Elle e(s)t moi

mamselle-bulle

Je la regarde prendre la plume et écrire ces mots qu'elle lui adresse jour après jour.

Elle est là, assise, toujours dans la même position, les jambes croisées, le coeur lourd.

Elle se surprend parfois à se balancer sur elle même, comme une autiste.

Elle a l'air con-centrée, mais elle ne l'est pas, en tout cas pas vraiment.

Les mots filent et défilent, se raturent,  se gomment, se forment de nouveau sans qu'elle prenne le temps de les chercher ou même de les relire.

Comme si ce n'était pas les siens, comme si à cet instant précis, elle était habitée et les empruntaient à d'autres.

Elle écrit comme pour poser des questions auxquelles elle sait pourtant qu'elle n'aura jamais de réponses.

Je la regarde dans le miroir, celle qui est censée être moi mais que je ne reconnais plus.

Elle ne me ressemble pas. Elle s'efface parfois avec un air de fantôme qui plâne sur son visage qui se creuse.

Elle est devenue le reflet d'une autre, forte et fragile à la fois, souvent plus fragile que forte mais ça...silence...il ne faut pas leur dire.

Son souffle est saccadé mais elle ne pleure pas.

Elle se laisse vivre au milieu des marées, comme un bâteau en pleine mer à la coque usée.

Les marins ont déserté le pont...

Elle devient le seul maître à bord du navire qui tangue mais ne coule pas.

Et pourtant...

Le mât ne tient plus qu'à une écharde de bois, et la coque se fissure au fil des vagues qui s'éclatent petit à petit sur elle.

Mais elle reste là, bien droite, stoïque au milieu de la tempête, presque fataliste, avec une lueur d'espoir quand même dans le regard quand elle pense qu'elle au moins, elle a l'amour comme guide...

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