Fumer tue !

renlei

Trois jours ! Soixante-douze heures sans toucher une seule cigarette, je n'en peux plus, je ne tiendrai plus.

Mais il le faut, il le faut ! Je ne veux pas mourir à quarante ans, je ne veux pas nourrir les fabricants. Mais c'est dur, trop dur. Et face à moi, mon meilleur ami, se gêne-t-il pour tirer goulûment sur son mégot ? Il me nargue sans remords, me regarde souffrir sans réagir. Il pose ses Palmal près de mes mains et comme si tout était normal, comme si tout allait bien il me contemple d'un air serein, le pourri ! Qu'il ose encore se dire meilleur ami !

« Je peux t'en piquer une ?

- Oui, bien sûr, tiens »

Ah là je le reconnais bien, à une belle blonde il ne refuse rien. Tandis qu'à moi, sa meilleure amie, il refuse toujours, moi qu'il ait soutenu dans tous les mauvais jours, moi qui le connais depuis vingt ans, il me laisserait crever sans réagir. Il interrompt sa discussion pour me jeter un regard sans compassion, et pire, il l'accompagne d'un sourire, le salaud ! A croire qu'il y prend du plaisir, qu'il aime me voir souffrir. Et à quelques centimètres de mes ongles rongés à sang, je le sens, ce doux parfum de tabac frais, il est si près. Je pourrais lui en demander une, juste une, c'est quoi une cigarette, ça va pas me tuer dans la minute, juste une petite, pour sentir la fumée dans ma gorge. Mais il s'y opposerait, pour avoir essayé je le sais, même une bouffée il refuserait. Maintenant je comprends mieux, je vois clair dans son petit jeu. Sous ses airs sympathiques se cache en fait le pire sadique ! N'est ce pas lui qui m'a forcé à arrêter et qui depuis me suit pour me soutenir, foutaises ! C'est pour son plaisir. Et comme le plan était bien manigancé : il y a cinq ans n'est ce pas déjà lui qui m'a fait commencer ? Quel affreux calculateur ! Mais il a fait une grosse erreur, il m'a sous estimé, il croyait que j'allais continuer à souffrir sans broncher sous le couvert de notre amitié, il s'est trompé ! Je sens le couteau sous mes mains et cette animosité qui m'étreint. Je lance autour de moi un regard discret, tout va comme si de rien n'était. Je prends une grande respiration, savoure rapidement le calme avant la tempête, et enfin me jette ! Premier coup, j'y prends goût, deuxième coup, plus moyen de m'arrêter, la fureur m'entraîne dans un tourbillon de haine, les coups s'abattent dans une pluie battante, je me sens enfin vivante, je ponctue ma folie de petits cris. Oeuvre achevée, concert terminé, je me sens mieux j'ouvre les yeux. Tous les regards sont sur moi, l'arme glisse lentement de mes doigts, j'imagine mes joues rougies, voudrais me cacher dans un trou de souris. Un regard me fixe, hébété, désespéré, oscillant entre moi et le contenu de ses doigts : un paquet de vingt mutilé, assassiné...

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