"White House", en version afghane

ismahan

Du 22/01 au 29/03/14, la fondation Calouste Gulbenkian (39 boulevard de la Tour Maubourg-75007 Paris), expose les oeuvres visuelles (vidéos, photographies) de Lida Abdul, une artiste afghane.

Née en 1973 à Kaboul, exilée jeune, résidant à Los Angeles, Lida Abdul est forte d'un parcours universitaire exemplaire. Pathos, images de guerre et de soldats exclus, elle oriente son regard vers la vie. Elle propose de découvrir une "White House" loin de l'opulence américaine, de la poésie urbaine d'un Casablanca lumineux. Sa "White House", détruite par la guerre, se construit à son rythme. Un travail tout en nuances qui invite à la réflexion philosophique.

A quoi pense-ton quand on évoque l'Afghanistan ? A un pays en guerre depuis plus de trente ans. Un pays envahi de tous côtés. Un pays qui a sombré dans un intégrisme religieux. Les médias internationaux ont diffusé en continu les atrocités des combats et l'ampleur des destructions. Ils ont relaté la transformation de la société afghane qui a relégué la femme au rang de fantôme, tantôt bleu, tantôt noir, en fonction de la couleur de l'étoffe qu'elle doit utiliser pour se cacher. Très peu de conditions, a priori, pour construire un espace artistique. Lida Abdul a eu envie d'un "retour sur image" sur son pays, son peuple, ses origines. Elle explique qu'elle a "voulu documenter la situation de ces êtres humains qui ont enduré, faisant face tout en étant dépourvus des outils de compréhension nécessaires ; ce qu'ils ont enduré les a dépossédés de la mince couche d'humain et révélé la pure matérialité de l'humain." Son vocabulaire artistique : la photographie et la vidéo.

Au premier étage où commence l'exposition, bienvenue à "White House 4 - 2008". Un accueil qui nous met au pied du mur, ou ce qui semble en rester : des ruines. Un tirage sur aluminium, qui impressionne par sa taille, au format à hauteur d'homme, 240 x 180 cm. Le décor est planté magistralement mais simplement : des débris de maison, un homme debout, du noir et du blanc sur fond de ciel gris. La "Maison Blanche" n'existe plus, mais l'homme, jeune et vigoureux, est vivant et debout. Le génie de Lida Abdul, son positionnement sur la vie, sont "distillés". Isabel Carlos, la commissaire, définit le message d'espoir véhiculé par l'artiste : "Tout est possible quand tout semble perdu". Le visiteur, une fois la surprise du format estompée, peut tranquillement se mettre à côté de l'inconnu, contempler avec lui les ruines. Il pourra ensuite continuer sa découverte dans les autres salles. Elles lui donneront quelques réponses aux interrogations suscitées par cette première image : pourquoi le dos de l'homme est-il peint en blanc ? Pourquoi les pierres et l'ensemble des débris le sont également peints en blanc ?

Loin de la photo "choc" et de la vidéo purement documentaire, Lida Abdul créé une mémoire de l'après-guerre. Une sorte de "résilience" active qui ne s'attarde ni sur les regrets ni sur les douleurs. Les jeux d'enfants existent toujours, le peuple aspire à vivre. Ils ont envie d'une "White House" accueillante. L'artiste apporte sa pierre à la reconstruction du pays qui est le sien. A travers les prismes de l'objectif et de la caméra, elle colle, recolle, ajuste, purifie, les parcelles de sa terre maternelle. Tout comme un enfant qui construit, détruit et reconstruit son puzzle.

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