2013, année falaise

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La falaise, celle de laquelle tu tombes violemment, brutalement, et que même si tu te relèves (car il le faut bien) en tentant de faire bonne figure (car il le faut bien), tu sens que tu ne l'oublieras jamais cette année, non, et que de toute façon les cernes qu'elle t'a creusée sous les yeux se chargeront de te la rappeler.


Top 3 des taquets que la vie m'a mis en 2013,

En numéro 3 : LA rupture,

aie, ouille, la vraie qui fait mal, de celle où tu ne t’arrêtes plus de pleurer, tout le temps, dans le métro, dans la rue, chez toi. Tu n’es que pleurs et morve, plus rien n’a de prise sur toi, tu flottes dans ta propre vie. Une rupture de celles où tu as mal à en crever, que si tu n’étais pas toi tu en rigolerais tellement c’est absurde, lui-là, cet idiot ni très beau et pas tellement drôle ?

Mais aussi une rupture de celles, beaucoup moins noble, qui durent, car en plus d’être très abandonnée, tu as été heurtée en ton for intérieur. Et ça tu ne comprends pas trop. Tu pensais que quand on s’est beaucoup aimés et qu’on est intelligents on essaierait de faire les choses correctement, dans la mesure de son possible et de sa propre intégrité. Ca tu aurais bien aimé car ainsi, même achevés, tu aurais chéri toujours ces merveilleux moments. Mais non, toi-même tu es surprise par la tournure charnier que prend cette rupture et alors que tu pensais que tu le respecterai toujours, il finit par poindre un peu de mépris pour la façon de faire de celui devant lequel tu avais auparavant été si émue, si bouleversée.

Mais ça c’est après, bien après, quand tu auras arrêté de te trainer comme si tu étais l’incarnation terrestre de l’affliction et que tous tes amis auront fui. Après, bien après, tu te diras que peut être c’est le sentiment amoureux que tu regrettes, et non le sujet de sa cristallisation. Que le sujet en question, peut être qu’en fait on s’en fout, voire qu’il te rend service. Ou qu’en tous cas tu as tellement pleuré pour lui que peut être tu as atteint ton quota et que pour la suite tu ne t’en sortiras que plus clairvoyante ?

Ca c'était le podium numéro 3. Sur le coup j'ai pensé que j'étais triste hihi, mais en fait ça n'était rien du tout à côté de ...


En numéro 2 : Le décès d'un proche, 24 ans,


La vie devant lui et des amis tout autour, des gens qui l'aiment et qui restent impuissants, heurtés, brutalisés par ce coup du sort.

Putain, en 2013, on peut mourir à 24 ans dans un accident de scooter ? Je savais pas. Bah ouais connasse, mange.

Et là aussi je pleure, mais cette fois de rage et d’incompréhension. Le chagrin n’est plus un manteau de coton qui s’accompagne de souvenirs amoureux, il devient haineux. Pourquoi ? POURQUOI ? Je pleure quand je vois un enfant ( ceux qu’il n’aura jamais ), quand je vois un homme de 30 ans ( il n’aura jamais 30 ans ), quand je vois un homme de 50 ans, etc.

( À ce propos je cite l’un de mes proches qui m’a beaucoup aidé, plus âgé, sagesse incarnée et grande grande expérience de la vie :" tu sais, on questionne assez peu la légitimité des bonheurs de la vie qui nous arrivent, cela nous semble normal, on les tient pour acquis. Mais pourquoi alors s'interroger autant sur la cause, le pourquoi de nos malheurs ? Dans un sens ou dans l'autre, il faut rétablir la balance").


Voilà pour le numéro 2, ce fut costaud.


(Et le numéro 1, je le garde pour moi, pour l'instant c'est un nuage)


Alors, année 2013, année mauvaise ?

Oui et non. Méchante, sacrément, mais pas inutile.

"C'est pour ça qu'on vit", m'a dit un ami peut-être un peu cynique. Et je crois qu’il a raison, en un sens. Je ne me suis jamais sentie aussi vivante qu’en 2013.


Année 2013, année de la baise ! (sorry mum, don't read this)

Les six mois qui ont suivis ces deux évènements, je n'ai jamais autant aimé, mangé, découvert, dégusté, plaisirs, volupté, frissons, aventures, des kilos gagnés à force de me gaver, des kilos perdus à force de m’épuiser en activités nocturnes de toute sorte, danser, rire, boire, manger, se sentir vivant, vivant, vivant.

Forte de mes épreuves, je m’autorise tout.

Et si je partais à New York claquer 3000 balles en restaurants ? Ouais !

Et si je prenais un crédit pour fêter mes 25 ans ? Ouais !

Et si j’allais passer mes dimanches écouter de l'électro dans des hangars de drogués ? Ouais !

Et si je m’envoyais la moitié de Paris ? Ouais ! Mon kiné gay ? Ouais ! Tinder ? Ouais !

Ca peut sembler dérisoire, chacun ses limites, mais sans trop me perdre et bien accompagnée, je ne me suis rien refusée. J'ai aussi passé pas mal de temps à penser à autre chose, à regarder les nuages, à regarder par la fenêtre, à écouter de la musique, à faire du vélo, à lire sur des sujets qui n'intéressent que moi, etc.

Et aussi

En 2013, j’ai compris que j’aimais les gens, les noirs, les arabes, les juifs, les jaunes, les verts, les roms, même ceux en bas de chez moi, sutout ceux en bas de chez moi, qui dorment par -5 dehors avec leur bébé, les pédés bien sûr, Christiane Taubira, les moches, les beaux mais je me méfie, les gens dans le métro, même ceux qui sentent pas bons, les tradis un peu coincés, les cathos cools, mes ex sauf un, les dj, les beaufs, les rugbymans, les scouts, les vendeurs de canapés,les vendeurs de produits structurés, les moniteurs de ski,  les amis d’enfance, les plans à trois, les filles, les roux, les yeux bleus, les grands nez, les grassouillets, pas trop les maigres, les sportifs, les intellos, les timides et les chauds bouillants.

En 2013, j’ai reçu de l’amour comme jamais, à en devenir chatouilleuse, j’ai été aimée, aimée, aimée, entourée, caressée, embrassée, mordillée, protégée, j’ai reçu des baisers, des fleurs, des textos à en étouffer de bonheur, paradoxalement.

En 2013, j’ai compris qu’en fait en vrai on peut un peu choisir sa famille. Exit les cousins beaufs, j’ai de très bons amis qui font aussi bien l’affaire,

En 2013, j'ai payé des impôts pour la première fois. Aïe, c'est vrai que ça pique !

En 2013, j'ai rencontré des gens sympas, et j'ai apprécié la conversation de certains de mes ainés.

En 2013, j'ai a-do-ré écrire. Malgré l'ambiguité à travers laquelle je navigue, un coup j'en dis trop, parfois pas assez, j'ai envie de n'avoir aucune censure mais est-ce seulement possible ? Regretterai-je un jour cette liberté de ton? On verra.

Haut les coeurs.


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