Tsunami de chair

Rosanne Mathot

Courte fiction à base d'eau, de sperme et de dérision.

Alors que l'étoile de mer avançait sa bouche charnue vers sa proie, du côté de chez Yvette et Bruno, une ultime perle de sperme se forma.


- "Oh, il y en a encore une goutte. Donne vite ! C'est pour moi !" susurra Yvette, avec une morsure d'envie au cœur. A la surprise générale (même l'étoile de mer avait dédaigné
sa victime, pour voir ça
), ces seules paroles suffirent à redonner à Bruno un nouvel - et inespéré - appétit (que lui envia immédiatement l'étoile de mer).


Soudain, voilà que ça le reprit : par derrière, par en-dessous, par devant.


Et cela venait de loin, du fond de ses reins, ça s'enflait comme une vague de feu, ça le soulevait sur la pointe des pieds comme une ballerine. 


Bruno regarda Yvette qui s'était allongée devant les requins, dans cet aquarium fermé au public et désormais résolument interdit au moins de 18 ans. Il se dit que c'était tout bonnement miraculeux, cette partie de jambes en l'air pour ainsi dire aquatique.


Yvette, voyant à quel point ses rondeurs suscitaient la perpendiculaire de Bruno, saisit la perche au vol, à une vitesse incroyable. Bruno le savait : sa partenaire ne dédaignait pas l'effort physique et faisait quotidiennement 35 allers-retours sur le Pont de Millau, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente. Fallait admettre qu'Yvette était tonique. Leurs retrouvailles improvisées, dans cet aquarium, valait largement la chandelle de leurs jeux.


La verge à l'air, nu parmi les requins, il se dit tout de même que son amour propre en avait pris pour son grade : et si quelqu'un venait ? Sous les lumières bleutées de l'aquarium, son gland palpitait néanmoins, tel une braise éclosant à la vie. Incrédule, Bruno regarda Yvette recueillir doucement ladite goutte (voir supra supra ) du bout de la langue, avant de planter son regard dans le sien.


Yvette s'était remise sur pied. Elle resta muette un court laps de temps, comme si elle réfléchissait, avant de saisir, cette fois, la bouteille de Perrier qui ne les quittait plus. Yvette avait le front rosi et les lèvres gonflées.

Elle aimait vraiment ça, l'eau pétillante. Ce n'est pas courant. Faut l'admettre. Les filles sont toujours là à cracher dans des kleenex, à faire des minauderies, à dire que c'est froid, que ça pique, que c'est dégoûtant. Pas Yvette. Elle se pourléchait.


Ni d'une ni de deux, Bruno se mit à terre, à genoux, alors qu'Yvette finissait goulûment la bouteille, nue et droite comme un I, fermement campée sur ses jambes. 


- "Mais tu vois TOUT, comme tu t'es mis", le réprimanda Yvette, qui tenait à se draper - sait-on pourquoi ? - dans une dignité passablement déplacée, au vu des circonstances et de l'avancée du débat.

Pas mauvais bougre, Bruno lui plaqua alors la main bien en deçà du nombril et empauma ce qu'il y avait à empaumer.
- "Voilà, chuchota-t-il, comme ça, on ne voit plus rien".
Il y avait, dans la voix de Bruno, un tel accent de sincérité qu'Yvette en frissonna de la tête aux pieds.


Les doigts de Bruno s'allongèrent, s'étirèrent et, mine de rien, Yvette s'avança un peu. Quand le contact se fit, ce fut tout bonnement sismique. Le bâtiment tout entier vacilla sur ses bases, dans les parfums iodés de leur tsunami de chair improvisé.

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