Bouteille à la mer

kelen

J'emboîte les souvenirs, j'emboîte les caisses

J'amasse ce qui s'amarre à mes faiblesses

Ces ancres factices qui plombent les trajectoires

Quand l'encrier se vide dans ma mémoire.

Alors je mets en caisse et je classe

Pour couvrir le silence

Remplir le vide et les carences

Toujours contenir la casse.

Je stocke tout.

Les bribes d'avenir dans mes veines

Et les verres brisés dans mes poèmes

Pour quoi faire ?

Pour combler la profondeur des plaies

Pour arrêter de saigner

Pour panser la haine.

Je deviens une boîte.

Une boîte fermée à clé.

Verrouillée de l'intérieur

Rouillée de l'extérieur.

Bercée par les roulis de l'ascenseur.

Un coup en haut, un coup en bas

Des hauts le cœur

Et des coups bas.

Battue à mort, la boîte.

Cette boîte crânienne fracturée

Facturée au prix fort

Par le serrurier.

Et pourtant encore on me classe

Placée à la bonne place.

Puis déplacée, déclassée

En fonction de mes marques.

Et quand on est nulle part ?

Où on va ?

La boîte se fissure de tous côtés

Quand le cœur se décalque, dépossédé.

Une boîte ouverte, ça berce l'imaginaire

Ou parfois percute nos inventaires.

Alors le silence s'évanouit

Pour hurler à l'incendie

Les souvenirs s'embrasent

Les mots sortent de leurs cages

Comme des condamnés à mort

L'emphase devient ivre de son sort

Elle titube, dérive, se givre...

Paralysée, anesthésiée par son identité

Plurielle, elle s'enlise.

La réalité est transférée dans une bouteille.

Bouteille jetée à la mer

Portée par les lames de fond

Dans les éternelles abysses

De la Raison.

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