Autoportrait 3

Mireille Roques


Une enfance,  solitaire : des poupées et des livres.Une adofluorescence, solaire : des amies et des livres. Une jeunesse, solidaire : des pavés et des livres…

Et puis la bibliothèque se remplit : Duras côtoie Pagnol, Cohen voisine avec Nabokov ; Garcia Marquez se serre contre Annie Ernaux et Simenon contre Agatha. Zweig interroge Steinbeck,  Louis Gallois et Philippe Djian dissertent sur le style,   Mordillat et Camus sur l’engagement. Sartre et Romain Gary voudraient y participer - mais depuis quand ne les ai-je pas conviés à ma table de chevet ? Les grands classiques s’alignent , impeccables depuis des décennies sous leurs belles jaquettes cartonnées, achetés en un seul lot avec mon premier salaire. lIs en gardent une certaine raideur et, d’ailleurs,  je ne les convoque qu’aux grandes occasions ! Ils sont mon chemin de Compostelle : le faire, un jour, d’une traite. Trouver le temps. L’envie. Les poètes, eux, se tiennent les coudes sous la jaquette Gallimard, et les pages s’ouvrent seules chez Aragon, Prévert, Apollinaire ou Eluard… Verlaine, Baudelaire et Rimbaud, les considèrent  de haut, sous le cuir  de la Pléïade. Les derniers bouquins juste ou pas encore lus  s’entassent. Ca fait un peu désordre, ça trouble l’harmonie, ça met à mal l’organisation .  Trier, ranger. Jeter ? Jamais !


Et  maintenant, il faut songer à relire. Continuer à découvrir, certes, mais relire : L’amour au temps du choléra, le barrage contre le Pacifique, Belle du Seigneur, Le livre de ma mère, La maladie de Sachs, Les déferlantes, Le pain noir, Les vivants et les morts, La gloire de mon père, Lolita, Aurélien, La pitié dangereuse, Madame Bovary, Une vie… Trier, ranger, lire, relire.

Fermer le livre. Ecrire.

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