Toit, toit mon toi

maita

Ma participation au concours " Logement Parfait "

L'angoisse commençait à monter sur la route du retour. Peu importe d'où je venais, même un peu éméchée, je ne pouvais pas ne pas stresser à l'idée de rentrer le retrouver. Je jalousais les autres, ceux qui pouvaient lâcher naturellement « Ah vivement que je sois chez moi ». Envie que j'imaginais s'apparenter à une envie pressante d'uriner. Passer d'une situation inconfortable à un profond soulagement. Moi, cette idée me faisait juste flipper.  

Première épreuve, entrer dans l'immeuble. La nouvelle porte blindée souvent défoncée, le signe d'un squatte plus que régulier.  Je traversais le couloir et disais bonjour au fils de la voisine qui tenait ici le commerce le plus lucratif du quartier : la vente de tarpé ...  Je saluais ses quinze amis et, bien que sympathiques, je les trouvais un peu trop nombreux dans notre étroite cage d'entrée. Je montais les escaliers, ces derniers aussi défoncés que mon oncle à Noël dernier. Baisser la tête pour éviter les fils électriques. Ne pas toucher les murs bien trop tapissés d'humidité. 

Tout dans cet immeuble était fissuré, un peu comme moi. J'ai longtemps pensé que j'avais récolté ce que je méritais. 

Une fois passée, la porte d'entrée, je sentais l'air froid, celui qui s'échappait de l'extérieur pour venir se blottir chez moi, tout contre moi, par mes fenêtres peu isolées. Les murs jaunis par le temps qui passe et les cigarettes fumées à contempler le désastre. Je connaissais toutes ses imperfections et je les acceptais : les plombs qui sautent, les grincements, ses amis les nuisibles, les bruits, parfois même les hurlements accompagnés des sirènes des pompiers. 

Il était marqué par son passé et les nombreux dégâts auxquels il avait survécu. 

J'ai longtemps pensé à le quitter et puis je suis restée ... Comme une toxicomane apeurée à l'idée de vivre sa vie sans sa pire ennemie. 

 

Jusqu'au jour où je t'ai rencontré toi, mon sauveur, ma porte de sortie, l'entrée de ma nouvelle vie ... 

Comme à mon habitude, assise à la table de mon unique pièce, salon, salle à manger, chambre, le tout en un, je surfais sur le net ... Sans plus y croire, je tapais à la recherche d'un autre lui... Étudiant toujours les mêmes annonces, matant les mêmes photos, ... Moi, à travers ces effets d'annonce, je devinais les pièges : trop vantard, peu pantouflard, trop étriqué, peu d'imagination, trop éloigné ... Et puis, je t'ai vu. 

 

J'ai vu en toi ce que d'autres peut être n'avaient pas remarqué : du potentiel, un certain courage, une envie de bien faire, l'idée d'un cocon ... 

J'ai fait ce que je n'avais jamais fait jusque là. Sur une vieille serviette en papier, relique d'un repas pris à la hâte pour ne pas mourir de faim, j'ai noté ton numéro. L'heure était trop indécente pour tenter une approche. J'ai été me coucher en rêvant de toi et des projets qu'on pourrait construire ensemble. J'essayais de me raisonner mais le mal était fait, tu m'avais charmé. 

 

Le lendemain, fébrile, j'ai appelé. J'avais peur que tu sois déjà occupé mais j'ai eu le droit à un rencard, le jour même. Je me suis donc habillée, pomponnée. Je voulais faire bonne impression, ne pas rater ma chance. Et je suis venue vers 16h te rencontrer. 

 

Tu étais là, timide, m'attendant. Quand je suis arrivée face à toi, je fus envahie d'une sensation peu commune : l'impression de déjà te connaître et d'être la bienvenue. Tu étais plus grand, plus simple et tu me semblais plus sain que ce que j'avais connu jusqu'ici.  J'ai tout de suite eu envie de m'installer avec toi, en toi. Pour une fois, même moi, j'avais des envies de ménagère : acheter un tapis d'entrée avec écrit bienvenue, tricoter des napperons pour décorer nos étagères, peut-être même craquer pour des coussins ... Ici j'avais envie de me poser. 

 

Quand, j'ai enfin su que c'était possible, je suis vite venue m'installer. J'ai emporté le minimum, j'ai jeté le superflu car je savais qu'avec toi, j'aurai besoin de peu. Depuis, je passe mon temps à admirer ta lumière, à me lover dans tes bras, à prendre mon temps pour rester le plus longtemps ... Car moi aussi maintenant, je veux rentrer chez moi. 

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