Décalés

kelen

Il y a cette petite musique douce, une petite partition sans fausse note qui s'égraine comme le temps, tout doucement. Le son est calé à la seconde, avec la précision d'un photographe. En plein dans le cadre. En plein dans le mille. Ces millions de personnes qui expirent le même souffle à la même seconde, qui souffrent de la même fatigue et qui participent passivement à l'apogée d'un même système infanticide.

Infanticide? Vraiment?

Mais comptez les morts.

Combien de plexus fracassés sous la violence de leur arrogance?

Combien de vies arrachées à l'innocence de leur enfance?

Vous les avez tués et ils vous tueront.

Embusqués dans les sous-bois de votre aplomb, ils vous mettront un plomb dans la tête.

Ou plutôt dans la tête de votre fille ou de votre fils, ces dernières petites choses que vous pensiez savoir protéger de toute votre vertu. Vice-versa, ils vous voient vaciller en vociférant toutes ces folies, tout ce vice. Mais sont-ils fous parce qu'ils se foutent de votre virtuosité, de votre façon de vous vanter?

Il y a cette petite musique douce, une petite partition sans fausse note qui s'égraine comme le temps, tout doucement.... et qui le rend fou lui, celui qui ne veut pas finir à genoux.

Il ne fallait pas de vague? Mais lui vomit ses voyelles comme moi je vomis des phonèmes.

Il y a ce « Ahhh » qui les culbute « Eux ».

Quand tous nos sI tombent à l'O.

Quand nos oedèmes font gonflés nos os.

Alors parfois une petite vague se forme.

Un coeur.

Deux peurs.

Qui battent un peu.

Qui débattent entre eux.

Ils sont enfin des milliers.

Des milliers de coeurs cabossés.

Qui crient qu'ils ne veulent plus tuer.

On est pas tous des assassins.

Et sur le sol on défie les menteurs.

Des craies qui sont autant de créations

Qui cautérisent nos tensions

Des tentatives d'actions

Pour défier la peur.

J'ai peur.

J'ai peur d'avoir cassé la boîte à musique, car dedans ca palpite. Y'a tout qui s'déboite, y'a tout qui s'démonte. Et quand je me perds et faiblis, mes pairs foncent. Une solidarité solide qui solde le compte de ceux qui ont planté des pieux dans nos yeux. Leur honte.

Prêts à nous arracher les pupilles pour que l'on ne puisse plus voir ...la violence de leur mépris

Et un p'tit espoir.

Indignés.

Avalant le bitume depuis des semaines, ils supportent, s'habituent. Ils intègrent dans leur inconscient la violence de ceux qui doivent les protéger, et normalisent la cause de leur occupation non déclarée.

Remplir des formulaires.

Porter plainte.

Lever les mains.

Souffrir en silence.

Dégradation.

Tentes.

Couvertures.

Humanité.

Plus rien n'est cohérent.

Plus rien n'est construit.

La petite musique s'emballe.

Des chocs.

Des cris.

Des crocs.

Accroc.

Décrochage.

Et là, ça charge?

Les images ne sont pas diffusées.

En boucle, les portraits des filles brûlées.

Malade.

Ils sont malades.

Et eux sur le parvis, se tétanisent.

De froid.

Dans l'indifférence.

D'un système qui cible

Pour ne plus voir qu'il est responsable.

A table.

C'est l'heure des compte.

Et le FN monte.

Police secours.

Et toi, toi tu cours.

Flashball qui braque

Et toi, toi tu craques.

Un oeil arraché.

Plus rien à voir.

Cécité.

On vit dans un monde qui se destructure.

Compte tes points de suture.

Et moi j'suis en décalage quand je ne sais plus cadrer le viseur face à l'image.

Envie de vomir.

Vibrations.

J'ai des haut-le-coeur

Je ne sais plus écrire.

Mes mots ne savent plus gémir.

Mes maux ne savent plus...

Mes mots bavent.

Comme l'encre noire.

Comme s'ancre le noir.

Dans nos existences.

Dans nos carences.

Dans nos transes.

Je ne sais plus.

Plus de rouage.

Un vide de sens.

Des outrages.

De la rage

En cage.

Je cris.

Vis.

Mais pas facile de vivre quand on a les viscères à l'air.

Quand jamais n'augmentent nos salaires

Quand les taxes ponctionnent nos frigos

Et qu'les gens dorment dans le métro.

Pas facile de se voir un avenir

Et tout simplement tenir

Quand on a décroché la perf'

Et qu'on a le visage à terre

J'sais qu'à cette heure on est plein en décalage.

De fait ou par choix, dans nos estomacs c'est la rage

Et qu'les mots sur cette page

Sont les seuls dont on peut faire usage

Car y'a rien de prévu.

En sursis

Oui t'as bien entendu

Que du mépris

Y'a plus que ces mots coincés dans nos gorges

Y'a plus de beauté dans nos songes.

On gratte le papier

On imprime sur l'asphalte

Ce qui creuse nos ulcères

A court d'idée

Et toi tu caltes.

Des face à face.

Face à toi.

Face à eux.

Un duel de condamnés.

Un adieu.

On est entré en dissonnance comme les banques sont en transe

Jusqu'à devenir aphone.

Les ltteres se mealéglnnt.

S'embraSSent.

S'emBrouiLLent.

S'effacent...

Indigne-toi

I di e-t i

I i i

Plus un cri.

Plus un I.

Fini.

Et puis sur le prompteur, s'étalent toujours les mêmes mots qui ne diront rien sur les anonymes qui ont fracassé leur existence dans la grande machine. Sur l'autel, quelques feuillets volants, comme des derniers témoignages. Qui ne seront jamais lus malgré les vomissements de l'entourage. On n'a pas le temps. C'est une course contre la montre. Il faut accélerer la cadence. Il faut produire plus. Plus de travail, plus d'actualité, plus d'agitation. Peu importe les victimes collatérales, les coeurs qui se fanent. Il est l'heure de débrider la machine. Peu importe le taux de suicide. On court. De plus en plus vite. Et on s'anesthésie pour pouvoir tenir le rythme. Pour qu'il n'y ait pas de CRAC. Pour qu'il n'y ait pas d'IMPACT.

Chut. Les mots dansent toujours. Dans les publicités, sur les écrans, dans les tours...

Fais taire ta dissonnance.

Ou alors libère-la de son essence.

Avaler ou cracher.

C'est le seul choix qui nous est laissé.

Condamnés.

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