Désespérance

linsolente

Chronique de l'album "Châtelet 87" de Barbara, enregistré au théâtre musical de Paris en septembre-octobre 1987

"Voilà plus de mille ans que la triste Ophélie,

Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.

Voilà plus de mille ans que sa douce folie

Murmure sa romance à la brise du soir."

Ces vers de Rimbaud font penser à Barbara. Cet album est son histoire. 

Il était une fois une petite fille qui gambadait dans Le Bois de Saint Amand. Le soleil brillait. Sans crier gare, un Aigle Noir traverse, transperce le ciel. Avec lui, l'innocence meurt, broyée. Cette petite fille s'appelle Monique Serf. Elle s'enfuit à Paris et lutte avec La Solitude, se débat avec Le mal de vivre. Elle change son nom. Elle s'appelle désormais Barbara. Elle regarde le film d'Alain Resnais pour trouver l'amour à Marienbad. Comme une rose, l'amour se fane et Barbara en rentrant à Paris s'interroge : Dis, quand reviendras-tu ? Mais c'est à Nantes qu'elle est rappelée pour la mort de son père. Ses sentiments sont contraires. Son Soleil est noir, c'est le triomphe du désespoir. A mourir pour mourir, autant ne pas finir fripée. Elle conte sa peur de la vieillesse et espère savoir mourir.

Barbara, c'est aussi la résilience d'une femme juive à Göttingen. Barbara, c'est aussi la musicienne. Ma plus belle histoire d'amour est une superbe déclaration à son public.

On l'imagine enterrée dans son Piano noir, voguant sur l'eau, paisible. 

"Le vent baise ses seins et déploie en corolle

Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;

Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,

Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux."

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