En passant par Catane

m-jean

Voyage voyage

Quand le ciel pèse sur Paris, comme un tambour où résonnent nos stress, qu'il est bon de rêver à des cieux ensoleillés et plus encore de transformer ces songes en projets de voyages. Quelques clics après, quelques lieux paradisiaques passés en revue, nous atterrissions ce matin de printemps à l'aéroport de Catane, jouissions à la sortie de l'avion de cette chaleur qui vous surprend, vous enchante, de ce souffle puissant qui emporte avec lui les pensées maugréées et nous transporte en un état nouveau duquel on ne devrait jamais revenir. La ville de pierres noires nous accueillit avec chaleur mais moins encore que Patricia et Giovanni dans leur romantique Palazzu Stidda, collage savoureux, judicieux et savant d'objets hétéroclites, de sculptures réalisées ici même dans l'atelier ouvrant sur la ruelle, de peintures, de bois sculptés formant rambardes et de couleurs aux parfums enchanteurs. Le sourire de Lau disait l'exactitude du choix. Nous nous installions au gré de leurs conseils dans un joli français aux accents enjôleurs et n'avions pas déposé nos affaires que nous nous sentions déjà chez soi, comme ce reptile qui muant découvre une nouvelle ampleur à ses gestes.

-         Je resterais ici toute ma vie me dit'elle, avec une tendresse renaissante.

Du balcon en fer forgé nous découvrions la Sicile, les toits de tuiles de terre cuite, aux formes moulées sur des cuisses généreuses, nous devinions l'Etna au loin et toute ces pierres de lave, sombres, formant pavages bosselés, entablements des baies, soubassements de cette ville construite du mélange du feu et de la mer. La nuit tardivement gagna nos émerveillements et nous transporta en ses délices, nous promena longtemps. Je me levais de presque bonne heure, allais préparer un premier café, m'assoyais à la table de bois près de la fenêtre qui ouvrait sur les toits. Nous partimes bientôt marcher au hasard des ruelles, passant devant la baroque cathédrale Sant'Agata, se laissant longtemps guider par les rues ombrées, au chant du linge balançant sur les fils, quelques partitions italiennes populaires. Nous avons traversé la Viale XX settembre, gravit des ruelles. Il faisait chaud pour des parisiens, nous nous enlacions dans l'herbe d'un jardin abrité…. Revenant de la torpeur du soir, l'esprit vagabondant, assis, nous regardions les montagnes au-delà de l'immense étendue d'eau. Le soleil dessinait des ombres gigantesques, une brise de mer tournoyait légèrement… « rentrons à la maison, maintenant » et nous marchions sur le quai, devant le village de Perast brillait au soleil déclinant, ses pierres claires comme une tache de gouache sur un pastel sombre. Derrière nous, les lumières de la ville forteresse de Kotor, telles les premières étoiles dans un ciel clair apparaissaient, les dernières barques traçaient de longue ligne sur les eaux calmes des gorges… Aujourd'hui, tout est calme dans les Balkans et nous nous souvenions en silence des chants de tonnerres qui retentirent, pas loin de là, quelques décennies passées. La vieille voisine assise sous la treille de la terrasse nous souriait, et si nous ne pouvons rien savoir parfois de nos hôtes, des lieux de nos villégiatures, certains regards sont comme des trésors que nous emportons avec nous, en echos à nos souvenirs d'enfance et nous accompagnent longtemps. Plus tard, je montais dans la cuisine chercher une bière fraiche, universelle valeur et toujours différente. Bonjour me dit Svea, bienvenue… je me perdais dans son regard, ses cheveux à la blondeur rauque, comme tous ceux qui un jour, imaginant une autre vie, se laissent emporter par d'impossibles chemins. Puis elle m'emmena sur le balcon, look , this is me… la lumière fraiche et très légèrement voilée du matin inondait la baie, le vent éclaircissait le ciel aux couleurs si limpides comme le Stadshuset émergeait des brumes, dressé fièrement et bienveillant sur la ville, Stockholm se colorait avec les zébrures de l'aurore. Je souriais puis me retournais, cherchais Lau des yeux, elle n'était pas dans la pièce, je me penchais un peu du balcon, et l'aperçu dans l'encadrement d'une fenêtre, ils étaient plusieurs à chanter et danser, à rire aussi je crois… J'entendais la guitare, je reconnu le son qui m'est si familier et que j'aime de la langue catalane. Comme elle se retournait, elle me fit un signe, comme une salutation, comme un baiser envolé au-delà des mers, plus loin que nos vies, plus grand aussi.

Le son de l'eau était doux ce matin-là, léger, pas le clapotis des vagues ni le roulement des torrents, juste un ruissellement d'eau sur les vitres de la chambre. Au-delà des carreaux mouillés se distordait au loin la coupole du Sacré Cœur, comme une vielle carte postale aux couleurs passées, déchirée. Lau ouvrit les yeux, relevant légèrement la tête, elle se tournait, tendait son cou et j'approchais mes lèvres : « nous avons fait un merveilleux voyage ».

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