Trinité et triolisme

cheikh-yourbadi

         Madeleine pleurait. Dans l’alcôve de la chapelle où, pour la première fois, elle venait vomir ses atermoiements, le sentiment d’embarras était devenu un luxe impossible à s’offrir. Elle n’avait cure de ce qu’on pouvait penser d’elle. D’ailleurs, ses choix vestimentaires pour l’occasion ne manquaient pas de confirmer cette impression : une jupette moulait des cuisses bronzées artificiellement sous un chemisier bon marché trop court qui modelait une taille idéale. Son visage en sueur peinait à faire oublier à son interlocuteur qu’un téton dépassait de son décolleté. Le prêtre qui lui faisait face à ce moment-là, par-delà les mosaïques de la muraille boisée du confessionnal, ne manquait pas de prêter attention à ce détail lubrique. « Je ne sais plus quoi faire... » grommela-t-elle entre deux reprises de souffle. « Détendez-vous mademoiselle, lui répondit-il. Vous entrez visiblement en la maison du Seigneur pour y trouver du réconfort. Quel maléfice peut bien vous tourmenter à ce point ? » Des hochements de tête vinrent accueillir ces dernières paroles pleines de sagesse, pendant que les soubresauts pectoraux engendrés par le hoquet de la demoiselle permettaient de se donner une idée de la fermeté de ses seins luisants de larmes. Monseigneur Sanghio, bien que pressé par la mise en place des préparatifs du Dimanche des Rameaux, portait une attention toute particulière à ce phénomène peu coutumier des paroisses. « Encore une brebis dont la dentelle est aussi légère que la vertu » pensa le vieillard fraîchement parvenu d’Italie. « C’est assez délicat à raconter, surtout ici » dit-elle timidement avant de s’injecter une sévère témérité qui allait la pousser aux aveux. « Bon, j’me lance : hier j’ai fait l’amour avec la Sainte Vierge. » Soudain, le serviteur du Tout-Puissant, fou de rage, ne trouva qu’un seul mot à dire : « Sortez. »

         Pour cette quadragénaire bretonne, accepter ce poste de directrice de la crèche municipale du troisième arrondissement de Marseille était l’occasion de reprendre sa vie à zéro... Cela faisait deux semaines que Madeleine avait rencontré Abdellah. Celui-ci s’occupait de l’approvisionnement de la cantine scolaire. À peine eut-elle posé le regard sur le torse transpirant du jeune maghrébin que les premiers frissons se firent sentir. La nuit, seule chez elle, tremblotante de désir dans son immense matelas, il lui était alors impossible de penser à autre chose : la symétrie parfaite de ses lèvres, la puissance que ses membres veinés laissaient suggérer, sa peau couleur datte et douce comme un abricot... C’en était trop. Il sera son objet. Elle se décida à l’inviter boire un verre. Il accepta. Ce soir-là, après quelques commodités de conversation, il la raccompagna. La scène qui débuta dans son appartement ne put plus évoquer un quelconque contact purement professionnel : les cadres sautèrent et les corps commencèrent à s’interpénétrer. Abdellah la souleva vigoureusement pour l’allonger sur sa table basse avant de s’atteler à lui léchouiller son pubis avec frénésie. Madeleine, se mordant les lèvres, avait les yeux à demi-fermés. C’est à cet instant qu’apparut, dans une vision fantasmatique et flottante, la vierge Marie. Non contente de simplement y assister, cette dernière s’immisça parmi leurs sauvages ébats.

         ABDELLAH – Je n’arrive toujours pas à comprendre comment on en est arrivé là... C’est vrai que j’avais remarqué ce regard de biche, et il est vrai également qu’il ne me laissait pas indifférent... La forme de son string sous son pantalon moulant m’a excité dès que je l’ai vue ; et ses hanches... Ah ! Que dire, si ce n’est qu’elles donnent l’impression d’être taillées pour recevoir mon membre bandant. Oui, j’me suis enfermé quelquefois dans la camionnette Sodexo pour m’astiquer la bite en pensant à la directrice ! Je sentais qu’elle avait faim de moi. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Marjolaine ? Non, j’crois pas. Ah ouais, Madeleine...

         Ça valait l’coup d’se taper cette fausse discussion au bar. En plus, si on m’avait prévenu qu’une de ses copines se joindrait à nous sans prévenir... Je ne connais même pas son nom. Elle est arrivée et m’a caressé l’épaule gauche sans parler. J’ai d’abord un peu flippé : j’me suis dit que c’était peut-être le gadjo d’la directrice dont elle a oublié d’me parler ! Ensuite, sans qu’on s’pose de questions, elle a agrippé les seins de Madeleine avec ses petites mains sensuelles avant d’écarter les jambes pour que je me mette à goûter désormais à son fruit. J’y ai déposé le bout de ma langue, très doucement... Même si elle est quand même très bizarre cette meuf, jamais je n’aurais pu penser qu’une chatte pouvait avoir un goût si subtil... Un peu acide mais surtout sucré, limite poudreux. Ce qui demeure le plus énigmatique est que j’n’arrive même pas à être étonné de la qualité du produit que j’suis en train de bouffer ! En aparté, Madeleine m’aspire le phallus avec une énergie que je n’aurais pas soupçonné chez celle-ci. Oui, tout paraît normal... ou presque, et je crois que c’est ça qui m’a le plus excité. La demoiselle qui s’est jointe à nous a une peau particulièrement fine et blanche, à tel point que son corps laisse passer un mince fumet de lumière translucide qui s’échappe de la lampe du salon. Ce faisant, malgré le fait qu’elle présente un côté un peu fantasmagorique, elle est bel et bien palpable. J’me régale à l’explorer avec ma bouche et mes doigts, ce qui met instantanément tous mes sens en alerte. La voilà qui me regarde droit dans les yeux, se mord les lèvres, lâche le corps de la directrice avant d’utiliser sa main droite, mouillée, pour se titiller l’anus. Elle me colle soudain une gifle d’une violence aimable et se met à califourchon pour que je la pénètre par derrière, en levrette. Une fois que mon pénis est à l’intérieur, une vague de plaisir inédite électrifie mon corps. Je ne peux me retenir. Ma sève gicle et éclabousse ses fesses qui sont de la même couleur que mon sperme. Tout à coup, alors que je suis encore sous le choc, victime de spasmes nerveux dus à l’expérience traumatique d’une telle quantité de volupté, j’entends : « dégage ! Maintenant casse-toi ! Rentre chez toi ! » Vêtements balancés sur le porche par Madeleine. Porte qui claque. Seul avec mes souvenirs, je me dirige vers mon immeuble.

         MADELEINE – Parfait ! J’ai réussi à l’ramener à la maison... Cela fait quelque temps que j’y pensais de plus en plus ardemment. Je reconnais que son cul d’athlète, durcit par l’effort manifeste pendant qu’il porte un cageot de calamars surgelés dans la cour de récré m’a fait envie... Et sa couleur, sa bouche... Hum, j’étais certaine qu’il savait faire des trucs exotiques avec sa langue. J’repense à toutes ces soirées, dans mon appart’ vide, où j’pensais à lui en train d’me prendre... Et le voilà qui m’a balancée sur ma table basse de chez Castorama en train de me manger le minou. Je mouille. Encore.

         C’est stupéfiant. Exactement comme je l’avais imaginé... Non ! Mieux encore ! Il réussit à me lécher pile à l’endroit qui me fait le plus d’effet au moment où il s’y attaque... C’est fou. Ce soir, je vais jouir. Je le sais. Je manque de m’étouffer avec ma langue, j’ai besoin de respirer ! Ah ! C’est trop bon... Me vient soudainement une folle envie d’avoir son sexe turgescent dans la bouche. J’aime l’idée de donner du plaisir à cet africain. Je veux le manger. Je suis obsédée par l’idée d’une fusion de nos sensations – jamais cela ne m’était arrivé avec une intensité telle. Je me suis sous-estimée ; en fait, je suis folle de lui. Je sens que des gouttelettes jaillissent de ma chatte. Mon con est humide. La nuit m’appartient.

         ...Qui est cette fille ? D’où vient-elle ? Comment est-elle entrée ici ? Autant de questions qui ne me posent finalement aucun problème... Elle me fait envie. J’aperçois sa longue chevelure noire ; elle est auréolée d’une lueur étrange. L’harmonie entre son ventre plat, ses seins discrètement refaits et ses jambes sans fin me perturbent. Je ne me savais pas bisexuelle... Je me découvre une passion pour cette femme. Abdellah est en train de la chevaucher furieusement, alors qu’elle est à moi ! Il est parvenu à avoir son cul, mais je fais le serment que c’est moi qui aurai sa chatte ! Je la désire. C’est décidé : je me lève, prends les affaires du jeunot et les fous dehors. Elle est ma propriété ! Ma chose ! Je veux l’engloutir d’un trait. Il n’est plus là et ça lui est égal. Maintenant que nous ne sommes plus que deux, seules, entre femmes, tout est permis. Elle a l’air disposée à tout accepter. Insatiable. Je baisse la tête et m’empare de ses attributs génitaux avec véhémence. Elle se débat, refuse et essaie de s’extirper de mes griffes diaboliques ; pourtant, j’ai l’intime conviction, qu’au fond, elle prend son pied ! On ne pourra me convaincre du contraire... Tes efforts sont vains ma jolie ! L’extrémité digitale de mes mains, désormais en forme de grappin, se dirige vers son sanctuaire jusque-là protégé... Elle rétorque par une morsure virulente sur mon bras ! Je lui attrape un d’ses mamelons. On dirait qu’elle a allaité il y a peu... C’est une maman ! Tu m’excites ; cinq doigts ne suffiront jamais à éteindre le brasier incandescent que tu entretiens... La frontière pubienne a disparu. Franchie. Définitivement. Du sang et du lait coulent sur mes poignets... Serait-elle vierge et mère à la fois ?

         Qui est-elle ? Impossible... Ses traits me sont à présent familiers. Non ! Le même visage et la même expression iconique que sur le médaillon que j’ai reçu en héritage de ma tante... C’est Marie ! La vergogne et la culpabilité m’écrasent aussitôt... La Sainte Vierge m’est apparue et je l’ai agressée sexuellement ! Mon Dieu !

         MARIE – Le plaisir sexuel m’est étranger ? Foutaises ! Ça fait peut-être un peu trop longtemps que je n’ai plus refait surface... Une seule envie : me faire plaisir. Tiens ! Pourquoi ne pas essayer de me glisser au milieu de ces deux personnes ? Voilà qui pourrait être intéressant...

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