Assez d'apitoiements !

kelen

Assez d'apitoiements, voilà plus de 10 piges que je remplis des pages
Et je vois toujours pas le peuple guidé par la rage
Faut atteindre quel stade d'insalubrité sociale
Pour que ton voisin s'dise que c'est pas normal ?
Au final, on retrouve toujours les mêmes têtes derrière les mêmes graffs
On publie les mêmes textes et on écrit toujours les mêmes tracts
On trace toujours un « Pas de justice Pas de paix » derrière le tribunal
Mais la douleur des familles n'atteint jamais leur canal lacrymal 
Insensibles. On a cessé de se laisser traverser par les émotions
Et tant que ça nous touche pas frontalement, on cherchera pas de solution
On est rentré dans l'ère où l'égo gère l'énergie qu'on propulse
Trop occupés à digérer nos traumas on en oublie c'lui qui convulse
Y'a pas de persistance dans la conscience collective 
C'est l'ère de la pensée jetable à laquelle on adhère pour un clic
Elle disparait l'air de rien dans le fil d'actu 
Comme un gamin palestinien derrière l'obus
On s'indigne, on pétitionne dans un dernier élan d'humanisme
Mais on prend même plus le temps de noter les relents du fascisme
On se laisse enchaîner par nos mots de passe
A mesure que notre vie privée laisse des traces
On prend même plus la peine de coder nos discussions
Résignés au constat terrible que le privé n'a plus de protection
Faut dire que l'avenir grince comme un portail rouillé
Le code du travail ne garantit plus que le droit d'être exploité
Assez d'apitoiements, si je continue l'énumération
C'est 15 feuilles que je devrai noircir avec ce crayon
Mais à quoi ça sert de pleurer dans nos rassemblements
Faut attendre que des gosses meurent pour sentir un mouvement ?
Mais ce silence, c'est celui qui plane dans nos cimetières 
T'as déjà tué ta conscience ou bien c'est le prozac gobé hier ?
Ils me font peur tous ces cadavres qui peuplent les RER
On est en mode survie dans un monde post-apo c'est clair !

Et y'a toujours ces tirailleurs de la haine dans nos JT
Qui théorisent nos peines comme des vautours au mont de piété
Mais qu'ils ferment leurs gueules et qu'on les envoie au Bangladesh
On aura autant d'empathie pour eux que eux pour ceux dans la dèche !
Tiens d'ailleurs, est ce qu'il y en a un capable de bouger pour Moussa
Ou bien faut aller les persécuter comme les autres persécutent les Rohingyas ?
De toute façon on connaît bien l'équation maintenant
Pour eux la vie de mille musulmans ne vaut pas celle d'un blanc
Assez d'apitoiements, maintenant t'as vu c'est la colère
J'arrive plus à penser calmement dans leur république totalitaire
Alors par pitié mettez-nous devant les yeux de belles choses
Des regards de paix pour soigner les ecchymoses
Car si tous ceux qui font depuis des années perdent l'espoir
Alors vous tous, paralysés de l'existence, resterez dans le noir.

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