DANS LES BRAS DE PAPA

Leo Leo

AUTRE EXTRAIT DE MON MANUSCRIT

Je marche vite, très vite. Je cours. Jamais je n ai couru aussi vite. Il me tarde d annoncer à papa mon succès au CEP. Oui j ai eu mon CEP à l âge de seize ans. Et alors ? Osez vous moquer de moi et je vous refais le portrait. Je traverse tour à tour le carrefour Ndole, le carrefour Nyamagolo. C est à bout de souffle que je retrouve papa dans le salon, concentré à lire son journal  «Le Cocorico » et à moi de dire : «  papa j ai réussi au CEP. Il s arrêta de lire, leva la tête . J appréhendais beaucoup sa réaction. Il me regarda dans les yeux et demanda :

- C est vrai ?

-Oui papa


Il déposa son journal sur la table, se leva et me serra dans ses bras.


Dans les bras de mon père pour la première fois a seize ans, je me sentais roi, je me sentais enfant de « quelqu un » et pas orphelin. Je posai ma tête sur son gros ventre d anciens alcooliques et j espérais y rester éternellement. Savez-vous ce qui se passe lorsqu il pleut au désert ? Savez vous ce qui se passera quand il neigera en Afrique ? Avez vous déjà entendu la joie d un condamne a mort lorsqu il est libéré ? Ces choses ne s expliquent pas . Je me sentais si bien à cet instant où mon père m ouvrait les portes de son cœur.


J avais à  peine profité de cet instant que je ressentis des gouttes d eau se poser sur ma tête : papa pleurait. C était incroyable ; l homme alcoolique, qui avait battu sa femme a mort et ignoré ses enfants pendants près de 20 ans pleurait.


C était sa manière de me demander pardon. Ces larmes symbolisaient notre réconciliation, sa réconciliation avec le passé, le début d une nouvelle relation père-fils. Ces larmes voulaient dire « je t aime » . Hélas, en Afrique on ne dit pas je t aime. En Afrique l amour se vit. Sur la terre mère, l amour se lit, s entend, se sent, se prouve mais ne se dit jamais.

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