERSION DAVID LYNCH

ismahan

La Maison Européenne de la Photographie à Paris expose une quarantaine de clichés, en noir et blanc, de David Lynch. On le connait principalement en tant que cinéaste (Elephant Man, Blue Velvet,...

L'artiste américain de 68 ans, qui a délaissé la caméra depuis près de huit ans (son dernier film, Inland Empire, date de 2006), a reçu carte blanche en 2013 de la Maison européenne de la photographie à Paris pour imaginer une exposition. Patrick Forest, directeur de la galerie d'art Item et l'un des commissaire, explique que "les photographies ont été réalisées entre Los Angeles et Paris". Toutes les oeuvres sont donc inédites. Totalement "lynchéennes", a-t-on envie d'écrire car le photographe nous invite à plonger dans son monde fantasque et surréaliste. Les ouvertures et les fermetures qu'il suggère sont autant d'histoires, de petites histoires comme il l'écrit en préambule : "Les images fixes racontent des petites histoires. Et il arrive parfois que les histoires intéressantes soient de petites histoires (...) Les petites histoires peuvent se développer jusqu'à devenir de grandes histoires ».

On entre dans la première salle, curieux. Superbement encadrées, tirées sur papier glacé, les images sont des écrins où les thématiques se déroulent au fur et à mesure : "Still Life", "Dream". La vie, le rêve. Le cerveau humain, la tête sont également "décortiqués dans des "fenêtres" : "Window with head". Toute une salle sur fond rouge leur est dédiée. L'exploration onirique peut ne pas être partagée, mais la mise en scène feutrée et rythmée, comme sait aussi le faire le musicien Lynch, ne peut laisser indifférent. Le simple visiteur se transforme en spectateur des "small stories".

Le film des "petites histoires" se poursuit dans la deuxième salle. On y retrouve un cliché remanié, celui de "Woman with a gun" ("la femme au pistolet"). La technique de la photographie est transcendée. Il ne s'agit plus de photographier des sujets, des paysages ou des situations. Lynch utilise la technique du photomontage, qu'il maitrise en art nouveau : une même image, dans une mise en forme différente, provoque de nouvelles émotions. Les mondes troublés et angoissants font peu à peu place à l'enfance, l'espoir d'un monde plus léger. On se demande si "Thinking of Childhood", constituée de trois éléments - avion, enfant, cheval à bascule - fait référence à la jeunesse de David Lynch. Dans une interview accordée à Libération, il affirme que «non, mais ça [lui] rappelle des souvenirs d'enfance. Certains [lui] sont très proches, comme si ça s'était passé il y a une minute. D'autres ont 1 000 ans, ou plus. La vie est un jeu, comme la photographie.»

Patrick Forest, lui, définit l'exposition comme un "maelstrom onirique". C'est-à-dire une invitation au voyage offerte au spectateur.

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