We are monsters - Chapitre 20

Alicia Lo

Je soupire en levant les yeux au ciel.

"Qu'est-ce que tu veux?" Dis-je froidement.

Elle hésite un instant, réaction qui me surprend mais qui m'insupporte.

"Bah quoi?" Ai-je haussé le ton pour la faire réagir.

Elle prend une profonde inspiration avant de se lancer.

"Ma chérie, je sais que tu ne veux plus me voir mais j'ai quelque chose à te dire..." Prononce-t-elle énigmatiquement.

Je croise les bras en signe d'énervement et d'impatience. Je veux qu'elle me lâche.

"Je sais que tu aimes ton père mais tu l'idéalises trop..."

Cette fois c'en est trop, je craque.

"Tu ne vas pas recommencer ! Papa est le seul vrai parent que je n'ai jamais eu ! Je ne peux avoir confiance qu'en lui ! Toi, tu n'es qu'une sale ivrogne !" Ai-je hurlé.

Les larmes lui montent aux yeux et ses yeux se remplissent de colère avant qu'elle ne daigne reprendre.

"La raison par laquelle je me suis perdue dans l'alcool c'est que ton père a eu de nombreuses liaisons et je viens d'apprendre que tu as une demie soeur de ton âge Mélanie." Explose-t-elle finalement.

Je suis abasourdie par tant de conneries. Alors qu'elle redevient calme, elle essaye de me prendre dans ses bras mais je repousse la vermine d'un revers.

"Tu n'as pas honte d'inventer de tels mensonges?! C'est degueulasse !" Ai-je déclaré avec dégoût.

"Ma chérie..." Chuchote-t-elle avec un faux air peiné.

"Non ! Je vais même te prouver que tu mens !"

À l'apogée de ma colère, je sors mon téléphone de mon sac et je compose le numéro de mon père. Je mets l'appel en haut parleur.

"Allô chérie? Tout va bien?"

Mon regard plonge dans celui de ma mère. J'ai envie de l'humilier, de la confronter à ses mensonges.

"Papa, est-ce que je suis ton unique fille?" Lui ai-je demandé sûre de moi.

Un blanc laisse place à la réponse que je voulais entendre. Je ne comprends pas et ma gorge se noue.

"Papa?" Ai-je prononcé avec une voix tremblante.

"Chérie..." Prononce la voix de cette homme que je ne reconnais pas.

Mes yeux se brouillent alors que mon téléphone glisse de mes doigts.

Ma mère tente de me rattraper mais je me mets à courir vers les escaliers abandonnant sur place mes affaires, mes croyances ainsi que mon respect pour celui que j'appelais "père".

Bien que je me retrouve à ciel découvert, c'est comme s'il n'y avait plus d'oxygène ici. Mes inspirations se saccadent. Je ne sais plus respirer. Je ne veux plus respirer. Ma gorge se serre à m'en étouffer. Mon monde s'écroule et je suis impuissante face à cette réalité. La voix de ma mère se fait entendre au loin alors je me mets à fuir. À fuir cette putain de vie, cette putain de famille, ces putains de gens égoïstes.

Je cours le plus vite que je peux. Comme si je pouvais fuir la réalité. Les larmes roulent sur mes joues rosies par l'effort. La fureur monte en moi plus je me fixe sur les mensonges de mon père, la raison de ses absences, l'alcoolisme de ma mère qui est aujourd'hui justifié et finalement je jure sur mon putain de paternel qui est la cause de tous mes maux. Il m'a privé de mère et maintenant de père.

Épuisée, j'arrête ma course infernale. Je m'énerve après ce soleil qui brille alors que je voudrais qu'une pluie battante s'abatte sur mon corps. Sur mon coeur ravagé par la colère. J'aimerais faire taire ses émotions. Ma tête tourne. En regardant autour de moi, je reconnais l'endroit mais c'est comme si le monde avait changé. C'est comme si le monde avait soudain perdu tout attrait. C'est comme si tout d'un coup toute la joie du monde s'était éteinte. C'est comme si plus rien n'avait d'intérêt. Alors je m'affale sur un banc et je laisse ma peine rouler sur mes joues.

Je ne sais pas combien de temps je reste là mais la nuit commence à tomber. Il est hors de question que je retourne là-bas. Une idée traverse mon esprit. De toute façon, je n'ai plus rien à perdre.

En dix minutes je me retrouve devant l'immeuble de Damien. Je sonne. Malheureusement pour moi, c'est Théo qui répond à mon appel de détresse.

"Oui?"

Je m'étrangle.

"Je veux voir Damien." Ai-je ordonné.

"Mélanie?" S'étonne-t-il.

Je reste silencieuse et je rage envers moi-même. Il ne m'est pas venue une seconde à l'esprit que Théo puisse me répondre. Je ne veux pas le voir. De toute façon il raccroche.

Alors que je commence à faire demi tour, une porte se fait entendre et lorsque je me retourne Théo s'avance vers moi. Il me dévisage sans un mot.

Dans un rapide mouvement, il m'attire à lui et je m'effondre dans ses bras.

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