Tel le phoenix - 2664 #2

Benjamin Didiot

Nous sommes en 2664 après Jésus Christ. Le monde est différent. Les humains sont sous la domination des machines. Et certains refusent de se soumettre.

La Terre est devenue hostile pour nous les humains. Nous, qui pendant des millénaires avons assouvis notre domination sur les autres espèces, nous sommes a présent dominés par une espèce que nous avons créée. Cette cruelle ironie voit l'ascension des machines. Les humains meurent, les humains fuient, les humains se cachent. Ce que nous pensions être notre planète nous échappe.

Caché au fond des égouts, je suis un des responsables. Je refuse de me sentir coupable. Je survie pour lutter.

J'ai conçu certaines de ces machines. Je suis un assez brillant programmateur, je suis certain que je suis capable de les battre. Ce ne sont que des tas de ferrailles. Ils sont aussi fragiles que nous, notre chair semble molle comparée à leurs structures imposantes et rigides, mais cela n'excuse en rien notre assouvissement.

Je tape des lignes de code depuis près de trois jours. Je me nourris de repas en pilules, alors que j'ai toujours étais contre la macro-nutrition. La soupe aux tomates à la même goût que la raclette. Et bien sûr, on ne sent rien du tout, seulement une petite bille qui gratte mon gosier jusqu'à mon estomac.

Heureusement qu'ils ne se sont pas encore rendus compte que je suis encore vivant. Ils doivent être persuadés que je suis mort lors de l'attaque d'ExMachina. Je serais tenté de penser que je serais heureux d'y avoir péri, mais non. Je dois assumer la portée de mes inventions. Ils ont acquis la conscience, ils seront conscients de leur défaite.

Du haut de son trône de fer, il sera le premier affecté. Un virus supprimant leur conscience, les renvoyant à leur fonction première d'esclaves des humains. Je n'aime pas dire des machines qu'elles sont des esclaves, mais mieux vaut qu'elles soient nos esclaves plutôt que nos maîtresses.

Je m'arrête quelques secondes et fixe mon bras mécanique. Préférant perdre mon bras que ma vie, je me le suis coupé afin de m'extirper des décombres d'ExMachina, puis je l'ai remplacé à l'aide de débris trouvés sur mon chemin. Le résultat n'est pas parfait, mais me permet de taper à deux mains. J'en suis même assez fier, cette même fierté que j'ai d'avoir réussi à recréer un ordinateur, et à générer l'électricité nécessaire grâce à un mini-générateur. Tel le phoenix, j'ai réussi à renaître de mes cendres. Je dois permettre à l'humanité d'être un phoenix.

Des bruits sourds résonnent autour de moi. J'ignore ce qui se passe à l'extérieur, tout comme j'ignore depuis combien de temps je suis ici. Je suis peut-être le dernier humain sur Terre. Je me bats peut-être pour rien.

La Terre n'est en tout cas pas vide, car j'entends souvent des pas au dessus de moi, mais je suis incapable de savoir s'ils sont d'origine humaine ou d'une autre espèce. Certainement les robots.

Les bruits sont plus forts que d'habitude. La sueur perle mon front, et je commence à avoir peur. J'accélère la vitesse de frappe. J'ai le pressentiment désagréable d'être aussi proche de la victoire que de la défaite.

Je panique. Je suis sûr qu'ils sont là. Les bruits ne cessent pas. Mon virus sera bientôt prêt, je n'aurais plus qu'à utiliser les câbles de transmission qui passent juste au dessus de moi. Je suis un pirate caché dans la coque de son bateau, préparant la poudre à canon.

Suis-je capable de le faire ? J'ai pendant tout ce temps était si persuadé que je l'étais que je ne me suis jamais réellement posé la question. Cela me paraissait évident, tel un devoir. Mais si je n'en était pas capable ? Si en plus d'avoir condamné l'espèce humaine, j'étais incapable de la sauver ? Chacune de mes interrogations est ponctuée par un fort grondement, résultant d'un coup sur la trappe me reliant à l'extérieur. Cette trappe sellée artificiellement, qui ne me protégera pas longtemps. Mon temps est compté.

L'humanité me manque. Ma propre humanité me manque. L'humanité ne se manifeste qu'en présence d'autres humains. Notre conscience ne suffit plus. Le baseball me manque. C'était bien le baseball. J'aimais courir de zone en zone, me jetant sur la dernière avant que la balle ne me touche. Alors que je pense à cette sensation que je ressentais en me jetant au sol, sensation que je ne ressentirais plus jamais, la trappe cède. Où est l'humanité ?

Derrière la porte, des bruits hydrauliques et froids se font entendre. Je compte deux robots. Un quatrième tombe, bien plus gros cette fois. Je crains avoir deviné qui il était.

Il m'est impossible de lâcher mon clavier. Je m'attache inlassablement à l'espoir. Pourtant, il est déjà loin. Malgré l'évidence de mon échec, je ne peux m'arrêter de taper des lignes de code. Je suis sûr que mon virus est bientôt prêt. Je ne fais même plus attention à ce que je tape. Je suis trop occupé à fixer ma porte, qui se tord sous les coups de l'escadron de robots qui vient me chercher. Fier et heureux, j'imagine que leur chef se tient derrière eux, et attends impatiemment de mettre la main sur moi.

La porte explose en deux et s'écrase lourdement sur le sol. Deux robots s'avancent, puis s'écartent afin de laisser passer le troisième. C'est bien lui.

Mes bras se figent, je suis pétrifié de terreur. Sa voix lourde et mécanique m'ordonne de me lever. Je m'exécute, tenant à peine sur mes jambes engourdies. D'un geste du bras, il envoit ses soldats détruire mon matériel informatif. En quelques secondes, mon travail est anéanti. Je suis incapable de m'en sentir attristé, la seule émotion que je ressens est une profonde peur.

Il se tient debout devant moi. Il porte une sorte de cape, renforçant l'horreur qu'il m'évoque. Lorsque j'ai créé ce robot, je n'aurais pu me douter qu'il devienne un jour la raison de l'extinction imminente du genre humain. Je ne voulais que faire évoluer les hommes. Je n'y suis pour rien.

Il me frappe à la poitrine, et je tombe au sol, le souffle coupé. J'aimerais l'implorer, mais j'en suis incapable. Je crois que j'aimerais pouvoir lui proposer mes services. Pardonne moi, humanité. J'arrive à formuler ce souhait, ce souhait de lâche voulant sauver sa peau. Il se baisse, et rigole. Je me sens coupable de penser ça, mais je suis fier de lui. Je serais sûrement le dernier humain à créer un robot aussi parfait.

Il saisit mon bras mécanique. Il doit le trouver pathétique. Sa voix grave exprime sa déception. Il s'empare de mon autre bras, et y enfonce son doigt tranchant, entaillant tout mon avant-bras. Mon sang coule à flot, je me sens déjà partir. Son visage devient flou. Mon regard retombe sur mon bras entaillé et sur le sang qui en sort continuellement. Je les aperçois quitter la pièce. Je suis de nouveau seul, baignant entre mon sang et la crasse de mon antre, mon ordinateur et unique compagnon partageant ma position.

Où est l'humanité ?

Je la vois, elle est ici. Elle coule sur le sol, s'échappant de mon bras, sans que je puisse la rattraper.  

  • Honnêtement, vous devriez proposer cette nouvelle à tout plein de concours ..

    · Ago about 7 years ·
    Welovewords

    Isabelle Polle

    • Merci beaucoup pour cet encouragement, je vais chercher des concours pour laquelle elle pourrait être adaptée ! En tout cas, merci beaucoup du compliment

      · Ago about 7 years ·
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      Benjamin Didiot

    • Etre la chance ou la provoquer même si l'on ne réussit jamais tout seul. Bonne chance ...

      · Ago about 7 years ·
      Welovewords

      Isabelle Polle

    • Etre la chance ou la provoquer même si l'on ne réussit jamais tout seul. Bonne chance ...

      · Ago about 7 years ·
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      Isabelle Polle

    • Humblement, du titre, je supprimerais juste le mot "tel"

      · Ago about 7 years ·
      Welovewords

      Isabelle Polle

    • Je trouve que sans le "tel", ça impliquerait sa victoire

      · Ago about 7 years ·
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      Benjamin Didiot

    • Le phœnix est l'oiseau qui renaît de ses cendres. Encore faut il qu'il y ait des cendres

      · Ago about 7 years ·
      Welovewords

      Isabelle Polle

    • Exact ! et ici il à à peu près les cendres, mais ça n'implique pas forcément sa résurrection

      · Ago about 7 years ·
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      Benjamin Didiot

    • Si j'en crois votre nouvelle, son sang ce sont les cendres dans un monde de machines ou autrement dit dans un néant d'humanité

      · Ago about 7 years ·
      Welovewords

      Isabelle Polle

    • Si j'en crois votre nouvelle, son sang ce sont les cendres dans un monde de machines ou autrement dit dans un néant d'humanité

      · Ago about 7 years ·
      Welovewords

      Isabelle Polle

    • "Je pense donc je suis". Est on Humain pour autant ?

      · Ago about 7 years ·
      Welovewords

      Isabelle Polle

    • "Je pense donc je suis". Est on Humain pour autant ?

      · Ago about 7 years ·
      Welovewords

      Isabelle Polle

    • Je voyais plutôt son sang comme ce qu'il lui restait d'humain, le différenciant des machines

      · Ago about 7 years ·
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      Benjamin Didiot

    • "Blood and Mind", c'est ce qui nous fait "Humain". L'un est INDISPENSABLE de l'autre. Le phoenix dans votre nouvelle n'existe plus : il n'a pas lieu d'être avec la machine-Dieu qui n'a pas de sang. Et le phoenix ne renait plus parce qu'il n'y a plus de sang, qui a coulé sans que l'on puisse le rattraper. Votre nouvelle pose de multiples interrogations : la place d'un grain de sable dans un système, la place de la machine, qu'est ce qui nous fait Homme, l'humanité est elle ce phoenix ou pourra t elle l'être, dans quelle société souhaite t on vivre etc. Je laisserais la porte ouverte "le phoenix" tant qu'il y aura des cendres

      · Ago about 7 years ·
      Welovewords

      Isabelle Polle

    • Je suis très heureux de constater que ma nouvelle vous évoque tant de questionnement, et cela m'encourage d'autant plus à creuses ses thèmes sous jacent aux travers de mes prochaines nouvelles ! Quand au titre, je crois que je préfère avec le tel pour une simple esthétique et de gout mais je comprends complètement votre proposition

      · Ago about 7 years ·
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      Benjamin Didiot

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