Coiffeuse.

Christophe Hulé

- Alors Monsieur, on fait comment ?

- Classe et pas dégarni sur les côtés.

- Bon, on va faire avec ce qu'on a.

- C'est combien le shampoing ?

- Euh, pourquoi cette question ?

- J'aime autant manier les ciseaux tout seul sans être contrarié.

- Monsieur, je m'excuse si je vous ai froissé.

- Pas de mal, j'ai l'habitude, ma vie s'est arrêtée il y a trente ans, calvitie galopante.

- Vous êtes encore bel homme.

- Ne vous fatiguez pas, je ne ferai pas d'esclandre et vous n'y êtes pour rien.

- C'est gentil à vous.

- Je laisse frisé ou je tonds l'ensemble ?

- Peu m'importe à vrai dire.

- Vous n'êtes pas un client facile.

- Allons bon, et pourquoi donc ?

- Eh bien j'aimerais que vous soyez satisfait mas ça n'en prend pas le chemin.

- Comment vous dire … le culte de l'apparence et tout ça, ado j'étais blond vénitien et je ne parlerai pas ici des avantages.

- Je n'en doute pas un instant, permettez en attendant que je fasse mon travail.

- Faites, je suis sûr que vous vous en sortirez bien.

- Merci Monsieur, voilà qui m'encourage.

- Bien Claudine, et désolé Monsieur, il y a pas mal de clients aujourd'hui, vous me comprenez n'est-ce pas ?

- Désolé de vous avoir mis dans ce pétrin.

- Vous n'y êtes pour rien non plus, ce sont les aléas du métier.

- Dites-moi, êtes vous mariée ?

- Si vous saviez combien de fois on me l'a faite celle-là.

- Bon, désolé, votre patronne s'impatiente, en voyant ses grimaces je plains son conjoint.

- Elle est vieille fille.

- Je m'en doutais un peu. Pourriez-vous lui dire que je paierai deux fois le prix du service ?

- Et pourquoi feriez-vous cela ?

- Parce que j'en ai les moyens et l'envie.

- Sèche cheveux, gomina ?

- Vous faites exprès ?

- Pas du tout Monsieur.

- Au fait, vous finissez à quelle heure ?

- Oh là là, encore quatre heures !

- Alors ça me laisse le temps de trouver un bon restaurant et de mettre une casquette.

- Laissez tomber la casquette, vous me vexeriez, et je vous dis à ce soir !

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