Destination fin du monde

miliana

1er décembre 2012

  Des coups à la porte réveillèrent Jody. Ca commençait par venir de très loin, puis de petit à petit ces bruits finirent par la sortir de sa torpeur.

- Jody, il est midi ! Tu peux te lever s'il te plaît ! cria sa mère d'une voix impatiente.

  La jeune fille s'assit dans son lit et se frotta ses yeux encore bien endormis. Elle mit ses chaussons et alla ouvrir la porte en traînant des pieds.

- Jody, on mange bientôt, il est grand temps que tu te lèves, on a une après midi chargée, n'oublie pas...

- Pourquoi ? mais on est... ah oui, c'est vrai. Mais, pfff... c'est vachement tôt. T'es sûre que tu veux y aller aujourd'hui ?

- Oui, et plus on attendra, et plus ce sera difficile. Allez, dépêche toi de te doucher et de t'habiller puis viens nous rejoindre en bas.

  Jody regarda sa mère descendre les escaliers, leva les yeux au ciel, puis alla prendre sa douche. Celle-ci ne lui prit que 5 minutes top chrono. Après s'être sêchée, elle s'habilla puis elle brossa ses longs cheveux blonds. Chaque côté de sa tête eut droit à six passages de brosses. Ainsi, elle trouvait toujours sa chevelure super belle. Elle se maquilla ensuite très légèrement, juste ce qu'il fallait pour avoir une bonne mine. Une fois satisfaite, elle descendit rejoindre ses parents.

- On mange quoi aujourd'hui ?

- Tu verras quand ce sera sur la table, répondit son père sans lever les yeux de son journal.

- Super... marmonna Jody.

  Sa mère lui fit de gros yeux sans pour autant relever. Mais elle demanda tout de même à la jeune fille de finir de mettre la table. Après avoir fini, elle chahuta quelques minutes avec son petit frère de 10 ans Kevin. Lorsqu'ils se mirent enfin à table, ils discutèrent de ce qu'ils allaient faire aujourd'hui.

- Ne faîtes pas trop de folies les filles aujourd'hui, conseilla Patrick à sa femme et à sa fille.

- Non. Promis, on ne touche qu'avec les yeux aujourd'hui. C'est seulement le jour des repérages, répondit Valentine. Noël approche à grands pas mine de rien, et je veux trouver assez vite des idées avant qu'il y ait une foule monstre dans les magasins où à ce moment là on ne pourra plus flâner et prendre notre temps. Et toi, chéri, aujourd'hui ?

- Comme prévu, j'emmène Kevin au foot, et puis après on reste entre hommes, répondit Patrick en ébouriffant les cheveux de son fils.

  A la fin du repas, après avoir aidé à débarassé, Patrick continua à lire son journal. Jody vint se placer derrière son père, l'enlaca, et lui demanda :

- Alors, la pêche aux nouvelles ?

- Pas fameux... pas fameux... un peu comme d'habitude, quoi. Le monde continue à devenir complètement fou. Sinon, pour les bonnes nouvelles, l'équipe de France de basket a gagné un match.

- Cool... répondit Jody.

  La jeune fille de 16 ans se redressa puis alla terminer de se préparer et aussi téléphoner à une ou deux copines en attendant que sa mère l'appelle pour partir.

  A quatorze heures, sa mère donna le signal de départ en sortant la citroën grise du garage et en donnant un coup de klaxon. Après un "bye", Jody raccrocha son portable, enfila sa veste qui était plutôt fine pour la saison, mais depuis 2 ou 3 jours il faisait vraiment très beau. Elle était très loin de s'en plaindre, bien au contraire. La jeune fille détestait le froid.

Elle descendit en courant les escaliers, lanca un "à plus", puis claqua la porte en sortant. Jody s'installa confortablement à côté de sa mère, puis attacha sa ceinture. Elle demanda quelques secondes après qu'elles aient démarré :

- On commence par quoi ?

- On va faire le tour des magasins de la zone. On peut d'abord aller au magasin de jouets pour Kevin... Tu as des idées sur ce qu'il veut ?

- Des trucs de garçon en tout cas. Genre robots, jeux de construction,... et bien sûr, tout ce qui a à voir avec le foot.

- Oui, je vois... sur le catalogue, il m'a semblé voir qu'il y avait un ballon dédicacé par les joueurs de l'équipe de France. S'ils l'ont, il faudra peut être qu'on le fasse réserver.

- Je suis sûre que ça lui fera plaisir. Je verrais sur place ce que je pourrais lui offrir... Et pour papa, tu as des idées ?

  Valentine réfléchit puis proposa avant d'y renoncer en voyant Jody faire la grimace :

- Une cravate peut être... ou pas...

- Ou pas, maman.

  Elles éclatérent de rire. Jody proposa à son tour :

- Papa a perdu son stylo en or il y a un mois. Il aimerait peut être en avoir un autre ?

- Bonne idée. On ira voir à la papeterie. J'ai une autre idée de cadeau. Celui-là je m'en chargerai, car je ne pense pas que tu en aies les moyens avec ton argent de poche.

- Quoi donc ?

- J'aimerais lui offrir un rasoir électrique. Un qui tienne la route, qui rend la peau vraiment toute douce, et ce, le plus longtemps possible.

- Ce n'est pas ça qui manque sur le marché, remarqua Jody.

- Je sais, et j'espère vraiment que je trouverai une vendeuse ultra compétente qui saura très bien me conseiller. Et après, niveau qualité-prix...

- Tu verras bien.

  Elles éclatèrent à nouveau de rire.

  Le repérage des magasins et les futures emplettes durèrent deux à trois heures. Elles confirmaient bien la règle que les femmes étaient des ogresses en terme de lèche-vitrines. En regagnant la voiture, elles s'étonnèrent qui le temps ait filé si vite. Mais elles furent très contentes de leur après-midi.

  Une fois rentrées à la maison, elles allèrent s'affaler sur le canapé 3 places du salon. Kevin, tel un diable sorti de sa boîte, se jeta joyeusement sur sa mère et lui fit deux énormes bisous. Il s'exclama, joyeusement : "Jai gagné ! J'ai gagné !" Valentine lui ébouriffa tendrement les cheveux et lui dit : "Je suis fière de toi Kevin. Tu es mon grand grand champion, tu sais, ça ?" A ce moment-là, Patrick entra dans le salon et dit, tout en s'asseyant à côté de Valentine : "Vous avez de la chance, si vous étiez arrivées 20 minutes plus tôt, on n'aurait pas été rentrés. Kev a été vraiment fantastique aujourd'hui. Il a réussi à marquer un but, tu te rends compte ! L'entraîneur était vraiment très très heureux." Le jeune garçon fit un grand sourire, et regarda son père avec des étoiles plein les yeux. "Ca, ça mérite une récompence." fit Valentine en faisant un clin d'oeil à Kevin. Quelques minutes plus tard, elle quitta la pièce pour voir ce qu'elle allait préparer à dîner, ainsi qu'un bon dessert pour demain.

  Valentine Imagie était une fine cuisinière. Elle adorait ça et en faisait volontiers profiter toute sa petite famille. Malgré que ce ne soit pas son métier, elle concoctait souvent des plats lors de son temps libre. Aussi, elle allait souvent sur internet pour trouver de nouvelles recettes, et à chaque visite, elle y trouvait son bonheur.

  Comme chaque soir, ils mangèrent dans la salle à manger aux alentours de 20 heures, avec la télévision pour leur tenir compagnie. En effet, ils regardaient tous les soirs les informations. Jody ralait un peu, parce qu'à peu près à la même heure, il y avait sa série favorite qui passait, mais elle savait très bien qu'elle pouvait voir chaque épisode en replay. Donc, elle ne manquait rien. Ah ! le progrès ! Il y avait quand même de bonnes inventions. Le journal commençait toujours par les grands titres, ainsi, assez souvent, en même temps que le journaliste continuait de parler de l'actualité, ils en parlaient en même temps et commentaient. Chacun avait souvent des avis différents, ce qui faisait marrer Jody et Kevin, qui s'amusaient voir leurs parents se disputer... gentiment quand même.

- C'est quand même fou ça ! Ils n'arrêtent pas de se battre. C'est terrible ! Mais où va t-on ?! s'exclama Valentine.

- Ils aiment ça, c'est tout ! répondit Patrick.

- Mais des gens meurent ! Ils tuent des gens, des innocents... ils ne peuvent pas aimer ça !

- C'est leur métier après tout. Il y a des attaquants, des défenseurs... Ils se battent, ils se tuent... tant pis pour les dommages collatéraux. C'est la guerre, Val. On n'y peux rien.

- Et toi Jody, qu'en penses-tu ? encore une fois, essaye de départager. Qui de nous deux a raison ? T'es bien d'accord que s'entretuer est une folie. On ne sait même plus les raisons pour lesquelles ils font tout ça.

  Jody ne s'attendait pas à ce qu'on lui demande son avis ce soir. En fait, elle se sentait très loin de ce qui se passait dans le monde, notamment en ce qui concernait la guerre du moment : Syrie-Afghanistan. Cette guerre ne la préoccupait pas le moins du monde, et ne se sentait pas concernée. Après tout, ça se passait loin de la France, non ? OK, c'est très triste, mais qu'y pouvait-elle ? Et puis, ça n'avait aucun impact sur sa vie. Elle prit plusieurs secondes pour réfléchir et puis finit par répondre : "Vous avez raison tous les deux... je crois. Je n'y ai jamais vraiment réfléchi car j'ai l'habitude qu'il y ait toujours des guerres. Mais c'est vrai que c'est de pire en pire. Ils sont complètement fous. Mais en même temps, comme dit papa, tuer les ennemis, c'est leur but, et que tant qu'ils réussissent à faire ce qu'ils ont à faire, ils se fichent de ce que deviennent les civils." Un long silence pesa sur la pièce. Patrick finit par dire :

- Oui, je crois que tu as assez bien résumé la situation.

- Hé, papa ! C'est un peu comme le foot, hein ?! Ils ont marqué des points aujourd'hui ? demanda Kevin en essayant de faire un peu d'humour car il ne comprenait pas trop ce qu'il se passait en réalité.

- Tu comprendras mieux quand tu seras plus grand mon trésor, répondit Valentine en l'embrassant sur le front.

  Le reste de la soirée se passa calmement devant une bonne comédie et sans plus parler de la guerre qui faisait trembler le monde.

2 décembre 2012

"OK, on se rejoint là bas tout à l'heure". Jody raccrocha son téléphone. Sa mère lui demanda :

- Tu vois Isabelle cet après midi ?

- Oui, on va au ciné. Elle m'a dit que son cousin venait aussi peut être. Il est arrivé hier et a pris 3 semaines de vacances.

- Trois semaines ! Il aurait pu les prendre cet été. Enfin, de ce que j'en dis...

- D'après Isa, contrairement à la majorité des gens, il n'est pas accro aux vacances plein soleil.

- C'est raté pour cette année, remarqua Valentine en souriant.

- Forcément, il a dû les réserver en avance, rétorqua Jody en haussant les épaules.

- Au fait, vous allez voir quoi ?

- Super Zéro. J'espère qu'il est aussi marrant qu'on le dit.

- Jamais entendu parler...

- Oh c'est un film de super héros, mais en fait, le héros, il est nul. C'est pour ça qu'il est appelé "Super Zéro".

  Jody sortit de la cuisine et rejoignit Kevin dans le jardin afin de jouer au ballon avec lui. Ils commencèrent par se renvoyer le ballon au pied.

- Alors Kev, tu vas bien aujourd'hui ?

- Ouais, super. David va venir tout à l'heure. On va jouer au foot dans le jardin.

- Cool... Hé ! Doucement s'il te plaît ! Ne me salis pas !

  En effet, Kevin venait de lancer un peu trop fort et trop haut. Jody a pu éviter le tir de justesse.

- Excuse. Pas fait exprès. Ca aurait été dommage de salir ton beau chemisier blanc, ricana Kevin.

- Ah oui... Et ça serait encore plus dommage de salir ton beau tee-shirt rouge ! rétorqua Jody en renvoyant fort le ballon à la main sur son frère.

  Ils continuèrent à se chamailler pendant quelques minutes puis finissèrent par rejouer calmement jusqu'à ce qu'ils soient appelés pour mettre la table. Vingt minutes plus tard, la famille se mit à table. Au menu : endives vinaigrette, jardinière de légumes accompagnée avec de la pintade, et au dessert, "Le Dessert" favori de Kevin, le tiramisu. A la fin, du repas, il n'en restait plus du tout dans le plat. Soudain, le portable de Jody se mit à retentir depuis le salon. La jeune fille, aussitôt, se leva tout en regardant son père d'un air interrogateur. Celui-ci dit en levant les yeux au ciel d'un ton exaspéré : "Vas y, on a fini." Jody sourit et se précipita dans le salon pour aller répondre. Son portable était posé sur la petite table basse à roulettes qui était entre le canapé et la télévision. Elle décrocha à la cinquième sonnerie.

- Sois prête dans une demi-heure, on va venir te chercher.

- Ok.

  Jody raccrochit et revint dans la cuisine. Elle annonça : "C'était Isa. Pas la peine de m'emmener, elle passe me prendre avec son cousin". Sa mère acquiesca sans rien dire. Son père, quand à lui, demanda :

- Tu le connais, son cousin ?

- Non, pas du tout, je ne l'ai jamais vu.

- Si je comprends bien, il a le permis ce garçon...

- Oui, forcément. Comment voulais-tu qu'il arrive de Paris à ici ? répondit-elle en haussant les épaules comme si c'était une évidence.

- Il aurait pu arriver chez ton amie par le train par exemple.

- Oui, exact, mais non. Il a une voiture.

- Et il fait quoi dans la vie ce garçon ?

- Je crois que c'est un vendeur. Isa dit qu'il a la vente dans la peau, qu'il vendrait n'importe quoi à n'importe qui.

- Ok, répondit finalement son père.

- Je peux aller finir par me préparer maintenant ?

- Attends ! s'exclama sa mère. T'en es où pour tes devoirs ?

- C'est bon, je les ai finis ce matin. Et avant de me coucher, je verrai juste un truc pour demain, et voilà.

  Jodie monta en vitesse dans sa chambre.

  A 13 heures 25, on sonna à la porte d'entrée. Valentine alla ouvrir juste après qu'elle ait essuyé ses mains mouillées. Lorsqu'elle ouvrit la porte, elle vit une jeune fille assez grande, et un garçon plus agé, plutôt beau gosse.

- Bonjour madame Imagie, dit la grande fille rousse.

- Bonjour Isabelle, dit à son tour Valentine.

  Elles se firent la bise. Valentine regarda avec curiosité le jeune homme qui accompagnait la meilleure amie de sa fille. Il mesurait environ 1 mètre 85, avait les cheveux châtains foncés, les yeux gris. Il était plutôt mince, avec quand même du muscle. Et en plus de ça, il avait un joli sourire.

- Bonjour madame. Je suis David, le cousin d'Isabelle, se présenta t-il en lui tendant la main.

- C'est ce que je pensais, répondit Valentine en lui serrant la main. Enchantée de faire votre connaissance. Vous voulez entrer ? boire un café peut être ?

- Non madame, répondit Isabelle. Il faut qu'on soient arrivés pour la séance de 14 heures.

- Bien sûr, répondit Valentine en souriant. Jody !!! Tes amis sont là !!

  Ils entendirent une voix incompréhensible, puis ils virent la jeune fille descendre. Jody portait un jean bleu clair, un chemisier blanc en coton, et des baskets blanches aux pieds. Ses longs cheveux blonds étaient détachés car, comme elle le disait assez fréquemment, elle aimait que ses cheveux se sentent libres le week end.

  Jody embrassa sa mère, son amie, puis David, et elle sortit. Avant qu'ils rejoignent la voiture de son cousin, Isabelle dit à Valentine :

- Après le ciné, s'il fait toujours beau, on ira prendre un verre dans un café.

- D'accord, amusez-vous bien. Jody, sois quand même rentrée à 18 heures, d'accord ?

- Ne vous en faîtes pas madame Imagie. On sera à l'heure, répondit David.

  Les trois jeunes gens grimpèrent dans la voiture bleu foncé garé non loin de l'entrée, puis ils prirent la route du cinéma qui n'était qu'à une dizaine de kilomètres environ. Lors du trajet, c'est Isabelle qui mit l'ambiance dans la voiture. La jeune fille pouvait être une vraie pipelette. Jodie, quant à elle, se sentait un brin intimidée par le cousin de son ami, qui pour l'instant, lui était encore inconnu. David, lui, était concentré sur la route qu'il ne quittait pas des yeux. Il était néanmoins forcé d'écouter son moulin à paroles de cousine. A 13 heures 50 ils se garèrent au parking souterrain qui se trouvait à moins de 50 mètres du cinéma. Quand ils sortirent au-dehors, la chaleur les enveloppa tous les trois. David fit la grimace. Les deux filles ne relevèrent pas. Ce soleil au mois de décembre les enchantait. Ils traversèrent la grande place et entrèrent dans le cinéma. "C'est un peu plus agréable ici", remarqua David. Cet après midi, il n'avait l'air de ne pas y avoir grand monde. Au guichet, il n'y avait qu'un homme d'une quarantaine d'années devant eux. Il portait un jean, un tee-shirt blanc et une veste sans manches en jean. Ils entendirent qu'il allait voir un autre film que le leur. Isabelle déclara à la guichetière en lui tendant l'argent :

- Trois places pour "Super Zéro" s'il vous plaît.

- Voilà. Bon film, répondit la guichetière en lui tendant les tickets puis la monnaie.

  Ils entrèrent dans la salle indiquée par la pancarte. L'écran annonçait déjà les publicités. Il n'y avait que quatre personnes : trois adultes et un jeune ado de 12-13 ans dispersés dans toute la salle sauf le jeune ado qui était sans doute avec son père. David se dirigea tout de suite vers le fond pour s'installer au milieu du dernier rang. Les deux filles le suivirent. Le film démarra moins de 5 minutes plus tard.

  Une heure quarante plus tard, ils ressortirent du cinéma gaiement. David s'exclama : "Trop bien ce film, j'ai adoré !" Les filles éclatèrent de rire. "Il est trop ce mec" fit Isabelle en essayant de calmer son fou rire. Jody dit à son tour "S'il devait y avoir la fin du monde ce n'est pas à lui que je ferais confiance pour nous sauver." David regarda sa montre et leur dit :

- Ca vous dit d'aller boire une boisson fraîche ?

- Avec plaisir, oui, répondit Jody.

- Ok. C'est moi qui vous invite, annonça David.

- Merci cousin, dit Isalelle.

  Ils traversèrent une partie de la place et se dirigèrent vers un café non loin de là. Ils s'installèrent à la terrasse sous un parasol. Ils n'attendirent pas longtemps avant qu'un serveur vienne prendre leur commande. David demanda une citronnade, Isabelle un diabolo grenadine, et Jody un sirop à la menthe. Après que le serveur leur ait apporté les boissons, ils discutèrent un peu du film qu'ils venaient de voir. David finit par se plaindre de la chaleur qu'il faisait et pressa les deux amies à terminer afin de rentrer chez eux à l'ombre. En effet, il trouvait que 30 degrés début décembre ce n'était pas normal, et il n'avait jamais aimé la grosse chaleur. Pour lui, 28 degrés était une température tout à fait normale, du moins en été. Il l'acceptait. Au delà, c'était un peu plus difficile pour lui.

  Un quart d'heure plus tard, ils rejoignirent la voiture, et cinq minutes plus tard ils quittèrent le centre ville. David alluma la radio. Un célèbre tube des beatles était en train de passer. Juste après il y a eu quelques infos suivies de la météo. La journaliste annonçait des températures pareilles le lendemain, et que dans la semaine les températures grimperaient encore. David finit par éteindre et dit :

- Ce n'est pas normal.

- Quoi ? demanda Isabelle.

- Ca. T'as pas entendu ?

- La météo ? demanda Jody.

- Oui. En décembre on n'a jamais vu ça. Il y a vraiment quelque chose qui cloche.

- C'est à cause du réchauffement climatique, dit Isabelle.

- Sans doute...

  Ils venaient d'arriver chez Jody. Celle-ci descendit en les remerciant et en leur souhaitant une bonne soirée, puis rentra vite chez elle.

3 décembre 2012

  6 heures 30. Le réveil sonna. Dans son lit, Jody gémit, râla, tâtonna sa table de nuit, et éteignit son réveil lorsqu'elle réussit à le trouver. Elle se redressa aussitôt car sinon elle savait qu'elle pouvait se rendormir illico. Elle bailla en s'étirant longuement puis se leva. Elle réfléchit si elle devait mettre sa robe de chambre ou pas et finalement décida que non. Après avoir enfilé ses chaussons roses, elle descendit dans la cuisine qui, déjà était vivante. En effet, sa mère préparait le petit déjeuner de tout le monde, son père et Kévin discutait. Jody les embrassa en leur disant bonjour.

- J'ai eu du mal à dormir cette nuit, annonca Jody

- Nous aussi, répondit son père. Qu'est-ce qu'il a fait chaud ! c'était terrible.

- A trois heures du matin, je me suis levée pour boire, j'ai regardé le thermomètre, il faisait 30 degrés. J'avais tout ouvert mais ça n'a eu guère d'effet.

- Là, ça commence à faire trop. J'aime quand il fait beau et chaud, mais si ça doit nous empêcher de dormir, je n'aime pas du tout. Il va faire combien cette après midi ? demanda la jeune fille.

- Tout à l'heure, ils ont annoncé 38. Mais j'ai l'impression qu'ils sont perdus, répondit son père.

- Et même, ils n'ont l'air pas sûrs de leurs prévisions. Bref, ils n'ont pas l'air de savoir dans combien de temps ça va s'arranger, et jusqu'où les températures pourraient grimper. Cela commence sérieusement à m'inquiéter. Je sens que je vais avoir beaucoup de boulot à l'hôpital aujourd'hui, ajouta sa mère.

  En effet, Valentine était infirmière à l'hôpital, et elle avait l'habitude qu'en été, lors des grosses chaleurs, il y avait pas mal de monde qui affluait, surtout des personnes agées.

  Après le petit déjeuner, chacun débarassa et alla se préparer. Comme tous les jours de la semaine, Valentine irait déposer Jody au lycée, et Patrick irait déposer Kevin à l'école qui était sur le chemin de la concession automobile dans laquelle il était vendeur. A 7 heures 30, tout le monde fut prêt à partir. Jody et sa mère prirent la citroën, et Patrick et Kevin prirent la twingo. Valentine déposa sa fille à 7 heures 45 et avait donc un quart d'heure avant le début des cours. Celle-ci se dirigea tout de suite vers l'entrée. A ce moment là, il y avait beaucoup d'adolescents qui arrivait au lycée. Elle prit son mal en patience avant de pouvoir passer la porte. Elle évitait au maximum, mais aujourd'hui Jody avait mis une robe tellement il faisait chaud. Aujourd'hui, il faisait plus chaud que prévu, et la jeune fille commençait sérieusement à s'inquiéter. Jody trouva facilement Isabelle qui l'attendait près des escaliers.

- Coucou, ça va ? demanda Isabelle.

- Mal dormi, et toi ?

- Pareil. Ma mère ne supporte plus. En plus, comme elle est diabétique, c'est pire.

- Elle devrait peut être appeler la mienne. Elle pourrait lui donner des conseils pour mieux supporter.

- Pas la peine. Elle fait venir le médecin, ce matin.

- OK.

  La sonnerie retentit pour donner le signal du début des cours. Toutes les deux grimpèrent l'escalier pour aller à leur cour de français.

  Beaucoup plus tard, lorsque midi sonna, les deux jeunes filles n'en pouvaient plus. Au réfectoire, en s'asseyant avec leur plateau, Isabelle soupira :

- C'était affreux en cours, ils auraient pu mettre des ventilateurs dans chaque classe occupée.

- Oui. Heureusement, ici ils ont pensé à installer la clim. C'est un peu mieux déjà. Ils l'ont fait ce matin je crois. J'avais vu du monde en regardant par la fenêtre lors du cours de géo.

- Il me tarde que la journée se termine. Je n'ai aucune envie de travailler. Tout ce dont j'ai envie là, c'est de me fondre dans un bain glacé.

- Moi aussi. Dis, je ne sais pas si t'as remarqué dans la matinée le vol des oiseaux à un moment. C'était trop bizarre j'ai trouvé.

  Isabelle hocha silencieusement la tête. Quand elles arrivèrent au dessert, Jodie demanda à son amie :

- Et David, il fait quoi cet après midi ?

- Je crois qu'il va à la piscine. Je lui échangerai bien ma place.

- Quelle chance !

  Quelques minutes plus tard, elles sortirent du réfectoire.

  La suite de l'après midi se déroula lentement, comme dans un mauvais film qui semble interminable. A 17 heures, a retentit la fin des cours. Tous les adolescent, ou presque, à part les internes, quittèrent le lycée avec soulagement. David attendait les deux jeunes filles à la sortie dans sa voiture, toutes les vitres grandes ouvertes. Le jeune homme dit à Jody :

- Ta mère a appelé à la maison. Elle a prévenu qu'elle ne pouvait pas venir te chercher, elle bosse encore à l'hôpital. Elle a demandé à ce qu'on puisse te ramener à la maison.

- Ok.

  Les deux amies grimpèrent dans la voiture. Vingt minutes plus tard, Jody fut déposée chez elle. En entrant dans la maison, elle cria :

- Hé ho ! Vous êtes là ?!

- Viens, on est dans le salon !

  Jody y entra. Elle y vit Kevin affalé contre son père dans le canapé, qui, apparemment, lui lisait une histoire avant son arrivée. La jeune fille s'écroula sur le fauteuil qui était à côté du canapé. Son père lui demanda :

- Alors, ta journée, ma chérie ?

- Je suis crevée papa. Si tu savais... Et vous deux ?

- Oh, sûrement pareil. Kevin en souffre aussi beaucoup aussi. Heureusement, ils ont installé la climatisation à l'école. Et à la concession, c'était à fond. C'était à peu près supportable sauf quand les portes s'ouvraient et qui laissaient entrer la chaleur.

- Quelle chance ! Nous, on l'a que dans le réfectoire. Je te jure, je ne tiendrais pas toute la semaine comme ça, ou je vais devenir folle. Les salles de classe sont de vrais fours. J'ai été incapable de me concentrer plus d'une minute.

- Faut espérer que ça passe vite. Il n'y a que ça à faire de toute façon. Patienter...

- Bon, je vais squatter la baignoire. Ca va me requinquer. Et comme a suggéré Isabelle tout à l'heure, je vais y mettre quelques glaçons.

  Jody se leva et grimpa à l'étage. Patrick fit un clin d'oeil à Kevin. Celui-ci lui demanda le plus sérieusement du monde :

- Jody veut faire comme Hibernatus, papa ?

- C'est à peu près ça, répondit-il en rigolant.

  Kévin ne tarda pas à s'endormir.

  Plus tard, à l'heure du repas, la soirée prit un tour qu'aucun n'avait imaginé un seul instant.

  Valentine était bien rentrée de l'hôpital mais épuisée. Heureusement, maintenant, l'atmosphère était un peu plus supportable. Pour le repas, Valentine avait préparé un melon, une grosse salade de pommes de terres composée aussi de tomates, oeuf, concombre, menthe. Patrick l'y avait aidé. Et au dessert, glace pour tout le monde. Ils mangèrent bien entendu devant les informations. Dès le début, le journaliste annonca qu'à la fin, le président de la république ferait un discours en direct de l'Elysée. A ce state là, toute la famille fut surprise.

- Si le président doit parler, ça doit être sérieux, dit Patrick.

- C'est rare quand il parle à la fin des infos. Mais avec les évènement de ces jours-ci, il va sûrement informer la population de quelque chose, dit Valentine.

  Durant la durée des infos, tout le monde mangea en silence tout en écoutant d'une oreille distraite la télévision. Et juste au moment où le présentateur annonça que le président de la république allait parler, ils s'arrêtèrent de manger, et Patrick monta le son de la télévision.

  Soudain, ils virent le président de la république envahir l'écran, assis devant son bureau. Il avait un air très solennel : "Mes chers compatriotes, ces derniers jours, se sont déroulés des événements inattendus, voir catastrophiques, aussi bien dans notre cher pays, qu'à travers le monde tout entier. Malheureusement, il est impossible qu'on puisse prévoir comment les choses vont évoluer les jours suivants. C'est pour cela que je vous demande mes chers concytoyent à être prudents. Prudents pour vous, prudents pour les autres... Evitez de trop sortir... que si vous ne pouvez pas faire autrement. C'est pour cela que j'ai décidé, jusqu'à ce que la situation s'améliore, de fermer toutes les écoles de France. Pour que nos enfants soient en sécurité. Je déconseille aussi les gens à aller travailler. Je pense surtout à ceux qui ont de longs trajets à faire chaque jour. Peut être que ça pourrait être dangereux. Prenez soin de vous, ainsi que des uns des autres." La Marseillaise retentit.

  Il se passa plusieurs secondes à ce que quelqu'un émette un son. Valentine se leva de table et déclara : "Je vais débarasser". Le silence lui répondit.

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