Connais ton ennemi, connais-toi toi-même

Pascal Bléval

Les jambes arquées, la main gauche refermée sur le fourreau de mon Katana, je tremble un peu. Peur et excitation, tension et impatience. Un cocktail d’émotions contradictoires explosif, dont mon visage de marbre ne laisse rien paraître.

L’Ennemi se jette sur moi en hurlant. Je me fends, esquivant sa charge désordonnée d’un pas sur le côté, et dégaine ma lame en un éclair. L’acier transperce les chaires, le sang coule et une tête s’envole dans les airs dans une gerbe de sang, emportant avec elle un long morceau de colonne vertébrale...

Soudain, le crâne se change en un ballon multicolore voguant en liberté dans le ciel bleu azur, et promenant derrière lui sa ficelle tranchée nette. Je regarde, étonné, la paire de ciseaux que je tiens en main. Ma fille de cinq ans fixe, en pleurs, le reste de la ficelle qui tombe d’entre ses doigts serrés.

—     Ouuuuuuiiiiiiiiiiiinnnnn ! T’es qu’un méssant, ze te déteste ! s’écrie-t-elle avant de se précipiter dans les jupons de sa maman.

—     Je viens pourtant de la sauver d’un samouraï sanguinaire ! Je proteste en levant les yeux au ciel.

Allez comprendre les enfants… Moi, tout cela me dépasse…

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