Supernova

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"Can you hear me say your name forever ? [...] I know the light grows darker down below But in your eyes, it's gone before you know This is the moment of just letting go [...] "

              Bien après les saisons, les jours, et l'instant où tu l'avais rencontrée, cette étoile si douce aux cheveux du Soleil,

 Les êtres et les pays n'existaient plus pour toi, et elle, spectre nébuleux et lumineux, toujours absente, toujours ignorante.

Pourtant sa chevelure, qui ondulait en rayons, ne cessait d'évoquer pour toi le ciel écumant d'un là-bas et le lointain pavillon écarlate qui, par quelques forces et l'art d'aimer, y avait été hissé.

Intrépide petit mousse, tu avais fini par y amerrir, mais ton étoile ne brillait toujours que la nuit, sans dénier t'adresser aucun sourire.

A sa vue renouvelée, tu avais voulu plonger dans cette mer de soie où pleuvaient des nuages, mais les draps ne sont toujours qu'un second arctique, un gouffre, un immense vide, né de la distorsion des brasiers avec le glaçon-en-réponse.

            Alors, tout comme Rê commanda à Thot de prendre pour un temps sa place dans le Ciel, je commençai mes voyages nocturnes dans ma barque lunaire.

Mais plus l'instant, les jours et les saisons défilaient, plus le Cœur que j'avais reçu en héritage me brûlait, me rongeait.

J'ai malheureusement pris goût à ce désir en merveilleuses constructions de l'impalpable, j'aimais avoir enfin l'impression d'exister aux yeux de quelqu'un, de combler ce grand vide froid et ne plus avoir, un bref instant, à pleurer.

Mais nos chairs et nos cœurs ont toujours été en décalage horaire : « je t'aime comme je l'ai aimée ». L'éclat de l'étoile t'a toujours aveuglé : à quoi bon l'extase à la rose fanée ? à quoi bon l'extase qui a la rose pour objet ?

             Je veux t'oublier. Non. Disparaître…

A quoi bon aimer si son âme se disloque ? Si les yeux verts de la jalousie fixent la naine blanche et lui arrachent ses couches externes, compressent son cœur et lui serrent la gorge jusqu'à sembler vouloir la lui faire exploser en une acmé lumineuse ?

Je n'ai jamais été autre chose qu'un cadavre d'étoile à tes yeux, pour en remplacer un autre, une supernova pour camoufler l'effondrement de ton cœur.

De quoi avais-tu si peur pour désirer et veiller autant à ce que mes poings soient liés, comme ceux d'un esclave, par les chaînes que l'on se tisse autour de la peau et que l'on enfonce brutalement dans les plaies de nos affects ?

Si le fer affectif semble encore lacérer mon dos, je lui donne, malgré moi, encore le doux son des douleurs exquises.

Et pourtant, au fond de mon lit, ma rage lutte pour délier nos liens. Que de moments révolus… Pourquoi persister ?

          Si par-delà l'écoulement du temps, j'avais l'impression que tu m'échappais toujours, je comprends, à présent, que cela relevait de ton être-là. Toujours avec plus de mystère, toujours avec plus de présence, tu m'avais fascinée, interpellée, me donnant cette envie irrésistible de te parler, m'empêchant de te cerner.

Ces phrases ne sont donc que le tracé de ton double visage que je m'efforce de reconstituer, en mêlant lignes et couleurs, car c'est notre langue commune.

Des multitudes d'impressions remanient les apparences. En colère, j'éclate en des dizaines de fragments. Désormais censée, je porterai un cône de lumière au-dessus de ma tête, et je te sourirai, avec une légère référence de fin de scène, fière d'être devenue un guignol rationnel, qui n'a plus aucun préjugé sur la lumière : elle n'est pas extérieure, tout se passe au-dedans, par l'accueil des formes et des couleurs mouvantes, animées, sous la forme d'émotions.

         Alors, si je devais tout de même bel et bien disparaître, j'aimerais, pour un bref instant, redevenir…

La plume de nos mémoires télescopées, car à présent nos désaccords, nos heurts et notre ancienne complicité fusionnent dans la plus claire des vulgarités…

L'astronome, qui d'en bas et de loin, te regardera grimper au sommet, sommet de la gloire et des amours, sommet de l'espoir et des jours…

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