Etrange visite à Serris

cathy77

Aurore se réveille, étonnée, dans une ville qu'elle connaît, mais ne reconnaît pas. Où ses pas vont-ils la conduire ?

Ce matin, il fait frais, quand Aurore se réveille. Elle a l'impression d'avoir dormi cent ans. Un peu perdue, elle s'interroge sur sa présence ici. Inquiète et surprise, elle tourne la tête et se regarde dans le miroir. Non, ce n'est pas un miroir. C'est une vitre. Une douce et bonne odeur vient titiller ses narines : celle du pain chaud tout droit sorti du four, comme en son domaine. A travers la vitrine, elle peut voir le boulanger travailler. Le nez collé contre la paroi froide, elle l'observe avec attention et fascination. Elle ne connaît aucun de ces appareils étranges qu'elle peut voir. Elle met la main dans sa poche. Elle y trouve quelques pièces. Heureuse, elle entre dans la boutique. La serveuse aimable la regarde étrangement et lui vend un croissant croustillant et moelleux. Aurore ressort du petit magasin, le sourire aux lèvres. Elle mord dans la pâte cuite et savoureuse, affamée. Quelques miettes tombent sur le sol. Elle sent une étrange sensation à ses pieds chaussés de ballerines. Elle recule, baisse les yeux et manque de tomber. Elle pousse un cri, avale sa salive de travers et s'étrangle. Revenue de sa surprise, elle jette un coup d'œil alentour. Si la vendeuse de la boulangerie l'a trouvée bizarre, que peut dire Aurore de ce qui l'entoure ? Où sont les champs et les bois de jadis ? Ce ne sont que des constructions, où qu'elle se tourne !

Un ronflement sourd la fait sursauter, puis un crissement aigu qui lui arrache un cri de frayeur, alors qu'elle recule et manque de trébucher, en heurtant du talon le trottoir. Qu'est-ce donc là ? Serait-ce sorcellerie ? Sorcellerie ! Elle doit être tombée en un lieu maléfique. Elle regarde le véhicule qui a failli la renverser s'éloigner dans un vrombissement d'enfer. Drôle de carriole que celle qui vient de passer devant elle ! Elle traverse timidement la chaussée. Une taverne attend encore ses clients. Elle est fermée. Il est bien trop tôt pour qu'elle ouvre ses portes.

Aurore hésite. Quel chemin prendre ? Sur sa gauche, se succèdent maisons et petits immeubles répartis des deux côtés de la route. A droite, d'autres habitations en enfilade, suivies plus loin de quelques arbustes. La vue lui semble plus avenante. Des moineaux et des merles sautillent sur le bas-côté, en quête de quelque nourriture. Attirée, Aurore emprunte cette voie, pour aboutir à sa gauche sur un parc verdoyant où se dressent quelques surprenantes structures colorées. Elle descend quelques marches et emprunte le sentier qui passe devant ces curieux échafaudages, puis serpente dans l'étendue de gazon parsemée de quelques arbres et haies verdoyants. Elle dépasse rapidement ces engins d'apparence démoniaques. Après un bref passage dans ce minuscule coin de verdure, elle atteint un tout petit kiosque. Quelques mètres plus loin, c'est la route. De drôles de véhicules sont garés au bord du trottoir. Elle remonte la voie tout droit, passe devant d'autres habitations et un parvis qui ne mène point à l'église, mais à un étrange bâtiment, derrière les murs duquel s'élèvent des voix d'enfants chantantes et criantes.

Aurore, ahurie, passe son chemin à plus vive allure. De nouveau, des maisons à droite, un petit coin boisé à gauche, minuscule. Que diantre sont devenus les prairies et bois de Saria ? La pauvre fille s'en arrache presque les cheveux. Elle arrive à une bifurcation. Que de routes elle a croisées ! Elle n'en croit pas ses yeux. Des rues, des habitations de plain-pied ou sur plusieurs étages se profilent partout ! Où se trouve-t-elle donc ? Elle ne reconnaît plus rien en ce drôle d'endroit. Et pourtant, elle le sent, elle le sait : elle n'est pas très loin de chez elle.

Elle tourne à droite, pour tomber sur d'autres croisements de routes, d'autres logements. Un chat assis sur la rambarde au rez-de-chaussée d'un immeuble regarde la rue. Il saute de son perchoir et court devant Aurore, visiblement intéressé par quelque chose qui se déplace. Aurore ne voit pas ce qui intéresse autant le matou. Celui-ci, imperturbable, se faufile entre les jambes d'adolescents regroupés qui discutent et rient bruyamment. Ils attendent l'ouverture des portes d'un grand bâtiment entouré de grilles. Serait-ce une prison ?

Le mot Collège sur la façade intrigue Aurore. Qu'est-ce donc là ? Elle ne connaît pas ce terme stupéfiant. Son œil est alors attiré par le ru qui coule en contrebas et passe sous la route. Elle traverse à gauche et découvre un spectacle magique à ses yeux : un petit lac. Des cygnes et des canards glissent en silence à sa surface. Des oies sauvages traversent le ciel nuageux dans un vol majestueux, tandis qu'un héron, posé dans l'herbe à côté des roseaux, prend son envol et gagne de l'altitude.

Une corneille croasse non loin de là, tandis qu'étourneaux et pies picorent sur l'accotement herbeux. Le petit chemin se scinde en deux pour descendre vers l'étendue d'eau qui ondoie sous le vent ou gagner un chemin goudronné qui longe une grande avenue passante à quatre voies avec un terre-plein tout en longueur qui les séparent en deux. Des poteaux se dressent de part et d'autre de l'artère encombrée de bus et d'automobiles. Ces véhicules aux diverses formes, couleurs et dimensions passent à vive allure sans discontinuer. De petits bonshommes lumineux accrochés à mi-hauteur des montants métalliques restent au rouge. Une femme appuie sur un bouton. Le premier bonhomme devient vert. Elle traverse pour gagner le trottoir d'en face. Aurore lui emboîte le pas. Elle prend sur la droite et longe une longue haie. Une petite porte dans la grille permet l'accès des piétons aux différents parkings aériens. Aurore s'y engage et les franchit. Elle suit toujours le chat qui court après une souris, peut-être bien celle qui mangeait les miettes aux pieds d'Aurore devant la boulangerie.

Tout au fond, un bâtiment démesuré s'étend sur des dizaines de mètres. Plusieurs grandes portes vitrées automatiques s'ouvrent sur un complexe commercial où plusieurs dizaines de boutiques s'y alignent au rez-de-chaussée et au sous-sol.

Aurore aimerait s'intéresser à tous ces magasins. Elle ne sait pourquoi, mais son instinct lui dicte de ne pas perdre de vue le chat, obnubilé par sa proie. Ensemble, ils pénètrent dans le grand bâtiment, se faufilent entre les gens, les caddies, les poussettes. Ils courent ; les badauds s'écartent et se collent aux vitrines qui jalonnent leur parcours. Arrivés face à la parfumerie tout au bout, les trois curieux promeneurs bifurquent à droite, frôlent la pharmacie à leur gauche, franchissent les portes coulissantes qui leur ouvrent grand le passage face à la rue et à la place.

Un coup de klaxon fait peur au petit félin qui rebrousse chemin. La jeune fille suit alors la souris qui file toujours tout droit pour traverser la chaussée. Peu importe la circulation ! Elles gagnent le trottoir qui continue le long de la médiathèque à leur gauche, encore quelques boutiques, une banque. Enfin, c'est la gare RER ! Les baies vitrées s'écartent. Le rongeur fonce droit devant, rampe sous les portillons d'accès, puis descend les marches sur la droite. Pourquoi à droite ? Aurore s'interroge. Ne devraient-ils pas se rendre à Paris ? Le Louvre n'est-il pas une ancienne demeure royale ? Elle le sait, elle le sent, un palais lui conviendrait bien. Elle franchit les tourniquets, à la stupéfaction des usagers qui la voient passer à travers sans encombre et descendre les marches quatre à quatre. Le panneau d'affichage sur le quai lui ravive la mémoire. Le nom indiqué ne lui est pas inconnu. Aurore baisse les yeux sur sa robe longue et bleue. Tout comme elle, elle est translucide. Elle se souvient à présent : elle n'est qu'un spectre, l'esprit de la princesse. Et cette nouvelle destination lui parle. La souris lui montre le chemin. C'est pourquoi Aurore n'a pas hésité à lui emboîter le pas, à l'instar du chat. Elle sourit. Elle, la Belle au Bois Dormant, va pouvoir retourner dormir en les murs de son château féerique, là-bas, à Euro-Disneyland !

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