Gunhild Larking

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J'ai connu une femme tentante comme un Mathusalem. Son désir sautait comme un bouchon de champagne. Je dus me rendre à l'évidence: ses bulles étaient sales, couleur muraille. Je croyais lamper sa joie, j'ingurgitais son égoïsme, sa cupidité. Elle pétillait, oui, mais du fiel. On s'est quittés pour du venin, sur une image visqueuse.  
Marcel Moreau: Nous, Amants, au Bonheur, ne croyant.

Il existe des beautés en tout genre. Il en est qui ne résistent pas au passage du temps, d'autres sont intemporelles: Lauren Bacall au regard qui tue dans ''Le Port de l'Angoisse'', Claudia Cardinale dans ''Il était une fois dans l'ouest' ou Brigitte Bardot dans ''Le Mépris''. Le cinéma regorge d'égéries inoubliables. Sa force est d'immortaliser les actrices de métier, mais aussi les femmes d'autres horizons venues s'essayer au 7eme art avec plus ou moins de réussite: Vanessa Paradis ou Laetitia Casta.

Rien, donc, n'est plus fort que le cinéma pour sacraliser les déesses. Cependant, il suffit de feuilleter quelques albums photos de Doisneau, Cartier-Bresson ou David Hamilton pour tomber sur des sirènes tout aussi bluffantes que les stars citées plus haut. Moins exposées, ces belles n'obtiendront jamais une similaire aura mais dégagent, sur certains clichés, cette même force mythologique féminine. Il existe une autre discipline qui génère aussi ce phénomène: le sport. De nombreux documents, photos ou films, captent de rares moments du sublime de ces dames, notamment les championnes.

Cependant aucune n'approche l'extraordinaire charme de Gunhild Larking. Cette sauteuse en hauteur suédoise qui ne gagna aucun titre majeur mais qui se bâtit vaillamment, termina 2 fois 4ème à l'Euro 1954 et aux J.O de 1956. 1m 67 suffisait pour obtenir une médaille olympique, hauteur que la belle franchit...en utilisant un essai de plus que la 3ème. Inspiré, George Silk prit ce formidable cliché où l'on distingue, dans le regard de l'athlète, déception et injustice. Gunhild Larking, alors âgée de 20 ans, peut en vouloir à la terre entière et sa détresse mêlée à une certaine incompréhension, éclate dans le stade de Melbourne.

Gunhild Larking est la plus belle anti-héroine du sport. Et nous souhaiterions que d'autres mignonnes s'en inspirent au lieu de se perdre dans des sitcoms. Personne ne se souvient de la gagnante du saut en hauteur olympique 1956, alors que la 4ème est dans toutes les mémoires.


                                                                                     2006


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