Colorado

Christian Lemoine

Oh cette couleur. Les falaises rouges, ces falaises rouges. Le canyon creusé, bords abrupts, comme une plaie ouverte sous le soleil déchiré, et la vie qui s'écoule et se tarit, jusqu'à gratter sur l'os blanchi en quête de la résurgence d'une sève désormais appauvrie. Les falaises rouges ; et les lacs bleus, sans étiage, là-bas au fond, dénudant des grèves insoupçonnées, des rivages interdits, des dômes fissurés d'être exposés au jour, des vaux, des méandres inventés. Le sinueux parcours faiblit, dénonce la pente qui l'entraîne, feint de ne plus estimer l'implacable devoir du dénivelé. Ecolier buissonnier, oublieux de ses premières leçons, il musarde et se disperse. Le voilà qui s'oublie à verdir des déserts, qui ensemence des rêves de milliardaires. Ceux-là vont, les semelles baignées de mousse, à fureter le nez en l'air dans l'ogive des étoiles, dédaigneux du tapis qui s'épuise à leurs pieds. Oh les falaises rouges, qui plongent de la margelle dévastée jusqu'au choc aride sous le seau désœuvré. Grisé de palmiers excentriques et de machines à sous, le fleuve ne va plus à la mer.
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