Truc à soie

fefe

Comme s'il fallait veiller à être étanche à l'absence, en serrant bien la vis du robinet.
Quitter son WC, ses tableaux, le cahier sur la table plein de numéros.
Laisser un tissage comparable à un coton cocon par celui qui l'habite.
Échanger les chatouilles au ventre contre de fines aigreurs d'estomacs.
Perdre ce qui est rassurant ; le cocktail de couleur du duo mur/carrelage, qui prend tout son sens, en tirant les rideaux.
Sa couette au miel et les oreillers pleins de sucre.
Les DVD pilules; de Marcel Pagnol à ses propres aventures.
Savoir comment un endroit brûlant humide, brillant sur la peau, peu manquer au fil des pas qui s'effacent.
Fermer son cœur à l'aventure en mettant les doigts dans la pelote.
Sentir la houle qui nous dépasse.
Se désenchanter de voir sa triste valise rouillée rouler penchée,
parce qu'on n'est pas capable d'emporter le confort de sa vie avec soit.
Comprendre en s'éloignant
qu'on s'était installé confortablement, au fil du temps, dans un truc à soie.


Là maintenant c'est des murs blancs. Sans identité sans tâche.
Blanc sur blanc, on distingue à peine les angles. La pièce est droite sinon carré.
Y a une grosse encoche pour passer, la porte est ouverte.
Impossible de remplir ce volume d'air tout seul.
Revêtement granulé, c'est une case dans laquelle tout est possible d'y faire dans la seule limite de neuf mètres carré.

Décorer les murs, les peindre d'histoires intimes.
Arroser le plafond d'une soirée trop agitée, salir les côtés pour distinguer les faces.
Rayer le parquet pour lui donner une âme en poussant les meubles pour laisser à tout le monde la place de s'y poser.
Prendre des pinceaux, casser les angles. Remplir l'air avec des pastels et des farces.
Imprégner les murs de sons; entretenir la poussière, les moutons; se pencher par la fenêtre et compter les cons.
Travailler la lumière, la musique, l'écriture et ses comptes.


Personnifier son appartement sans copier sur le précédent, changer d'aventure en même temps qu'un nouveau vêtement. Décider d'avancer sans vieillir...Devenir un nouveau perdant.
Appeler des gens; des filles qui se chargeront d'embaumer la pièce de leur parfum.
Et des copains, qui en montant le ton, feront taire les voisins.

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