Faim de loup

sebito

Faim de loup

Lucie s’allonge sur la grande nappe dépliée sur l’herbe. Elle ferme les yeux. Un sourire se dessine sur son visage. Tout est parfait. Le temps est radieux. Le vent chaud agite les feuilles des arbres. Le pique-nique s’est très bien passé. Ils se sont un peu plus dévoilés, mais pas trop tout de même, car ce n’est que leur première rencontre officielle. Elle lui proposerait bien tout de même une sieste crapuleuse.

Lucie a connu Marco sur un site de rencontres en ligne. Depuis le temps qu’elle cherchait un homme correct, enchainant frustrations et insatisfactions, elle avait enfin trouvé la perle rare. Elle l’avait flashé, lui aussi. Ils s’étaient présentés par messages interposés. Puis ils avaient passé quelques soirées à chatter.  Lucie trouvait la conversation de Marco drôle et intéressante. Elle avait été charmée. La réciproque était apparemment vraie. Ils s’étaient donc proposé de profiter du soleil estival qui brille actuellement sur la capitale pour se rencontrer en chair et en os lors d’un pique-nique au bois de Vincennes. Marco a trente-cinq ans. Il est brun, aux yeux noirs. Il a des origines latines, qui donnent aux hommes ce côté macho qui fait fondre Lucie. Il garde en permanence une barbe de trois jours qu’il entretient régulièrement. Pas de désillusion. Ce qui avait séduit Lucie par écran interposé existait bel et bien, que ce soit au niveau du physique ou de la personnalité de Marco. Il est amusant, spontané. Il est encore plus séduisant en vrai, il dégage un magnétisme animal qui donne à Lucie des pensées inavouables. Pour être honnête, elle a faim de lui et lui mordrait bien, délicatement bien sûr, les lobes de ses oreilles, histoire de montrer qu’elle était prête à passer aux choses sérieuses. Elle sent Marco s’allonger à ses côtés. Elle ouvre les yeux et lui demande :

« Ça te dirait un café, après ce délicieux repas ?

- Oui, avec plaisir.

- Chez moi ? »

Marco hésite, surpris.

« Heu... Oui, si tu veux.

- J’habite juste à côté. A cinq minutes à pied. Allez, on y va. »

Tous deux se relèvent, nettoient l’endroit où ils se sont installés. Marco replie la couverture. Une fois toutes leurs affaires rangées, ils se dirigent vers l’appartement de Lucie. Marco, jouant le galant homme, porte le panier de pique-nique. Ils bavardent de choses et d’autres, essayant de se connaitre encore mieux sans trop se raconter tout de même, histoire d’entretenir un peu le mystère. Lucie habite rue du parc, une rue qui borde presque le bois. Elle un peu folle, me direz-vous, d’emmener chez elle cet homme qu’elle ne connait qu’à peine. Mais elle se sent bien avec lui, elle est prête à lui faire confiance. Il est si charmant, un vrai prince. Presque pas de fausse note depuis qu’ils ont fait connaissance. Justement, auraient dit ces amies, c’est trop parfait pour être honnête. Il doit y avoir une femme cachée ou quelque chose de louche dans le genre. Elle essaye de se raisonner. Non, il est parfait, pour le moment. Il y a bien eu un moment où elle a eu un doute, une appréhension qu’elle a rapidement refreinée. Pendant le pique-nique, il a parlé du dépeceur de Montréal, comme ça, sans vraiment de raison. Si, Lucie est mauvaise langue, il y en avait une, qui a amené ce sujet sur le tapis. Ils parlaient tous deux des joggeurs qui passaient à côté d’eux. Il lui a raconté ces histoires qui font frémir les Parisiens : des personnes, courant innocemment dans le bois, qui se trouvent nez à nez avec des restes humains. Depuis que le bois existe, des criminels se débarrassent de leurs victimes en les déposant dans le bois. Les corps sont entiers ou découpés en petits morceaux. Il avait rajouté, amusé, que des jambes, des bras, des têtes n’avaient jamais été retrouvés. Lucie avait ri jaune, décontenancée. Et voilà. Maintenant, elle a un doute. Elle le regarde. Il se retourne vers elle, interrompt son discours, que Lucie n’écoute pas vraiment, et lui sourit. Un sourire carnassier. Zut. Merde. Fait chier. C’est vrai qu’il fait un peu peur. C’est peut-être un malade, un fou qui rencontre ses victimes sur Internet. On entend ces histoires tous les jours. Un frisson parcourt l’échine de Lucie. Elle tremble de peur. Ou plutôt, d’excitation. Celle que l’on ressent quand on fait quelque chose qu’on ne devrait pas, mais qu’on fait quand même, pour voir ce qui va se passer. Comme ramener chez soi au premier rendez-vous quelqu’un qui, finalement, n’est qu’un inconnu rencontré sur Internet.

Ils remontent la rue du parc. Ils arrivent devant l’immeuble de Lucie. Celle-ci compose son digicode. Elle note que Marco a regardé par-dessus son épaule. Il connait le code d’entrée maintenant. Zut. Elle se retourne vers lui, hésite un bref instant à annuler son invitation. Non, décidément, il est trop canon. Elle prend le risque. Elle lui tient la porte d’entrée pour le laisser passer dans le sas. Elle ouvre la deuxième porte du sas avec son Vigik. Cette fois, c’est lui qui lui tient la porte et qui la laisse passer. Puis ils se dirigent vers l’ascenseur, en silence. La tension monte. Tous deux savent ce qui va certainement se passer. Tous deux l’appréhendent. Tous deux veulent que ça se passe. Ils entrent dans l’ascenseur. Leurs corps se frôlent. Ils sont un peu gênés. Il lance une blague nulle sur la petitesse des ascenseurs parisiens. Elle rit, par politesse. Ils montent au 4e étage. Ils sortent de l’ascenseur. Lucie déverrouille une à une les trois serrures de sa porte blindée, dernier rempart contre le monde extérieur. C’est le moment où  jamais de décider si elle doit laisser entrer le loup dans la bergerie. Après, il n’y aura plus de protection. Elle en a trop envie. Il est l’homme idéal, et, il faut être honnête, elle veut voir le loup car ça fait trois mois interminables qu’elle n’a pas eu de relations sexuelles. Pas depuis Thomas, un magnifique commercial blond, dont elle garde un très bon souvenir. Elle ouvre la porte d’entrée et pénètre dans le petit deux pièces. Il lui emboite le pas. Elle lui présente rapidement les lieux : en face la cuisine, à gauche le salon, à droite, le long du couloir, les toilettes, la salle de bains et au fond, la chambre.

« Bel appart.

- Merci. Vas-y, installe-toi dans le salon. Je vais préparer le café. J’arrive tout de suite. »

Pendant que Marco se dirige vers le salon, Lucie s’affaire dans la cuisine. Elle verse de l’eau dans la cafetière, met un nouveau filtre qu’elle remplit de café moulu et allume la machine. Elle rejoint Marco au salon pour ne pas le laisser seul pendant que le café coule. Mais la pièce est vide. Pas de Marco à l’horizon. Lucie est parcourue par des décharges d’adrénaline. Son cœur se met à s’emballer. Merde, merde et remerde.

« Marco ? »

Pas de réponse. Elle vérifie que son téléphone portable est toujours dans la poche de son jean. Elle respire profondément, pour essayer de se calmer. Mais, évidemment, ça ne marche pas. Mais alors pas du tout. Elle savait qu’elle n’aurait pas du le faire entrer. Qu’est-ce qu’elle peut être conne quand elle s’y met ! Une vraie blonde.

« Marco ? Où es-tu ? »

Elle sort son téléphone portable de sa poche, pour appeler rapidement les secours au cas où. Elle cherche un objet lourd, contendant. Elle aurait du se fier à son instinct. Putain, elle est trop conne. On ne fait jamais entrer chez soi un inconnu rencontré sur Internet. Elle cherche toujours un objet qui pourrait faire de sérieux dégâts ou l’assommer, ce qui lui laisserait le temps de s’enfuir, mais elle ne trouve rien. Elle quitte le salon, jette un coup d’œil rapide dans la cuisine attenante. Personne. Il a du profiter de ce qu’elle avait le dos tourné en préparant le café pour se faufiler vers les toilettes ou la salle de bains. Elle profite de son passage dans la cuisine pour récupérer discrètement un couteau de boucher suspendu sur une barre aimantée et se dirige précautionneusement vers la chambre. Elle vérifie tout d’abord s’il n’est pas dans les toilettes et la salle de bains. Mais il n’y a personne. Il ne risque donc que la chambre, au bout du couloir.

« Marco ? »

Lorsqu’elle passe le seuil de la pièce, elle sent un corps se coller derrière elle. L’individu lui saisit les mains et lui susurre à l’oreille :

« T’as l’intention de me tuer ? »

Elle sent son souffle chaud sur son cou. Marco l’embrasse dans le cou, lui soulève ses cheveux blonds, lui embrasse la nuque, lui mordille l’oreille. Il lui prend le couteau, le jette par terre, la retourne et l’embrasse à pleine bouche. Elle est trop conne, trop trop conne, d’avoir pu douter de lui. Il faut qu’elle arrête de regarder les infos à la télé. Après, elle se fait des films idiots. Lucie laisse tomber son téléphone portable et s’abandonne dans les bras de son nouvel amant.

En pleine action, alors qu’elle le chevauche, elle pose ses mains sur le cou de Marco et commence à serrer. Au début, il y prend du plaisir, un plaisir sado nouveau. Mais elle serre de plus en plus fort, en continuant à le chevaucher de plus en plus violemment. Il essaye de dégager son cou, en vain. Les forces de Lucie ont décuplé. Elle sert encore et encore alors qu’elle approche de la jouissance. Marco râle, il bleuit petit à petit, ses yeux sortent de leurs orbites. Elle jouit, bruyamment, alors qu’elle écrase et enfonce la pomme d’Adam de Marco. Sa trachée ne résiste pas, le cartilage craque. Lucie retire le pénis de Marco de son vagin et retire également le préservatif qui le recouvre. Elle passe ses mains sous les aisselles de son amant et le tire vigoureusement vers la salle de bains. Elle le fait glisser tant bien que mal dans la baignoire. Elle récupère les vêtements de Marco dans la chambre et regagne la cuisine. Elle les dépose dans la poubelle. Elle éteint la cafetière restée allumée. Le café est coulé maintenant. Elle s’en sert dans un mug. Elle se sent revigorée. Marco était un excellent amant. Mais toute cette action lui a donné faim. Pourtant, elle a bien mangé pendant le pique-nique. Tout en buvant son café, elle cherche dans les placards sa scie à os et son hachoir à viande et les pose sur le plan de travail. Elle termine son café, pose le mug vide dans l’évier. Elle ouvre la porte du congélateur et vérifie qu’il reste de la place. Il reste encore quelques morceaux de Thomas, qu’elle pourra terminer ce soir au diner. Scie à la main, elle se dirige vers la salle de bains.

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