Concours Apocalypse

styler

Le 1er décembre 2012

Nathan sursauta en entendant l'alarme du réveil retentir. Chaque matin c'était pareil, cette sonnerie stridente venait l'extraire brutalement de son sommeil, sans préavis.

Il enfouit d'abord sa tête sous l'oreiller, ce qui atténua à peine le son puissant, puis d'un geste agacé frappa sur le réveil pour l'éteindre. Il dût s'y prendre à plusieurs reprises, car son bras tendu tâtonnait pour trouver l'interrupteur, et sa tête toujours dissimulée sous l'oreiller ne lui permettait pas de voir ce qu'il faisait.

« Il faut vraiment que je change ce fichu réveil ! » se jura t'il une fois de plus, puis d'un pas lent se dirigea vers la douche.

Einstein miaula avec insistance en se frottant au mollet de Nathan. Einstein c'était son chat. Il l'avait adopté quatre ans auparavant et il y avait entre eux un lien très fort, si bien qu'Einstein ne supportait pas de rester plus de deux jours sans voir Nathan.

C'était un chat craintif qui avait été battu par ses anciens maîtres, et le jeune homme avait du faire preuve de patience pour l'apprivoiser. Il l'avait rebaptisé Einstein, à cause de sa passion pour la physique.

Il le prenait donc toujours avec lui quand il partait quelques jours. Il avait un pelage roux et des yeux d'un vert lumineux, il ne sortait jamais dehors car il était resté très peureux. Nathan le caressa, lui remplit sa gamelle et changea son eau, puis partit se doucher.

Il avala ensuite un café, et le restant de sa demi-baguette de la veille, enfila son jean, et prit le premier tee-shirt de la petite pile qu'il avait posée sur l'étagère du placard de la pièce.

C'était une petite chambre qu'il louait depuis près d'une semaine dans la ville de Hirtzfelden.

Etudiant à Paris... Nathan était venu ici pour faire un stage en géologie de fin d'études pour son Doctorat de troisième cycle en Physiques.

Nathan avait peu de moyens, et le loyer de cette chambre défiait toute concurrence avec ses 40 euros par semaine, et puis les animaux y étaient acceptés...

Bien-sûr pour ce prix-là, il avait une chambre assez vétuste, avec une tapisserie à fleurs verte des années 60 qui recouvrait murs et plafond, et qui semblait imprégnée de poussière. Le mobilier devait dater des mêmes années, avec un lit une place au sommier fleuri, et un matelas à ressorts très détendus. A côté une table de nuit avec une lampe de chevet dans le même coloris avec un abat-jour bordé de petites franges.

L'odeur qui régnait ressemblait à un mélange de renfermé, de naphtaline, et de vieux bois pourri.

Le coin douche était assez repoussant, avec des joints de carrelage moisis, des traces de rouille autour de la robinetterie. Le coin cuisine n'était guère plus propre, et était composé d'une plaque double à gaz, et d'un petit réfrigérateur à l'aspect jauni, et dont le joint déchiré et distendu ne paraissait plus jouer son rôle.

Nathan s'y accoutumait. Il était déjà tellement content d'avoir pu décrocher ce stage auprès de la faculté de Mulhouse dans le département du Pr Galien, spécialiste mondial incontesté en géologie, que son logement lui importait peu.

Nathan se dépêcha pour attraper le bus qui passait à 7h37 à l'angle de la rue. Un quart d'heure plus tard, il descendit et marcha 10 minutes jusqu'au site de recherches. Pierre et Morgane , deux autres étudiants étaient déjà sur place, et avaient commencé à sortir le matériel nécessaire pour la journée.

Morgane était une jeune femme petite et menue, avec un très beau visage aux traits fins parsemé de discrètes tâches de rousseur. Ses cheveux roux clairs étaient relevés en chignon

«   Alors ? tu n'es pas bien matinal on dirait... lui lança Morgane ! 

- En effet, je ne suis pas du matin...et puis j'ai loupé le bus d'avant répondit Nathan

- Allez viens m'aider à installer le matériel ! lui dit Pierre en lui tapant l'épaule. ».

Tout fut rapidement mis en place, et chacun des trois étudiants purent commencer leurs observations et mesures. Nathan fut très vite intrigué par les fissures des roches sur la zone des failles. Il ouvrit grand ses yeux, stupéfait. "C'est incroyable !se dit-il. Comment cela est-il possible ? Enfin, je suis certain qu'hier encore ces fissures importantes n'existaient pas !" Il alla chercher son dossier dans son sac puis revînt l'air préoccupé, le visage inquiet et les sourcils froncés. Il essaya d'abord de chercher les photographies des roches prises la veille avec sa main droite tout en tenant sa pochette de la main gauche, mais l'exercice était trop acrobatique. Il se résolut à s'assoir par terre, ouvrit la pochette, étala les chemises et repéra celle de couleur bleue qui contenait les photographies. Il l'ouvrit et trouva rapidement les clichés de la veille.

"Bon sang ! C'est bien ce que je dis ! Hier encore pas la moindre trace de ces fissures ! Et aujourd'hui...elles sont si profondes... Pourtant le repère est bien là je suis bien à la borne 5 !!!!"

Nathan se précipita aux autres bornes pour voir ce qu'il en était. Les roches avaient les mêmes fissures profondes. Il courut jusqu'à la dernière et le phénomène était général ! Il voulut d'abord appeler Morgane et Pierre, mais préféra continuer ses investigations. Il sortit son appareil photo et les photographia, puis alla chercher les appareils de mesures des mouvements sismiques. Le cœur de Nathan palpita de plus en plus fort, les mesures prises étaient très inquiétantes. Il crut s'être trompé et les reprit à quatre reprises, et sur cinq sites différents. Pourtant les résultats étaient sans appel. Nathan resta transi, le visage blanc, il semblait ne plus respirer.

Morgane passa près de lui à ce moment-là et lut la stupeur sur son visage.

« Nathan, que se passe t'il ? On dirait que tu as vu un mort ? »Lui lança t'elle.

Nathan resta figé, immobile, le regard interdit. Morgane commença à s'inquieter.

« Nathan, est-ce que ça va ? Insista t'elle en lui saisissant le bras gauche. Tu es certain de te sentir bien ? Viens t'assoir. 

Nathan sembla soudain entendre la voix de Morgane et sursauta.

- Oui, je vais bien enfin je ne sais pas trop. Ce sont ces mesures Morgane.

- Ces mesures ? Qu'est ce qu'elles ont ?

- Elles annoncent l'arrivée très prochaine d'un tremblement de terre terrible jamais enregistré dans le monde.

- Mais tu as du de tromper ! Il faut les reprendre ces mesures ! Veux-tu qu'on le fasse ensemble ?

- Je les ai reprises Morgane ! Quatre fois ! Et à plusieurs endroits différents...

- Et ces roches ! Regardes comme elles sont fissurées ! Il alla chercher son dossier avec ses photographies de la veille et montra à Morgane la différence énorme.

- Il y a sûrement une explication...L'appareil ou tu t'es trompé de site...

- Mais non, regarde la borne est la même

- Allons en parler à Pierre !

Les deux jeunes gens expliquèrent à Pierre les résultats et les inquiétudes liés à ces constats.

- Il faut que tu appelles le Professeur Gallien, il doit certainement y avoir une erreur quelque part, quelque chose qui explique tout ça !

- Oui, je vais voir avec lui répondit Nathan toujours aussi inquiet."

Ces deux camarades ne semblaient pas appréhender l'ampleur des conséquences possibles de cette catastrophe annoncée, et il ne semblaient pas non plus persuadés que les mesures et les constats de Nathan étaient justes.

Pourtant Nathan savait bien ce qu'il avait vu et mesuré et dans sa tête tout s'enchaînait. Un tel séisme, non seulement serait dévastateur en lui-même, mais en supposant que l'on puisse éloigner la population avant, il n'en restait pas moins que la centrale nucléaire de Fessenheim était située sur la faille sismique et que cela reviendrait à faire exploser une bombe atomique étant donné l'importance du phénomène naturel. Effectivement, la seule personne à qui Nathan souhaitait s'adresser c'était le Pr Gallien, lui seul serait à même de comprendre l'importance de telles révélations et s'il y avait des dispositions possibles à prendre, il serait le mieux placé.

Toutes ces idées défilaient dans la tête de Nathan à une vitesse grand V, et il était particulièrement anxieux. Il alla chercher son téléphone portable, et se positionna à un endroit où il avait un peu de réseau. Fébrilement, il s'évertua à trouver dans sa liste de contacts le numéro du Pr Gallien, et quand il l'eut enfin, il composa immédiatement son numéro. Il se sentait porteur d'une nouvelle terrible et d'une importance décisive et il ne put dissimuler son émotion quand le Pr Gallien décrocha.

"Pr Gallien, c'est Nathan Thillier...

- Oui jeune homme que puis-je faire pour vous ?

- Et bien professeur, les roches se sont grandement fissurées sur la zone d'observation autour de la faille entre hier et aujourd'hui.

- Etes-vous certain d'être au même endroit ?

- Oui, absolument.

- Mais de quel ordre de grandeur  estimez-vous cette différence?

- Un facteur 10 professeur.

- Que dites-vous ?

- Un facteur 10...répéta Nathan. Je sais que c'est incroyable mais je vous assure..

- Mais enfin jeune homme, c'est impossible ! Rendez-vous compte, si cela était vrai ce que cela signifierait et de toute façon, aucun phénomène de ce type n'a jamais été repertorié dans le monde, cela est tout bonnement impossible !

- Mais Professeur, je sais bien que cela paraît impossible mais pourtant je suis certain.

- Et ce n'est pas tout... ajouta Nathan hésitant.

- Comment ça ? Qu'y a t'il d'autre?

- Les mesures enregistrées pour les mouvements sismiques dépassent toutes les références connues.

- Il faut les reprendre, vous avez du vous tromper puisque je vous dis que c'est impossible.

- Mais je les ai repris plusieurs fois, à 5 endroits différents...

- Ecoutez Nathan, si je ne connaissais pas votre dossier universitaire qui est sérieux et brillant, je me demanderais si vous ne seriez pas un rigolo ou un fou !!!! Mais là, j'avoue ne pas comprendre..La seule chose qui s'impose est que je vienne sur place avec mes appareils dès demain matin pour prendre moi-même ces mesures mais je suis convaincu qu'elles ne pourront pas correspondre avec vos résultats. Soyez rassuré. A demain matin 8 heures sur place !"

 Nathan raccrocha, confus. Il ne savait plus très bien ce qu'il devait penser de tout ça. La réponse du Professeur le soulagea un peu et il préféra resté sur cette impression, l'option où ses mesures étaient justes était trop angoissante. Pierre et Morgane lui proposèrent de rentrer chez lui, et lui assurèrent qu'ils s'occuperaient de ranger.

Sur le retour Nathan était comme abasourdi, il avait l'impression d'avoir subi un énorme choc et il se sentait vidé de ses forces. Il se laissa aller dans le bus refusant toute pensée qui se présentait à lui.

Lorsqu'il arriva chez lui Nathan trouva sa chambre dévastée. De la vaisselle cassée jonchait le sol, le papier peint était déchiré par endroit, et ses draps en boule froissés, les rideaux en lambeaux...

Il crut d'abord à un cambriolage mais la porte d'entrée ne présentait pas de trace d'effraction. Il vit au dessus de l'évier du coin cuisine la vitre brisée mais la fenêtre n'était pas ouverte.

Elle présentait juste une zone fracturée mais apparemment on n'avait pas tourné la poignée de la fenêtre pour l'ouvrir, et les débris de verre se trouvaient majoritairement sur le rebord extérieur de la fenêtre. Ce qui semblait indiquer qu'ellee avait été cassée depuis l'intérieur de la chambre.

Soudainement Nathan réalisa qu'il n'avait pas vu Einstein dans la pièce. Il l'appela, mais sans résultat. Il alla regarder dans le coin salle de bains, sous le lit, dans les draps...sans plus de succès.

C'est alors qu'une hypothèse lui traversa l'esprit. Et si c'était Einstein qui avait mis la chambre dans cet état avant de briser la vitre pour sortir ? Mais enfin que m'arrive t'il ? se dit-il . Je ne vais pas bien ou quoi ? Einstein déteste sortir ! Et ces mesures ?

Le jeunes homme avait la sensation de vivre un vrai cauchemar, tout ce qui se produisait dans cette journée était insensé. Pourtant, Nathan ne voyait que cette hypothèse puisque son chat n'était plus dans l'appartement.

Il se décida à aller le chercher dans le quartier. Arrivé dans la rue, il eut la surprise de voir des dizaines de personnes vociférant

« Digo !

- Gribouille !

- Fanfan !... » Tous ces gens s'égosillaient à appeler leur animal, et il y avait des enfants en pleurs.

Nathan resta perplexe en observant cette scène étrange. Déboussolé, il cria à son tour le nom de son chat « Einstein ! Einstein ! » et rejoignit le curieux cortège...

Le 2 décembre

Nathan avait les yeux grands ouverts quand son réveil sonna. Il était resté ainsi allongé sur son lit les bras derrière sa tête à fixer le plafond depuis qu'il était rentré sans Einstein. Il avait déambulé dans les rues à la recherche de son animal toute la soirée et une partie de la nuit, comme des centaines d'autres personnes.

A la radio, il avait entendu qu'on assistait à un phénomène étrange qui se produisait dans le monde. On relatait la disparition de millions d'animaux domestiques, mais aussi d'animaux sauvages, et ceux qui étaient captifs dans les parcs zoologiques présentaient des comportements très étranges. Ils poussaient des cris, étaient agités ou au contraire transis le regard apeuré.

Nathan s'inquiétait pour Einstein, mais aussi de savoir ce que pouvait bien signifier une telle situation sans précédent. Les médias parlaient de la fin du monde, de nombreuses personnes paniquaient et fuyaient elles aussi. Nathan se prépara rapidement, et partit sans avaler quoique ce soit son sac sous le bras pour se rendre sur le site de recherches où il avait rendez-vous avec le Pr Galien à 8heures précises.

Quand il sortit, il faisait encore nuit, et il vérifia l'heure sur sa montre.

« Pourtant il est bien 7 heures ! Dit il en tapotant sur sa montre », puis se demanda s'il n'y avait pas un problème avec l'heure.

Il courut jusqu'à la boulangerie de l'autre côté de la rue, qui semblait bien ouverte car il distinguait l'éclairage à l'intérieur. Il poussa la porte qui s'ouvrit et s'adressa à la boulangère.

« Bonjour Madame, excusez moi quelle heure est-il s'il vous plait ?

- Sept heures trois lui répondit elle Qu'est ce que je vous sers ?

- Euh, un pain au chocolat dit Nathan hésitant. Mais vous ne trouvez pas qu'il fait encore nuit pour cette heure-ci ?

'- Oui peut-être on dirait bien, à vrai dire je ne fais pas trop attention, ça fait 95 centimes.

- Tenez, merci au revoir

- Au revoir. »

Nathan mit son pain au chocolat dans son sac et rejoignit l'arrêt de bus. Personne n'avait l'air inquiet pris dans la routine du quotidien comme des pantins, insensibles à ce qui se passait autour d'eux.

Une fois arrivé sur les lieux, Nathan installa tout le matériel nécessaire et s'aida d'une lampe torche pour éclairer l'endroit qui était sombre toujours plongé dans la nuit. Le soleil semblait comme en retard...

A l'aide de sa lampe il alla ensuite vérifier les roches, dont les fissures paraissaient s'être accentuées. La comparaison des clichés de la veille confirma ses doutes. Vers 8 heures moins dix, Nathan entendit une voiture arriver. Il vit les plein phares balayer la route et se rapprocher, ce qui l'éblouit. Il mit sa main droite sur ses yeux pour les protéger de cette lumière forte. Le quatre quatre noir se gara et le Pr Galien sortit.

L'homme était grand, et brun, il avait le physique d'un rugbyman avec une mâchoire inférieure bien développée et un peu en avant. Il était vêtu d'un pantalon de toile noire et d'un blouson gris élégant.

Les deux hommes allèrent à la rencontre l'un de l'autre et se serrèrent la main.

«  Jeune homme allons vérifier vos mesures et vos calculs, venez m'aider à sortir mes appareils dans le coffre lança le Pr Galien.

- Oui tout de suite professeur rétorqua Nathan »

Nathan l'amena sur les bornes où il avait pris les mesures et lui parla immédiatement des fissures des roches en sortant les photographies de la veille et de l'avant veille. Le Pr Galien regarda attentivement les clichés pour observer les roches et resta interloqué.Ses yeux étaient écarquillés et son visage exprimait une grande stupeur.

« Non d'un chien ! Mais c'est invraisemblable! Je vais brancher mon appareil de mesure...dit il en effectuant les gestes nécessaires. »

Puis l'appareil rendit son verdict et le Pr Galien et fut abasourdi par les résultats. Il marmona « mais c'est encore plus que ce que vous avez mesuré hier..

- Oui en effet répondit Nathan sidéré.

Le Pr Galien eut soudain le souffle court et sembla pris d'un malaise.

-  ça va professeur ?lui demanda Nathan

- Je... je... ne sais pas...balbutia le Pr Galien Ces mesures annoncent un séisme dépassant toutes échelles existantes...la zone est proche de la centrale de Fessenheim... c'est une catastrophe !!!!!!!!!!! Nous devons prévenir les autorités, faire évacuer la zone, prendre des mesures pour la centrale...nous devons...vite Nathan venez avec moi nous allons prévenir ! Répondit le Pr Galien qui semblait être passé de l'état de sidération à celui de panique.

- Oui professeur allons y !

Le Pr Galien était paniqué et sa respiration à nouveau rapide et saccadée, il demanda à Nathan s'il accepterait de conduire jusqu'à la faculté. Nathan accepta, tout en étant lui-même inquiet face à la réaction du professeur qui confirmait malheureusement ses pires craintes, et les deux hommes montèrent dans la voiture.

« Je peux vous poser une question professeur ?

- Oui dit le Pr Galien en hochant la tête

- N'avez-vous pas remarqué que le soleil ne s'est pas levé ce matin ?

- Et bien si...mais je..en fait ce n'est pas normal en effet ! Cela ne me dit rien qui vaille.

Puis les deux hommes restèrent silencieux jusqu'à Mulhouse comme si le silence permettrait de contenir leurs peurs respectives. Une fois à la l'Université, le professeur pria Nathan de le suivre dans son bureau.

Il s'assit dans son fauteuil et composa le poste de sa secrétaire.

« Myriam, trouvez moi le numéro du Président de la République ou du premier ministre et passez moi l'un ou l'autre ! Ordonna t-il

- Bonjour Monsieur le professeur ! Mais vous êtes sûr ? Est-ce que ça va ?

- Myriam ! Je n'ai jamais été aussi sérieux, dépêchez-vous !

- Mais que dois-je invoquer comme motif ?

- Une urgence Myriam ! Une urgence !

- Bien Monsieur...tout de suite. »

Nathan était assis en face du Professeur de l'autre côté de son grand bureau en bois massif. Derrière le Pr Galien, il y avait une immense bibliothèque remplie de magnifiques ouvrages reliés, rangés soigneusement comme une vitrine du grand savoir de ce professeur. En temps normal Nathan aurait été attiré par ces livres, mais à cet instant même tout paraissait suspendu : le temps, la conversation, la vie...

Les minutes qui s'écoulèrent parurent durer une éternité, comme si chaque seconde correspondait à un lent goutte à goutte.

Enfin, après presque dix longues minutes interminables figées dans un silence lourd et angoissant, le téléphone sonna et la secrétaire annonça qu'elle avait en ligne le cabinet du premier ministre et passa la communication au professeur qui mit le haut parleur afin que Nathan entende également la conversation.

« Allo, bonjour Monsieur, Pr Galien spécialiste en géologie de l'université de Mulhouse, je dois parler au premier ministre pour une affaire de la plus grande urgence.

- Mais le premier ministre est en réunion , Monsieur, de quoi s'agit-il ?

- Je vous dit que je dois lui parler maintenant cela ne peut pas attendre, vous entendez ? C'est au sujet de l'annonce d'une catastrophe naturelle sans précédent, passez le moi ! Répondit le Pr Galien excédé.

- Bien Monsieur, un instant, je vais l'appeler, ne quittez pas.

- Allo, Pr Galien ? Je suis le premier ministre, je vous écoute.

- Monsieur le premier ministre, nous avons relevé sur le site de Hirtzfelden des fissures phénoménales et subites sur la faille sismique. Toutes nos mesures prises sur place préfigurent un séisme terrible au delà toutes les échelles existantes. Et j'ajoute que cette faille jouxte la centrale de Fessenheim.C'est vous dire l'urgence de la situation !!!!

- En effet professeur, faxez moi vos compte-rendus, j'alerte immédiatement le Président pour faire évacuer une partie de la France, et prendre des mesures d'extrême urgence pour la centrale pour limiter les dégâts. Savez-vous de combien de temps nous disposons?

- Malheureusement non Monsieur, les fissures se sont accentuées fortement en 2 jours, l'évènement peut tout aussi bien être imminent ou avoir lieu dans quelques jours. Cela est impossible à dire car pareille situation n'a jamais été constatée. Mais je dirai qu'une dizaine de jours serait un grand maximum, et je pencherais plutôt vers un phénomène très rapide moins de deux jours...et encore !

- Je vois Professeur...Je suis actuellement en réunion extraordinaire suite à la fuite des animaux hier, et à la nuit dans laquelle le pays est plongé...et qui est généralisée dans toute l'Europe...au fur et à mesure des informations qui nous parviennent il semble que plusieurs parties du monde soient touchées et les experts en astronomie et météorologie, ainsi que des vétérinaires spécialisés dans le comportement des animaux sont actuellement en cellule de crise à l'Elysée. Pourriez-vous nous rejoindre professeur ? Nous avons besoin de toutes les forces scientifiques de notre pays. Bien entendu pas un mot à qui que ce soit cette affaire est classée secret d'état. La population serait prise de panique et les conséquences pourraient devenir plus dramatiques encore.

- Oui bien-sûr je vais venir.

- Parfait ! Un avion viendra vous chercher à l'aéroport de Mulhouse dans moins d'une heure nous vous appellerons pour vous préciser la zone d'embarquement.-

Très bien. »

Le professeur était flatté d'être compté parmi les éminences grises du pays, mais ce qu'il avait appris concernant cette cellule de crise le préoccupait grandement et il s'adressa à Nathan avec un ton grave :

" Jeune homme apparemment nous vivons à grande échelle une situation historique présageant des catastrophes naturelles jamais connues auparavant et qui semble concerner toute la terre. J'espère que les bonnes décisions pourront être prises à temps, et j'espère surtout qu'il existe des solutions... Je vais aller rejoindre Paris. Vous devez garder le silence sur ce que vous avez entendu."

Il rassembla quelques documents et demanda à Nathan de bien vouloir le déposer à l'aéroport. Nathan s'exécuta. Durant le trajet le professeur reçut un appel lui indiquant comme prévu le lieu de rendez-vous pour l'embarquement.

"Merci Nathan ! Vous pouvez garder mon véhicule, vous en aurez peut-être besoin..".puis il quitta la voiture et souhaita bonne chance au jeune homme.

Nathan le regarda s'éloigner et lui fit un geste d'au revoir avec la main droite. Il ne savait quoi penser de tout cela. Il s'inquiéta pour ses parents et sa sœur Julie qui vivaient en région parisienne et les appela.

Il avait à la fois besoin de les entendre et il voulait être certain que tout allait bien pour eux. Il tomba sur le répondeur, puis tenta de les joindre sur les téléphones portables mais ne parvient pas plus à leur parler. Il chercha dans son répertoire le numéro de Suzanne, leur voisine, qui elle, décrocha.

" Bonjour Suzanne, c'est Nathan. Dis moi je n'arrive à joindre personne, sais tu par hasard où ils sont ce matin ?

- Oh Nathan!Justement je voulais t'appeler ! Tes parents et ta sœur ont du être hospitalisés ce matin.

- Comment ça hospitalisés ? Que s'est-il passé ? Ils ont eu un accident ?

- Non Nathan pas d'accident...ils ont eu ces étranges malaises, tu sais ceux dont on parle aux infos...ce ne sont pas les seuls...les hôpitaux ne peuvent d'ailleurs plus accueillir les gens tellement il y a de cas...

- Mais quels étranges malaises ? C'est grave Suzanne ?

- Je ne sais pas Nathan...je ne sais pas..."

Le 3 décembre.

  Nathan était terriblement inquiet. Il sentait son ventre se resserrer, comme s'il se nouait très fortement. Il se mit à transpirer, puis à grelotter de froid. Il tremblait et ses mains étaient moites.

" Mais que se passe t'il ? s'interrogea t'il. Serait-ce possible que la fin du monde se produise réellement ? Il faut que je me réveille de ce mauvais rêve !!!! Que va t'il se produire ensuite ? Des tremblements de terre ? Des tsunamis ? Et maintenant des malaises ? Papa, maman, Julie ! Tenez bon je vous en supplie ! Et toi Einstein, où es tu à l'heure qui l'est ?" Nathan n'en pouvait plus et toutes ces questions le taraudaient et l'angoissaient. Il décida d'aller à Pontoise voir ses parents et sa sœur à l'hôpital, et de se rendre compte par lui-même de leur état. Après tout le Pr Galien lui avait laissé sa voiture...et puis il avait sur lui ses papiers, moyens de paiement, ainsi que son ordinateur portable et ses travaux de thèse, ce n'était pas les quelques affaires qui étaient restées dans la petite chambre qui étaient essentielles. Il fila tout droit pour rejoindre l'autoroute. Le jour ne s'était toujours pas levé, et seules les lumières des phares et des lampadaires éclairaient les routes. Nathan sentait qu'il se crispait de plus en plus sur son volant, et il pinçait sa lèvre inférieure avec ses dents. Il alluma le poste de radio pour écouter les informations et en savoir un peu plus sur ces malaises qui touchaient un grand nombre de personnes et dont lui avait parlé Suzanne.

« Le nombre de cas de malaises ne cessent d'augmenter. On recense des crises d'épilepsies, des pertes de connaissances et des comas inexpliqués et soudains. Les hôpitaux sont complets, et les bases militaires ont été réquisitionnées pour recevoir les nouveaux cas. Toute la profession médicale est mobilisée. Le monde entier est en alerte, tous les pays semblent touchés. Le gouvernement en appel au calme et à la solidarité et une cellule de crise s'est installée à Matignon avec des experts scientifiques pour tenter de comprendre et d'apporter une réponse à cette situation pour le moins étrange. Sans compter que le pays et le monde continue à être dans la nuit la plus complète. Nous vous tiendrons informés au prochain flash des nouvelles et des avancées réalisées »

Le voyant d'essence s'alluma et un bip résonna dans la voiture. Nathan s'arrêta à la première station service qu'il  trouva sur son chemin pour faire le plein. Il descendit pour ouvrir le réservoir puis composa son code secret sur le clavier du distributeur d'essence. Il entendit des cris un peu plus loin sur sa droite qui attirèrent son attention. Deux hommes en costume se battaient avec leur poing. Ils étaient par terre l'un sur l'autre, et se frappaient en s'injuriant. Nathan porta alors son regard un peu plus loin et fut surpris d'observer des scènes violentes du même type. Il remonta dans la voiture qu'il gara près de la boutique et en profita pour s'acheter un sandwich et une bouteille d'eau car il n'avait rien mangé depuis ce matin, et même s'il n'avait pas vraiment d'appétit, il sentait ses forces diminuer et il devait manger quelque chose s'il voulait tenir jusqu'à Pontoise.    

Ici et là des gens s'agressaient les uns les autres avec des mots violents et grossiers et Nathan assista à de nombreuses bagarres. Mais enfin c'est dingue ! Tous ces gens ont l'air dans un état ! se dit Nathan en se frottant les yeux, comme pour gommer ces scènes de son esprit. 

Quand il passa aux toilettes avant de reprendre la route, il vit un homme à terre, les yeux révulsés faisant des mouvements cloniques et de la salive comme de l'écume sortait de sa bouche. Il alla immédiatement alerter le personnel de la boutique. « ça n'arrête pas depuis hier ! lui dit le caissier. Je vais rappeler les pompiers mais ça risque d'être long, ils sont débordés. L'homme avertit les pompiers puis lança un appel dans la boutique pour demander s'il n'y avait pas un médecin. Un homme blond d'une quarantaine d'année se fit connaître et alla porter secours à l'homme allongé dans les toilettes. Nathan fut perturbé par cette scène et il imaginait que cela avait du arriver à ses parents et sa sœur et redoubla d'inquiétude pour eux. 

Toute cette ambiance était tendue et alarmante, si bien que Nathan était encore plus contracté qu'en arrivant, et il reprit la route en essayant de se concentrer car ses yeux fatiguaient de devoir s'accommoder de l'obscurité. Il essaya de joindre l'hôpital de Pontoise mais toutes les lignes étaient occupées et un message enregistré invitait à renouveler ultérieurement l'appel. Nathan délaissa son sandwich et resta vigilant tandis qu'il avançait dans cette nuit noire inhabituelle. Tout ce que Nathan avait appris ou vu ne le rassurait pas du tout. Il se dit soudain qu'il devait se préparer à mourir. Il ne savait pas comment cela surviendrait ni quand exactement mais il fut intimement convaincu que le compte à rebours avait démarré et que ce n'était à présent plus qu'une question de jours. Sa seule obsession à ce moment là était de revoir Julie et ses parents. Il espérait qu'ils seraient conscients quand il arriverait. Tout ce qu'il voulait c'était passer ses derniers instants avec eux. Des larmes coulaient sur ses joues. Il était triste. Il revoyait des images de moments qu'ils avaient partagé en famille, comme ces vacances à Londres pour ses 14 ans, ou encore l'anniversaire de ses dix ans, le dernier film qu'ils avaient été voir ensemble. Nathan sanglotait comme un enfant à chaudes larmes. Il songeait à tout ce temps où il avait été absorbé par ses études, et où il avait négligé sa famille. Il pensait à la dernière fois où Julie l'avait supplié de venir avec elle jouer au squash et où il avait refusé. Julie avait alors pleuré et sa mère lui avait expliqué qu'il lui manquait énormément et qu'elle souffrait du peu de temps qu'ils partageaient depuis plusieurs années. Son regard était embué par des larmes de désespoir et de tristesse, si bien que la conduite devenait laborieuse. Il essuya ses larmes d'un revers du bras droit, et renifla. Son rythme cardiaque s'était accéléré et ses inspirations étaient devenues profondes et douloureuses.Quel gâchis ! pensa t-'il. Puis il se mit à parler à voix haute. "Dites moi que ce n'est pas possible ! Ça ne peut pas l'être ! Tout cela n'a ps de sens ! Toutes ces vies inachevées!Et puis pourquoi ? Pourquoi ? Se mit il à hurler. Pourquoi tout devrait s'arrêter comme ça soudainement ?" Nathan était à présent envahi par la colère. Il se mit à réfléchir et son instinct de survie et son côté rationnel semblèrent soudain lui redonner de l'espoir. Il doit bien y avoir un moyen ! Il y a sûrement une explication à tous ces évènements...Tous ces grands professeurs vont bien trouver de quoi il s'agit et ce qu'il faut faire ! Nathan voulut rester sur cette idée, et cela lui redonna un peu de baume au cœur et de courage, il avala même un morceau de sandwich.

Son portable se mit à sonner, c'était le Pr Galien.

«  Allo Professeur avez-vous des nouvelles ? Que se passe 'il au juste ?

- Allo Nathan eh bien à vrai dire c'est incroyable tout ce qui arrive, et pour le moment il n'y a que quelques pistes d'explications mais surtout de terribles catastrophes naturelles et sanitaires s'annoncent et cela risque d'être aggravé par la panique qui a commencé à régner.

- Oui mais quelles sont ces pistes?

- Je ne peux rien vous dire c'est classé secret défense mais il ne s'agit que d'hypothèses tenant compte de multiples données. Tout ce que je peux vous dire c'est que le phénomène est d'une ampleur gigantesque et que nous ne savons pas ce qui pourra ou pas être maîtrisé. L'armée a été mobilisée et de nombreuses zones commencent à être évacuées, et dans d'autres des consignes strictes vont être données très prochainement. Pour le reste il ne n'y a plus qu'à prier Nathan!

- Mais que devons nous faire Professeur ? Je suis actuellement en route pour Pontoise où mes parents et ma sœur ont été hospitalisés pour les malaises dont sont victimes de nombreuses personnes. Avez-vous des informations à ce sujet ?

- Pas précisément...Je suis désolé, en fait il se peut que les multiples réactions aussi bien les bagarres ou les émeutes, que les malaises et autres états constatés soient en rapport avec l'inversion des champs électromagnétiques des pôles terrestres qui est en train de se produire...mais il y a d'autres hypothèses que je ne peux pas vous confier.

- Je dois y aller. Bonne chance jeune homme !

- Merci Professeur. Bonne chance à vous aussi ! »

Mais quelles étaient donc ces hypothèses que le professeur devait garder secrètes ? La situation était très inquiétante. Une inversion des champs électromagnétiques...Nathan se rendait compte que l'homme était bien peu de choses. L'univers semblait vouloir imposer sa loi, et sa puissance était telle que l'homme avait beau avoir étudié les sciences, il se trouvait démuni devant de telles forces incontrôlables. Le professeur avait raison, il ne restait plus que la prière. Nathan n'était pas croyant mais la prière lui semblait la seule possibilité en de telles circonstances. Après tout, il existait peut-être un Dieu quelque part...Nathan ressentait un tel vide à cet instant que cette perspective le rassurait.

« Dieu, ou qui que vous soyez, je vous en conjure faites quelque chose ! Eclairez moi ! Dites moi ce que je dois faire ! Je sais je ne vous ai jamais parlé jusqu'à maintenant mais écoutez moi je vous en prie ! Protégez ma sœur et mes parents ! Dites moi qu'il y a encore un espoir , que ce n'est pas la fin ! Dites moi qu'il existe une issue à tout ça. Mais que m'arrive t'il Suis-je devenu  fou ? Voilà que je parle à Dieu ? Quand cessera ce cauchemar ? Cette nuit noire ? »

Nathan continua sa route et approcha bientôt de Paris. Il y avait des embouteillages et il eut beaucoup de mal à contourner Paris. Il lui fallut trois heures depuis Paris pour parvenir enfin à Pontoise.

Lorsqu'il arriva à l'hôpital le parking était plein, et les urgences étaient bondées, il y avait la queue depuis l'extérieur du bâtiment ! Nathan se fraya un passage pour parvenir à l'accueil. Il était bousculé par les gens qui croyaient qu'il cherchait à passer devant tout le monde. Après une demi-heure, il put enfin s'adresser à une infirmière :

« Bonjour Madame, je viens voir ma sœur et mes parents qui ont été hospitalisés aux urgences.

- Bonjour, quel est votre nom ?

- Thillier

- Thillier répéta t'-elle en cherchant sur l'ordinateur. Je suis désolée M. Thillier...

- Mais désolée pourquoi? demanda Nathan paniqué...

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