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PROLOGUE

< Facebook - Camille LV  - le 23 août 2012 >

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Ca y est !! Lenaïg est née ce matin, le 23 août 2012 à 9 h 45, presque comme une fleur. 53kg, 53 cm et pas un cheveu de visible !!! Elle est adorable, elle me ressemble ;-) Vincent est épuisé, il dort dans le fauteuil à côté de moi. A croire que c’est lui qui a accouché ! :D Sortie prévue de la clinique dans 5 jours, faites moi signe si vous comptez passer voir notre petite puce J

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Alice LV et 35 personnes aiment ça.

Bourriquet69  Trop bien !!! Bravo à toutes les deux  et une pensée pour le papa tout de même !

Il y a 2 minutes -  J’aime .

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Amelie LV  Viva !  je passe te voir demain en fin de journée J

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PapyBreton   Quel joli prénom. La chambre du fond est prête à vous accueillir toutes les deux quand vous pourrez, Mamy l’a totalement refaite le mois dernier. 

Il y a 15 minutes - J’aime

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LittlePöny  Quand je pense que ce sera mon tour dans 2 mois. Je  suis verte de jalousie ! :D Des milliers de baisers à tous les trois.

Il y a 18 minutes - J’aime

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< Facebook -  Camille LV  - Le 28 mars 2020 >

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C’est un garçon ! Je viens d’avoir la confirmation par échographie, Alléluia ! Léna voudrait qu’on choisisse son prénom. J’aimerais quelque chose d’original, des idées ?  Que ceux qui sont sur Glob’Us fassent passer le mot aux cousins éloignés, toujours pas envie de suivre le troupeau :-p

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Bouboule et 18 personnes aiment ça.

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Bouboule  Tu ne vas tout de même pas nous faire croire que tu n’as toujours pas de compte Glob’Us !!! Oo’ A d’autres petite maline ! Tout le monde sait que vous avez une double vie secrète ! ;)

Il y a 3 minutes -  J’aime .

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LittlePöny  Les prénoms originaux, je m’en méfie comme de la peste ;)

Il y a 9 minutes - J’aime

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Amelie LV  Bisoux gelés du fin fond du Nébraska. Pourquoi pas Marin ?

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PapyBreton   Je t’envoie par mail une liste complète des vieux prénoms utilisés en Bretagne.  Bisoux salés de Belle Ile.

Il y a 15 minutes - J’aime

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< Facebook - Camille LV  - Le 2 juin 2020 >

Lena IG a fermé le compte de Camille LV.

Voulez vous confirmer la destruction de toutes les données du compte ? Oui Non

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CHAPITRE UN :

En route pour Fort Cloud

Note de suivi Fort Cloud Le 29 novembre 2028, à 11h45 heure CET

Réunion de l’ensemble des membres du directoire dans 12 hrs CET sur le réseau interne Glob’Us. Code d’activation Bzw854. Procédure de blocage envisagée, vote décisif. Présence obligatoire non négociable.

SA pour MS.

Il savait que le temps lui était compté, jamais les sentinelles de Fort Cloud ne le laisseraient approcher du Centre sans l’intercepter. Il lui fallait passer avant la nuit les premiers barrages de sécurité afin de tenter l’intrusion dans l’enceinte à l’aube, soit à peine plus de quatre heures pour agir.

Fort Cloud, le fameux centre sécurisé de Wikifirm, ainsi nommé par les fans ébahis qui en faisaient régulièrement le pèlerinage, était réputé pour son inviolabilité numérique, mais cela ne lui faisait pas peur. Vincent était l’un des plus anciens contributeurs bénévoles de la WikiFirm depuis son lancement, une quinzaine d’années plus tôt, il connaissait Glob’Us mieux que sa poche, aussi prétendument sécurisée qu’elle puisse être.

Pour traverser les dernières barrières de contrôle, artistiquement déguisées en village inuit ou en troupeau d’élans, il détournerait sans problèmes l’attention des bornes de surveillance entourant la zone, avec un de ces petits pédago-robots qu’il avait amenés dans un sac. Par contre, les droïds WikiFirm avaient beau ressembler à d’antiques figures de l’histoire du 7ème art du siècle passé (parfaites reproductions des droïds de Star Wars), ils restaient néanmoins de vraies bêtes de combat prêtes à neutraliser tout intrus non répertorié sur la liste des visites autorisées. Mais là aussi, il avait quelques surprises pour eux dans son sac. Et, au cas où il se retrouverait devant un vrai garde en chair et en os (ça existait encore et il y en aurait d’autant plus qu’il approcherait du centre), il avait dans sa poche de veste arctique une de ces petites merveilles de la nanotechnologie dernier cri, un effaceur de données à émission bio-numérique. Avec cette merveille, il suffisait juste de diriger quelques gouttes d’un petit spray d’apparence anodine dans la figure de l’humain que l’on voulait piéger pour le rendre quasi amnésique en une seconde, ou, comme aurait dit Léna, aussi ahuri qu’un mec qui tomberait nez à nez avec sa voisine en string sur le palier.

L’antique Range Rover rouillée brinquebalait tant bien que mal sur la piste, manquant de s’enfoncer à tout moment dans les congères qui la délimitaient plus ou moins bien dans ce fin fond des Highlands enneigées. Pendant que les essuies glace dégageaient laborieusement la vue, Vincent écoutait les infos sur Scotland’R, une de ces innombrables petites radios « Indé » nées sur le Net et accessibles via n’importe quel réseau 5G ou WifiNext, la tempête ne faisait que commencer, il devait rapidement trouver un abri avant que la nuit tombe.

Entre deux remix de house berlinoise typique de l’été 2012 (« le plus bel été de notre vie, ma puce, celui où tu es née »)  un reportage sur les plantages qui ne cessaient de croître sur Glob’Us lui arracha un faible sourire. Il n’en était pas fier, le résultat de ses recherches était encore plus terrifiant qu’il ne l’avait imaginé. Il attrapa son Sphone dans la poche intérieure de sa veste et, d’une voix engourdie par le froid, tenta de demander l’écoute audio de ses courriels. Après trois tentatives pour articuler intelligiblement sa requête (le froid était bien l’ennemi des audio assistants), il se fit relire à voix haute celui qu’il avait envoyé l’avant veille à sa fille, et ce après avoir activé le code de décryptage couplé à sa DigiPrint,. Pas question que quiconque accède à ses mails confidentiels, il savait depuis le début de la Wikifirm qu’aucune précaution n’était superflue, vraiment aucune..

Message envoyé par vincent.LV@twomail.com sur la messagerie de lena.IG@twomail.com le 19 décembre 2028

Ma puce,

Je dois aller vérifier par moi même ce qui se trame là haut. Mon petit stratagème a bien fonctionné, preuve que tout n’est pas clean au royaume de la transparence. Je suis passé cette nuit à la maison et j’ai pris de quoi tenir quelques jours sans me faire repérer. Je te confie Fanch’ mais ne lui raconte rien, moins il en saura, mieux ce sera pour lui. N’essaye pas de me joindre. A très bientôt, je vous aime.

Ton Dady préféré.

Pas d’audio-réponse. Il esquissa rapidement un sourire de fierté en triturant rituellement l'hermine celtique qu'il portait au cou. Il lui avait demandé de ne pas le joindre, elle n’en ferait donc rien, quand bien même elle serait morte d’inquiétude. Passant la seconde d’un coup sec, il se rassura, tout en maugréant contre la vétusté de la voiture. Si Léna avait au moins une qualité, c’était de lui faire confiance, elle avait foi en lui, elle tiendrait le cap, comme elle le faisait depuis des années. A lui de ne pas la décevoir.

Depuis le décès de sa mère à l’accouchement de son frère Fanch’, né près de 3 mois avant terme, Léna avait grandi trop vite, prenant sur elle pour assurer un semblant de vie familiale, devenue presque adulte à huit ans, du jour au lendemain, avec sur les bras un petit frère abîmé par une naissance catastrophique. Plus tard elle dirait que c’était comme si sa mère elle même le lui avait demandé, de là où elle devait être, quelque part hors de cette Toile de malheur et qu’elle avait agi naturellement.

Malgré les heures passées à bosser, malgré ses absences prolongées, malgré le peu d’attention qu’il leur avait donnée, trop préoccupé par son job et sa bande de développeurs fanatisés par la « merveilleuse techno-esthétique » de l’infrastructure générée par WikiFirm, malgré tout ça, elle avait su, en vraie fille, gérer tout le quotidien d’une petite famille dont elle n’avait pourtant pas la charge réelle. Une vraie perle, aussi douée et créative que lui, mais bien plus drôle, vive, espiègle, jolie comme un cœur, le portrait craché de sa mère.

Il songea alors à ce qu’elle lui avait dit quelques jours plus tôt à propos de son blog, l’air mystérieux. « Si un jour tu veux savoir ce que je cogite dans mon petit coin, regarde mon blog, j’ai tendance à m’épancher dessus ces derniers temps». Il rattrapa d’un geste vif le Sphone glacé de sa main libre et commanda fébrilement à l’assistant audio de chercher  les coordonnées d’un blog qu’il avait dû, il y a longtemps, visiter par acquis de conscience. Enfin l’assistant le trouva et lut la page du jour.

Blog de Léna - Le 24 décembre 2028

Noël sous la neige pour nous ce soir.  Le fils des voisins du quatrième bloc m’a –encore !- demandé pourquoi je n’avais pas de compte sur Glob’Us, il voulait m’inviter à la soirée du Nouvel An et s’est étonné de ne pas m’y trouver. J’ai failli le gifler, j’en ai marre de devoir toujours expliquer l’évidence. Le monde est devenu fou et personne ne veut le voir.

Pas de nouvelles de Papa depuis 3 jours. Il a beau dire de ne pas s’inquiéter, je ne comprends pas comment il peut nous laisser passer Noël seuls. D’ailleurs, Fanch’ a encore voulu vérifier que la cheminée pourrait accueillir le Père Noël, donc pas de feu ce soir. Je n’ai pas eu le cœur de le décevoir, il vit dans son monde et il semble heureux, il ne voit pas (encore) la noirceur du monde comme je la vois.  Et après tout, qui sait si Papa ne va pas nous faire ce genre de surprise..

Léna IG

Vincent hoqueta de surprise. Bordel, c’était Noël, comment il avait pu oublier un truc pareil ! Laisser ses enfants en pleines fêtes de Noël ! L’embardée qu’il fit le projeta contre la vitre. Une fois la Range remise en ligne, il rétrograda d’un coup sec puis ralentit en zigzagant entre les mottes de glaces éparpillées sur la piste, sonné.  Le regard perdu dans le vide, il souffla longuement puis posa sa tête douloureuse sur le volant, mains serrées dans ses ridicules gants fourrés en thermolatex d’un autre âge, abattu. C’était le soir de Noël, il avait laissé les deux seuls êtres qui comptaient pour lui et il s’apprêtait à tenter de forcer le plus célèbre enclos sécurisé du monde, seul.

Synopsis

TOME 1 : AMBITION

Le soir de Noël 2028, un homme s’apprête à s’introduire dans ce qui ressemble à un vaste « Fantasy Land » mais qui n’en est pas moins un véritable fort sécurisé, Fort Cloud, presque entièrement enfoui sous une colline de l’extrême nord des Highlands.

Pour les fans de la première et unique WikiFirm du monde, les WIKIx, Fort Cloud est pourtant le symbole merveilleux de la victoire de la blogosphère sur la dictature de l’argent. Jamais aucun d’entre eux n’aurait eu même l’idée qu’il puisse y avoir danger, complot, ou failles dans le système et donc besoin d’aller vérifier soi même ce qui se tramait derrière les barrières de sécurité déguisées pour plaire aux fans.

Issue du mouvement de contestation des internautes contre la mainmise grandissante de quelques grandes compagnies sur toutes les innovations, la Wikifirm fut créée en 2016 sous les vivats d’une blogosphère enthousiaste. A cette époque personne ne s’était posé la question du danger possible d’une telle entreprise, et les internautes se battaient pour apporter leurs contributions bénévoles, rien que pour le plaisir de faire partie de l’aventure.

Incompréhensibles pour leurs parents,  les valeurs défendues par les WIKIx étaient à la fois simples et radicales : l’internet est à tout le monde, libre et gratuit, toute contribution est propriété de tous, toute donnée personnelle est anonyme, et aucune publicité ne doit polluer les services proposés. Pourtant très vite, le succès planétaire de WIKIFIRM, surtout après le lancement du réseau social Glob’Us, allait permettre la plus incroyable manipulation d’opinion du 21ème siècle.

Inquiète de ne pas voir revenir son père le soir de Noël, Léna doit réagir très vite car elle sait que le monde est devenu fou. Sous le joug de la transparence et d’une quête exponentielle de notoriété, le réseau est devenu leur pire ennemi. Depuis un moment Léna, tout comme son père, n’est pas dupe du véritable danger d’une vie sans contrôle citoyen. En fait, cela fait des années qu’elle fait tout pour résister à ce soit disant transparent WikiCloud. Car le Cloud est devenu tellement transparent qu’il en même devenu omniscient, ultra présent, étouffant.

Au fil des jours, elle ne tarde plus à comprendre,  au vu des appels curieux sur son Sphone, des courriels qu’elle reçoit indiquant clairement qu’elle est surveillée 24 heures sur 24, et 7 Jours sur 7, où qu’elle soit, chez elle (« où sont cachées ces fichues cam ? »), au lycée (« il me semblait pourtant qu’on avait tous signés une charte d’auto-surveillance »), ou en ville (« Là, c’est logique, ça fait des années que toutes les villes sont sous vidéo-surveillance permanente »), au vu aussi des ombres qui la poursuivent (« à croire qu’on m’a mis des pisteurs numériques dans le corps ! »), que derrière ses activités d’apparence légale et inoffensive de développeur « indé », son père s’est engagé dans une incroyable aventure où elle va être à son tour entrainée.

Au bout d’une quête longue et difficile, embarquant avec elle plusieurs amis, dont Marco, un jeune hacker de 17 ans (lui même fils d’un hacker ami de Vincent), un jeune homme très sensible au charme de Léna, sa sœur jumelle Anaïs, Cécile, une amie « de toujours » et son frère Grégoire,  la jeune fille réussit finalement à entrer en contact avec le célèbre mais néanmoins secret « Professeur Hermès » et compte bien sortir son père du guêpier où il s’est fourré.

TOME 2 : CHUTE

Dès la naissance de la Wikifirm, certains des développeurs historiques de la plateforme de base avaient commencé à introduire des fragments de code ici et là dans presque tous les programmes, fragments qui, une fois activés par des micro signaux indétectables, généraient des requêtes invisibles mais capables de récupérer la totalité des informations connues sur n’importe quel terminal (et donc propriétaire internaute) puis de transférer ces informations sans que personne ne s’en aperçoive vers une destination impossible à identifier. Et comme les très rares auteurs de ces codes avaient tous été recrutés dans l’ancienne cellule « Sécurité » de la Wikifirm, plus personne n’en avait le souvenir.

Ce n’est que courant 2028 que l’un des tous premiers développeurs bénévoles, Vincent LV, tombant un peu par hasard sur un de ces minuscules bouts de code s’était dit qu’il y a là « un truc qui ne collait pas » et qu’il aurait bien aimé en savoir plus. Voulant donc prendre ces codes masqués à leur propre piège, il avait à son tour imaginé d’éparpiller au sein de l’emblématique réseau social Glob’Us,  d’autres bouts de codes répondant à la même logique auto collaborative, une sorte de contre piratage intelligent dans le but de débusquer tous ces codes, leurs fonctionnalités et même si possible leurs auteurs. 

Curieusement, dans le même temps, de plus en plus de plantages intervenaient chaque jour dans la plateforme Glob’Us, posant des problèmes insolubles à des centaines de millions d’internautes partout sur la planète, étant donné l’omniprésence de Glob’Us dans la vie de tous. Tout ce qui paraissait merveilleux l’année passée prenait peu à peu une couleur cauchemardesque.

Pour Léna et ses amis, le monde ouvrait enfin les yeux sur la réalité du monde. Car du fait de cette totale transparence imposée à tous par le réseau, l’intolérance était devenue la règle, et donc cacher son identité, ne pouvait être que suspect. Il n’y avait plus d’informations, tout devenait rumeur. La notoriété, la respectabilité, la moralité, tout était basé sur le nombre d’amis sur Glob’Us et cette universalité des « amitiés » faisait en fait office de démocratie. De fait, même les partis politiques fonctionnaient eux-mêmes par le réseau. Ceux qui votaient encore n’étaient plus des électeurs avec bureau de vote, mais les amis du politique sur Glob’Us.

Cette société devenue folle poussait à la délation, n’importe quel individu disposait d’un pouvoir de nuisance terrifiant, les gens se faisaient justice eux mêmes et il ne se passait pas un jour sans qu’un homme ou une femme soit victime d’un « vol d’identité » ou d’une rumeur qui le tuait socialement. Plus rien ne protégeait la vie privée, car étant tous  identifiés et géolocalisés en permanence, chacun pensait savoir tout sur tous. La formule « Others are watching You » était désormais dans toutes les têtes.

Au sommet de cet édifice totalitaire se trouvait le traducteur universel Agor’Us qui évoluait en permanence en fonction des usages des internautes et entérinait les usages dominants comme autant de nouvelles règles sociales, finies la grammaire ou l’orthographe ou même la sémantique vue comme « académiques ». Ce terme même était devenu la pire insulte, plus personne n’écoutait les « vieux » qui prédisaient la disparition du langage écrit, avec à sa suite la perte inévitable des connaissances générales établies par la Recherche et donc du passé et de l’Histoire. Pour ceux qui, comme le « Professeur Hermès » ne cessaient de crier au danger, il ne s’agissait rien moins que de l’avenir de l’humanité. Comme il ne cessait de le répéter sur son blog « Si tout est dans l’instant, rien n’est dans la durée et il n’y aura plus d’histoire humaine ».

Pour quasiment chaque habitant de la planète, presque tout passait donc désormais par Glob’Us, non seulement ses contacts, mais sa messagerie, ses identifiants, ses moyens de paiement, son dossier de santé, de scolarité, de travail, ses cartes de fidélité, de transport, ses abonnements Internet, mobile, etc. Le bug social, en se généralisant, entraînait donc inexorablement le système vers sa chute.

Aidée par son petit frère autiste qui se dévoilera être un matheux hors pair, capable de résoudre des « énigmes » réputées incompréhensibles mais très utiles pour déjouer les plans de Wikifirm,  Léna doit donc continuer de chercher son père, parfois au risque d’en perdre la vie car le WikiCloud, ou ceux qui le manipulent, devient vite son ennemi réel. Toujours accompagnée de ses amis,  tandis qu’elle court après les pistes et les indices, le monde entier frémit sous le choc d’un bug social généralisé.  C’est là qu’elle rencontre Neal, un jeune stagiaire au service de Mélanie Stein, la grande prêtresse et inspiratrice unanimement admirée de la Wikifirm qui, de son ennemi potentiel (il travaille pour Wikifirm et doit donc être plus ou moins complice du complot que Léna suspecte et qui met la vie de son père  en danger) va peu à peu prendre le statut de petit ami potentiel, au grand dam, bien évidemment, de Marco et Grégoire.

TOME 3 : RENAISSANCE

Quand les premiers problèmes techniques étaient apparus, le processus était tellement avancé que plus rien n’avait pu être lancé pour reprendre la main, même par les concepteurs originels de WikiFirm. La crise fut d’autant plus brutale et profonde qu’aucun des acteurs de cette crise ne l’avait comprise. Ce fut bien plus qu’une crise, mais la Chute de tout un système.

Cette Chute entraina donc le retour brutal aux méthodes « d’avant », méthodes que la plupart des jeunes adultes ne connaissaient pas du tout. Il leur fallu demander à leurs  parents et grands-parents comment faire, comment vivre, comment évoluer sans le réseau. Il leur fallu prendre le chemin des administrations (c’est quoi un guichet ?), accumuler les cartes plastifiées dans son portefeuille (c’est quoi un portefeuille ?), apprendre à passer commande dans des magasins (c’est quoi une vendeuse ?), et même retrouver le chemin de ces magasins réels (pourquoi je peux pas simplement cliquer sur l’objet et le retrouver dans un sac qui va m’être livré dans l’heure ?), sans compter sans le vide abyssal que représentait la vie sans notoriété, sans l’avis de sa communauté, sans amis, fussent-ils virtuel.

La Chute de Glob’Us devint donc aussi la remise en cause de cette pseudo citoyenneté transparente, dans une ambiance de désorganisation généralisée aux allures post-apocalyptiques. Pendant que la vie reprenait son cours tant bien que mal sans WikiFirm, dans un monde où le réel devait reprendre ses droits sur le virtuel, Léna va retrouver son père et déjouer le complot qui en effet, existait bien.

Aidée par les amis du Professeur Hermès, quelques seniors aussi enthousiastes à reprendre le monde en main que les jeunes à effacer les bêtises de leurs parents, Léna va réussir, après s’être débarrassée de journalistes bien trop curieux et d’  « amis » bien trop prévenants,  à démasquer le véritable cerveau de la main mise de WikiFirm sur le monde : Mélanie Stein, et son projet secret totalement fou dénommé Gaïa Inc. , une véritable secte que Léna devra infiltrer au risque de perdre la vie, démanteler pour sauver celle de son père (merci la breloque d'hermine) et dévoiler aux yeux du monde avant d’aller vivre sa vie avec le jeune homme de son cœur.

Quelques années après ces événements, elle racontera toute cette histoire dans un opuscule diffusé dans toutes les écoles du monde entier. Un quatrième tome ou peut-être un épilogue narratif pourrait donc être envisagé, la folle histoire de Léna racontée par elle même.

Petite Bible des personnages

Lénaig, surnommée Léna IG (in game) a 16 ans début 2029. Jolie, intelligente, vive, indépendante, un peu rebelle, hackeuse à ses heures perdues (elle a de qui tenir), elle a mûri très vite, ayant dû partiellement (il y a tout de même des grand-parents) gérer la vie familiale à la naissance de son petit frère Fanch’, arrivé bien avant terme et causant le décès de sa maman, Camille.

François, surnommé Fanch’ (son père est breton), est un garçon de 9 ans, matheux hors pair mais parfois incapable de construire une phrase censée, il a été identifié comme « soit débile, soit bien trop intelligent pour ce monde », ce qui n’arrange pas ses affaires scolaires, car il est tenu à l’écart des structures classiques, mais le rend attachant.

Vincent, le père de Léna, est un développeur de génie. Fortement ébranlé par le décès de sa femme, il a un peu sombré dans les arcanes de la Toile et ses applications toutes plus insensées les unes que les autres.

Mélanie Stein est la papesse du Net, auteur d’un best seller : Internet c’est vous, qui l’a portée au devant de la scène et en a fait l’égérie de toute une génération. Devenue la directrice déléguée de Wikifirm, elle se dévoilera être la responsable de Gaia Inc., une véritable secte qui ne recule devant rien pour assouvir sa soif de pouvoir.

Professeur Hermès  est le pseudo d’un vieux professeur de la Sorbonne, iconoclaste, veuf et légèrement misanthrope qui se terre à St Pierre et Miquelon et  s’avèrera être l’animateur pétillant des seniors désireux de remettre le monde dans le droit chemin.

Marco, Grégoire et Neal sont des garçons de 17 ans avec leurs personnalités suffisamment spécifiques et contradictoires pour intéresser Léna et la faire hésiter.

Anaïs et Céline sont des jeunes filles tout aussi intéressées que Léna par les atouts des garçons, avec sans doute un peu moins de compétences informatiques que leur amie et un désir sincère de l’aider à retrouver son père.

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