Un Parfum de Déjà-Vu

224g

J'en avais marre de sentir la frite. Je voulais sentir la femme libérée des fourneaux. Alors je suis allée chez Séfoura m'offrir un parfum de femme libérée. Mais toute à mon enthousiasme suite à cette énorme prise de décision, j'ai complètement oublié de prendre un flingue.

A peine entrée, le videur ou la sentinelle (je ne sais pas comment ils l'appellent) me lance un regard qui dit : « Touche un fard à paupières et je te dézingue! ». Du coup, je fais l'impasse sur le rayon fard à paupières et je me rabats sur les blushs. A peine ma main a-t-elle effleuré les bidules roses, que je prends  littéralement dans la gueule un petit panier en ferraille, une « conseillère de vente » m'avait visée. J'ai supposé que le panier servait à stocker les articles que je n'avais pas le droit de toucher...

Je vais au rayon parfum. Je sais précisément ce que je veux. Enfin, ça, j'ai du mal à en convaincre la Kapo maquillée comme une voiture dérobée que si tu la trempes dans le dissolvant, tu te rends compte que c'est pas une mustang mais un vélo... Cette femme sent tellement fort les fleurs que j'ai l'impression, l'espace d'un instant, d'être chez Jardiland. Sans l'ombre (à paupière) d'un sourire, elle m'aboie que mon parfum, là, je peux l'avoir en plus grand format. Si je paie plus cher. Je réponds poliment que non merci. Elle me grogne sèchement que si, bordel ! Comme je rétorque encore que non merci, elle s'en retourne d'une rotation de talon aiguille, vexée comme un pou(drier). Ensuite je veux trouver un rouge à lèvre très rouge parce que sinon on n'est pas une fille.

Je trouve immédiatement ce que je cherche. Enfin, si l'on considère que je cherche un cerbère à la luisante chevelure et des paillettes plein la tronche. C'est à peine si je peux choisir ma couleur tant l'espèce de daurade me perd dans sa propagande selon laquelle 6 rouges à lèvres, c'est vachement mieux qu'un seul. Comme là, tout de suite, je n'ai qu'une bouche, je n'en prends qu'un, et pas celui qu'elle veut. Résistance. Mais la mutinerie se paie. Arrivée enfin à la caisse, la « conseillère de vente de derrière la caisse » me demande si quelqu'un s'est occupé de moi. Ce à quoi je réponds que j'ai en effet eu droit à un « traitement spécial »...

J'ai encore du présenter ma carte de séjour (ils disent « carte de fidélité », eux), mon ticket de rationnement (ils disent « carte bleue ») et mon code postal (ils disent « code postal »). Puis ils m'ont laissée sortir du camp. Du magasin, je veux dire. 

Et là, je me suis sentie tellement libre, que mon parfum de femme libérée, je n'en avais plus besoin.

224g 30/09/2013

 

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