Tristerre

Christian Lemoine

Nous l'appelons tristesse, le sentiment profond d'avoir perdu un monde où pouvait encore surgir la beauté. Nous l'appelons tristesse, d'avoir perdu un monde effondré dans des gouffres dévoreurs d'alliances et de jouets d'enfants. Un monde, comme si la place désertée des souvenirs soustraits attendait en vestige d'espaces de prochains bijoux brillants, de prochains cadeaux déposés en nuit d'hiver pour des iris étincelants sur les papiers de toutes couleurs. Un monde, comme si les souvenirs détruits ne faisaient que s'effacer pour de plus beaux à naître, à nourrir dans nos espérances. Nous l'appelons tristesse, la terre labourée en sillons de pleurs sur des collines sans halliers, cette terre en réduits de cendres, ses humus emportés vers les fonds d'océan, engloutis sous des nappes de poissons éventrés. Ce monde, vieille mémoire d'éden abrutie de pétrole plutôt que des griffes des prédateurs souverains. Nous l'appelons tristesse, assis que nous sommes, ne sachant plus vers quel point cardinal diriger nos pas, car plus aucun ne dissimule encore l'espoir d'une recouvrance. Nous l'appellerons tristerre encore, jusqu'à l'épuisement.

  • Bravo, l'écart entre les merveilles qu'on nous a promises, en papier crépon ou étoiles d'argent, et ce qu'est devenu le monde. Les petits anges en coton ne sauveront pas les baleines.
    Très beau texte!

    · Ago 18 days ·
    Lwlavatar

    Christophe Hulé

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