• Le Piano Vache •

Sandra Von Keller

Passion retranscrite pour l'amour et le rêve du Maître Piano...

Depuis toute petite, mes yeux et mes oreilles sont toujours ébahis face aux pianistes qui puent le talent et qui sont capables de faire jaillir une marée d'émotions. Mes fameux doigts trop grands ont longuement rêvés de parcourir ces précieuses touches pour en faire une symphonie mélodieuse...


Mais, Indomptable, inaccessible, toujours à les guetter du coin de l'oeil avec envie. Je n'ai toujours fait que contempler des plus vieux au plus gracieux pianos leur élégance et leur silence qu'ils m'imposaient. Il me suffit d'apercevoir ou d'entendre cet instrument pour imaginer avec grande Chimère mentale, quelques notes qui s'entre-tuent entre le grave et l'aiguë. 


Tantôt blanches ou noires. Intonations de plus en plus légères ou acharnées. C'est un désir de valse folle sous la tempête.


Et toujours ces "Un jour... " Un jour, cet instrument sera mon meilleur ami, mon amant, mon confident.


Mes doigts frôleront avec amour ces joyaux, mais aussi avec grand pouvoir, sous une cascade de merveilles sonores, je réveillerai mes Fantômes et mes larmes en estompant ma rage et en faisant frétiller mon âme sous ces cordes qui vibrent.


Comptine d'un autre été demeure dans ma mémoire, les images de Paris me viennent en tête, car je conserve ce merveilleux souvenir de Laure et ces lumières. Ce petit brin de demoiselle qui jouait avec grande délicatesse dans un immense appartement face à la masse grouillante et ces Échos de Rêve... Ce côté dramatique, irréel, Intouchable, ces notes dans l'air qui se déversaient lentement et se collaient sur les murs.


Je pense à Wolfgang Amadeus Mozart... Ludwig van Beethoven... Frédéric Chopin... Antonio Vivaldi... Johan Sebastian Bach... Claude Debussy... Johannes Brahms... George Frideric Handel. Richard Strauss... Franz Schubert.


Et bien d'autres classiques inégalés. Tous ces Grands... Que dis-je, Immenses compositeurs, qui ont su définir la Beauté, mais aussi la dureté de la Vie rien qu'avec quelques notes qui demeurent à ce jour, les plus belles Oeuvres Musicales du Monde.


Comment ne peut-on pas envier ce Pouvoir d'émouvoir à un tel point ? Et surtout de pouvoir laisser une telle empreinte dans le Temps... Celui d'Immortaliser son Âme à travers une Oeuvre Éternelle et continuer de vivre d'une certaine manière à travers moult coeurs de l'Humanité. 


Et voilà que je replonge dans mes souvenirs...


Cinquième arrondissement de Paris. Le Piano Vache. Pupitres gribouillés, lumières tamisées. Les regards et les sourires sont amusés. Il y a mille visages. Dont un Taxidermiste et une jeune étudiante en Archéologie. On refait le monde dans un bar bordélique asymétrique. Où la foule ne semble plus exister.


Où tout n'est qu'une simple invitation au "Voyage" ...Tous, se mélangent, tous, se découvrent. Les murs semblent rouges. Les étudiants, anglais. Et puis on déambulent. Les rires éclatent. Les notes volent dans l'air, mais l'air est lourd. Trop de Fumée.


Des tables trop petites. Et lui, il est là, à flâner, son rat sur l'épaule. Costume-Cravate. Il fait le zouave. Je ne dirais pas qu'il était beau, mais de le voir jouer sur ce vieux piano déglingué ravivait tellement de souvenirs et d'espoir. Comme la fascinante impression qu'il ouvrait mon âme parmi tous ces inconnus. Et puis... Do Ré Mi Fa Sol La Si Do... Elle Rêve. 


Qu'Elle caresse... du bout des doigts ces notes qui sanglotent. Courbe un peu la tête pour faire vivre ses pensées. Le rythme est lent. Puis le cœur en rasoir, elle n'en peut plus de suivre ces aguicheuses italiques. Après tout, lui n'a pas peur des peines du cœur, il en connait un rayon. Moins de pudeur tu auras, plus la Bête sera heureuse de te combler même s'il est mal accordé.


C'est alors qu'elle s'acharne, tous ses malheurs entraînent une certaine cadence. Une danse Macabre infernale. Ses rêves l'envahisse. Ce grand meuble noir semble tirer la gueule, mais il en a déjà vu de toutes les couleurs. Maintes doigts se sont acharnés sur ses dociles touches, des plus rêches aux plus douces... 

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