VII.

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J-10.

La neige tombait du ciel en ce lundi matin. Annie était sortie plus tôt de sa faculté de lettres, elle en profitait donc pour se rendre à l'ancienne maison de Charles. Elle priait intérieurement pour que ce soit lui qui lui ouvre. Mais en vain, car lorsqu'elle toqua à la porte, ce fut une femme d'une quarantaine d'année qui lui sourit. Un sourire lui fendit les lèvres, ce genre de sourire qui trahit votre déception.

- Excusez-moi de vous déranger, je venais vous quémander des renseignements sur la personne qui vous a vendu la maison.

- Entrez, je vous en prie, il fait si froid là dehors.

Annie entra dans la maison qui jouissait d'une cheminée. Son corps entier se détendit sous la chaleur. Elle suivit la maîtresse de maison, sans bruit, jusqu'au salon. Là-bas, elle lui proposa une tasse de chocolat chaud, qu'elle accepta volontiers. Elle partit à pas feutrés dans la cuisine pendant que l'invitée déposait sa veste sur le dos d'une chaise. Elle lui fit signe de s'asseoir quand elle revint avec la tasse fumante. Elle-même s'installa en face d'Annie.

- Vous vouliez des renseignements sur le couple qui nous a vendu la maison, c'est bien ça ?

- Oui, en effet.

- Et bien, c'était un couple vraiment gentil. La femme était une fille des anciens propriétaires, apparemment elles étaient deux filles et avaient un frère. Nous n'avons eu aucune correspondance avec les deux autres enfants. Même lorsqu'il nous fallait signer la vente. Apparemment la femme était morte d'un AVC et l'homme de vieillesse. Nous leurs avons présenté nos condoléances. Mais elle nous a dit qu'elle n'était pas si proche de ses parents. On voyait bien qu'elle était mal à l'aise : je n'ai jamais compris pourquoi.

- Vous ne connaissez donc rien de leur fils ?

- La femme nous a dit qu'il était partit à la guerre. Au Vietnam, si ma mémoire ne me fait pas défaut.

- Oui, c'est ça. Il n'a jamais essayé de vous contacter ?

- Non. Mais nous avons eu les numéros de téléphone de chacun des trois enfants, au cas où il se passerait quelques choses. Peut-être qu'ils pourraient vous aider ?

- Si ça ne vous dérange pas de me le donner, j'en serai ravie.

La dame se leva, laissant Annie seule dans le salon. Elle en profita pour identifier la décoration. Des guirlandes lumineuses surmontaient les cadres des fenêtres et un sapin brillait de milles-feux dans un coin de la pièce. Un sourire étira les lèvres de la demoiselle lorsqu'elle découvrit une photo de deux enfants installés sur les genoux d'un Père-Noël. Elle-même en avait plus d'un carton plein, de ce genre de photos. Sa mère aimait pouvoir tracer le parcours des années à travers Noël, donc chaque année, la petite Annie chevauchait les genoux d'un homme en costume rouge et à la longue barbe, pour faire plaisir à sa mère. Plus loin, elle aperçut des chaussettes rouges, gravées d'un prénom. C'était une tradition de Noël, qu'elle n'avait jamais poursuivie. Et elle ne le ferait jamais. La maitresse de maison revint avec un morceau de papier dans les mains. Elle sourit gentiment à Annie et lui tendit les numéros.

- Les voici. J'espère qu'ils pourront vous aider.

- Moi aussi.

- Si vous avez autre chose à me demander, je suis prête à vous répondre.

Elle réfléchit quelques minutes, rangeant soigneusement le précieux morceau de papier dans la poche de sa veste.

- Je crois que vous m'avez donné tous les renseignements qu'il me fallait. Merci beaucoup pour votre aide.

- C'était avec plaisir.

Annie enfila sa veste et enroula son écharpe autour de son cou. Elle serra la main de la dame et lui souhaita de joyeuses fêtes de fin d'année. Des vœux que femme lui souhaita en retour. Souriante, elle s'éloigna du quartier riche de Prague pour retrouver son petit appartement et la chaleur qui y régnait.

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