Songs from the ocean

walkman

La plupart des nuits, je les ai oubliées. Même si toutes ne s'étaient pas apprêtées pour la postérité, le constat a l'arrière-goût d'un pamplemousse. C'est un beau gâchis quand on voit mon âge, parce que des nuits, il y en a eues. Des belles ; des bleues ; des sauvages et des mélancoliques. Mais beaucoup sont passées au travers de ma mémoire, et cela m'attriste. C'est trop de temps qui a été condamné à mort, exécuté, et que la gnôle ne m'aidera pas à ressusciter.

Mais certaines d'entre elles, oui. Elles m'ont accompagné jusques-là, guidant parfois le pinceau, dévêtues sous mes doigts, et tenant à l'équilibre sur le bout de ma langue. Des noires profondes suspendues au-dessus des enlisements et des emmerdements.  Quelques unes ont fait mon nom, ont offert à des inconnus diverses impressions. Une poignée de ces nuits ont été exposées dans les galeries, sur des devantures de bars, ou encore sur des pellicules abandonnées dans des boîtes à chaussures entassées dans les cartons de mes migrations. Parfois elles ont un écho dans le quotidien, quand quelqu'un les évoque sans date. Quand on me parle de ce qui fut grandiose, honteux ou je-ne-sais-quel qualificatif ennuyeux. 

J'aurais aimé retenir toutes celles qui se sont intégralement déroulées sous mes pieds. Lorsque leur traversée à mener jusqu'à l'aube, en duo, et dans l'intimité. Ce sont ces nuits honorables que les natures mortes ne représentent pas, ce sont celles que j'aurais aimé absorber, rembobiner et rejouer à l'occasion. Les nuits m'ont presque toutes rendues sentimentale grâce aux femmes qui ont eu la gentillesse et la maladresse de les parcourir avec moi. 

L'une d'elle m'a fortement marqué. On roulait pour Long Beach dans une bagnole quasi neuve que j'avais empruntée à McLaren. On venait de se rencontrer à peine, 1997. Le coucher de soleil ne sacralisait déjà plus le ciel, il était tard, mais on avait quand même décidé d'aller voir la mer. Dans le bar où on avait fait notre rencontre, on devisait sur les beautés banalisées, et on s'était entraînés à rouler pour aller en voir, peut-être finir par y faire l'amour, ou s'y saouler. J'ai arrêté la voiture et on a regardé la mer. On ne la distinguait plus du ciel, il n'y avait plus d'horizon, il ne restait plus qu'une ironie. Deux adultes perdus pour la vie, devenus de vrais experts en tabagie et en beuverie. On a fait du temps une longue discussion où le passé et l'avenir sont expliqués en rythme lent. Elle qui disait qu'elle pensait des fois à la mort, moi qui me fichait de la mienne. Et puis sa vie d'infirmière, et puis ma vie d'infirme. On s'est embrassé quand l'aurore est monté, on avait plus rien à fumer, on avait tout bu. 

Ses mots étaient devenus des murmures dictés pour mes oreilles. J'aimais bien son timbre, j'aimais ce qu'elle avait dit sur elle, comment elle voyait ses choses. La nuit mourante était devenue une chanson écrite pour elle, elle y était devenue vraiment très belle. J'ai aimé qu'elle m'embrasse fort, devant la mer. J'ai aimé y être, et y être avec elle. 

Les femmes et les nuits sont soeurs en certains domaines. En leur présence, parfois, il est bien difficile de distinguer ce qui appartient au ciel et ce qui appartient à l'océan, et l'on apprend trop tard si l'on s'envole ou si l'on se noie. Les frontières sont brouillées et l'on y gagne souvent un doute sur l'horizon. Cela représentait bien assez ma vie de ces eaux coulées de 1997, et encore les usées d'aujourd'hui. Mais ce qui appartient à mes certitudes, c'est que les femmes substituent bien aux rêves que j'ai délaissés pour les beautés banalisées à voir avec elles. Finir avec les balafres de ces sentiments est tout-à-fait moins triste que les perspectives nettes promises par tout le reste de ma vie. 

Même si la mémoire ne peut me garantir de ne pas les perdre, les nuits et les femmes sont des chansons qui ont été inspirées par l'océan. Des belles ; des bleues ; des sauvages et des mélancoliques. 

  • Je suis arrivée au bout sans m'en rendre compte: "Hé mais quoi c'est déjà fini ?!"
    Preuve que j'étais bien embarquée. De chouettes tournures par endroit, un regard qui capte, surtout, l'attention.
    "La nuit mourante était devenue une chanson écrite pour elle, elle y était devenue vraiment très belle. J'ai aimé qu'elle m'embrasse fort, devant la mer. J'ai aimé y être, et y être avec elle. "
    ça j'aime beaucoup ça coule tout seul, et produit son effet. Bien vu.
    La fin très belle, un peu comme un rideau qui tombe tout doucement.
    Très chouette, une bonne lecture du matin.

    · Ago almost 7 years ·
    Avat

    hel

  • Hisse,éé,O,cépage ventile,O,mets mais,main,ce,Z,UT,c est déjà jade d opale,fini,Bravo,sue,bl,hymne,ce Texte pupille d iris,Bonne cornée en craie,soirée d Orion,crayon,sillons,.

    · Ago almost 7 years ·
    2012 09 07 12.19.16   copie 92

    Fil,Hip,Oohhh, 18 Rockin Cher

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