Un voyage mouvementé

lucky244

Il était neuf heures quand je quittai Lomé* pour Kpalimé*. Je pris la voiture à la gare. C’était une vieille voiture de quinze places qui nous transportait. J’avais choisi le véhicule le moins cher pour pouvoir faire des économies d’argent. On était vingt personnes à y embarquer. Des bancs avaient pris la place des sièges habituels qu’on rencontre souvent dans les voitures. Dix-huit personnes étaient installées dans la voiture alors que deux personnes étaient croupies sous le capot. Ceux-ci allaient avoir une remise de dix pour cent sur leur frais de voyage pour être restés sous le capot. C’était une voiture dépourvue de deux de ses portières. Celles-ci étaient remplacées par des claies stabilisées par des fils de fer. On distinguait à peine la couleur de la voiture. On ne pouvait que la deviner. Il y faisait une chaleur d’enfer. Elle crachait une épaisse fumée noire à chaque fois que le chauffeur klaxonnait. Les deux phares en arrière tombaient à chaque fois que le chauffeur freinait ; et les apprentis étaient alors obligés d’aller les replacer,  avant que nous ne continuions notre route. J’étais pris en sandwich entre deux grosses dames qui avaient l’air de ne pas se soucier de mon sort. A chaque fois que la voiture avait une secousse, les deux grosses dames me prenaient comme appuis pour ne pas tomber. Tout cela faisait que je respirais difficilement. Une vieille assise en face de moi ne cessait de parler de sa vie. Elle nous racontait qu’elle avait fait la deuxième guerre mondiale aux côtés des troupes irakiennes et  qu’elle n’avait rien à envier à tous ceux qui combattent dans le monde. Elle ajouta qu’elle était attaquante dans l’équipe de rugby féminine du Togo*. Malgré qu’elle fût chétive, j’estimais qu’elle disait la vérité. Je croyais tout ce qu’elle disait jusqu’au moment où elle nous raconta qu’elle avait dîné avec Jésus la nuit précédente.

Dans la foulée du voyage, avec cette chaleur qui nous consumait, une odeur nauséabonde se fit sentir. Un passager avait lâché une vesse. Mais qui ? On ne pouvait le savoir. Je me demandais comment l’être humain est arrivé à ce point pour ne plus avoir pitié de ses semblables. Sous nos plaintes incessantes, le chauffeur arrêta la voiture et on descendît. A peine, la voiture arrêtée, que les deux personnes installées sous le capot bondirent pour y sortir. Je les compris. Ils avaient les plus besoin de se détendre. Personne ne serait heureux dans un capot ; de surcroît pendant de longues heures de voyage. J’avais mal aux côtes et au dos. J’étais tellement content de me détendre un peu et de respirer de l’air frais. Finalement, celui qui avait Sali l’air ne nous avait pas fait que du mal. J’examinais les traits des visages des autres passagers pour avoir une idée de celui qui avait lâché cette vesse. Mes examens étaient vains. Tout le monde avait l’air d’être innocent.

Une vieille commença tout à coup par toussailler. Je remarquai que c’était celle qui ne cessait pas de bavarder dans la voiture. Tout comme la plupart des passagers, elle n’avait pas supporté cette odeur ; mais son âge la rendait encore plus vulnérable. Une morve commença par dégouliner de son nez. Elle suffoqua, puis s’évanouit. Elle venait d’avoir une attaque cardiaque. Tout le monde paniqua. Elle n’avait aucune famille dans la voiture. Je me demandais comment on pouvait laisser une pareille vieille voyager seule. Le chauffeur se décida afin de l’aider. Il pressa plusieurs fois sur sa poitrine mais au moment où il devrait faire le bouche-à-bouche, il se retira. Il demanda si quelqu’un pouvait le relayer. Je compris qu’il ne voulait pas faire un bouche-à-bouche avec la vielle dame. Heureusement, un vieux se porta volontaire à le faire. Au moment où il commença, nous vîmes les pieds de la vieille s’étirer. Elle avait l’air d’apprécier le bouche-à-bouche. Le chauffeur releva subtilement le vieux ; car il avait constaté que la vieille abusait de ce bouche-à-bouche, alors qu’elle était déjà indemne.

Après dix minutes, nous reprîmes notre route. On avait eu une belle frayeur. J’avais changé de place pour échapper à la peine que me faisaient endurer les deux grosses dames. Ce n’était pas mieux. Cette fois-ci un robuste homme m’immobilisait contre les vitres craquelées de la voiture. La chaleur était à son comble et je priais pour être libéré de cette pénible situation. La voiture avançait timidement et on allait sur les routes creuses menant vers Kpalimé.

Nous arrivâmes enfin à Kpalimé. Il était onze heures. Un grand soulagement m’envahit. Je payai le chauffeur, puis je sortis rapidement de la voiture.  J’appelai des zems* pour me remorquer jusque dans une auberge dans les prestigieuses montagnes ceinturées de cascade de Koumakonda* où j’allais séjourner. D’un paysage très attrayant et atypique, Koumakonda est un milieu à faire rêver tout amoureux de la nature. Elle regorge d’une végétation sans pareille. Tout cela rendait l’aspect de l’auberge dans lequel J’allais m’installer encore plus agréable.

Dans ce cadre idyllique, je sentais que j’allais avoir un agréable séjour.

 

 

-Togo : Petit pays de l’Afrique occidentale.

-Lomé : Capitale du Togo.

-Kpalimé : Ville Touristique au Togo.

-Zems : Taxi-moto servant de transport, surtout en Afrique de l’ouest.

-Koumakonda : Village touristique de Kpalimé.                     

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