INFILTRATION

Doris Dumabin

Extrait de la nouvelle érotique, Science-fiction spéculative… du recueil Zestes de Désirs... www.facebook.com/dorisdumabin
> : lors des dialogues indique que le personnage précédent reprend la parole…


...

> L'avoir choisi lui, plutôt que moi, est plutôt courageux, mais je dois y aller et je ne peux pas vous laisser perdre votre temps avec ce minable une minute de plus alors que c'est moi que vous voulez.

Cléa inspira, comme à chaque fois qu'elle n'arrivait pas à masquer sa surprise. Il avait deviné juste. Il se pencha pour prendre leurs manteaux et la prit par le coude pour l'emmener avec lui. Là, elle ne put masquer son étonnement.

> Ne me regardez pas comme ça et faites lui un signe, il va croire que je vous enlève.

Cléa se tourna vers Jonas dont le regard béat et stupide ne méritait pas de signe. Elle se retrouva à l'entrée du Blue Bar avant même de se rendre compte de ce qui se passait. Elle leva les yeux vers lui dans le hall. Il avait réussi à enfiler son long manteau noir en marchant tout en tenant sa veste. D'ailleurs il lui tendit celle-ci avec un regard effronté, la défiant de refuser de sortir avec lui.

- Vous êtes bien présomptueux.

Une affirmation futile car elle se tourna pour glisser les bras dans les ouvertures qui s'offraient si galamment à elle.

- Toujours, répondit-il.

Elle se tourna vers lui et le trouva trop grand.

> En affaires comme dans le plaisir.

Elle entrouvrit légèrement la bouche d'étonnement.

> Je suis d'autant plus performant en étant sûr de moi.

Le double sens de sa phrase agrémenté de sa voix profonde et souligné par son regard envoûtant lui enlevèrent toute répartie spirituelle. Avec un autre, elle aurait placé un rire clair accompagné d'un léger mouvement de tête pour faire bouger ses cheveux. Les hommes adoraient replacer des mèches échappées de sa coiffure. Échappées volontairement, elle ne laissait jamais rien au hasard. Il fallait qu'elle se ressaisisse.

> Je m'appelle Ayden Khamsin mais avant de me dire votre nom je vous conseille de réfléchir car je viens de vous dévoiler ma véritable identité et j'entends que vous fassiez de même.

Cléa le sentait. La neutralité de son attitude s'était fissurée. La seule chose qu'elle espérait c'est qu'elle n'ait pas trop laissé paraître son ahurissement. Oui, il lui avait dit son vrai nom. Elle le savait car son nom d'emprunt était Lucas Siad. Elle sourit et détourna le regard.

- Si je vous le disais, je serais obligée de vous tuer, plaisanta t-elle à demi.

Il la crut car avant de lui ouvrir la porte avant droite de son aéronef de ville, il lui assura que certaines causes valaient la peine de mourir. Cléa se demanda durant les quelques secondes durant lesquelles il fit le tour de la rutilante machine en lévitation s'il allait continuer à dire la vérité et surtout si elle succomberait à la même envie. Il s'installa au poste de pilotage mais contrairement aux autres mâles qui voulaient tout de suite démontrer leur aisance à la conduite en ville à travers les voies aérotracées de la cité, il enclencha le pilote automatique sur une destination préenregistrée et tourna son siège vers elle. Il fit de même pour le sien sans lui demander son avis.

- Vous n'allez pas me montrer la puissance de votre engin ? ne put-elle s'empêcher de remarquer.

Il leva un sourcil amusé.

- Vous n'êtes pas si facile à impressionner et ce n'est pas exactement cet engin là que j'ai envie que vous appréciiez.

Cléa rougit. Cela ne lui était pas arrivée depuis… depuis… bon quand elle se souviendrait elle prendrait le temps de le noter dans sa mémoire.

> Pourquoi ne pas être venue me trouver directement ? Ai-je l'air si inaccessible ?

Cléa ne sût quoi répondre. Il garda le silence à l'observer dans les yeux de longues minutes. Il ne regardait pas ses lèvres, il ne regardait pas le renflement de sa poitrine ni le peu de chair qu'il pouvait apercevoir à travers son manteau, ni non plus ses longues jambes musclées, et encore moins ses petits pieds aux orteils parfaitement proportionnés et manucurés… non il ne regardait que ses yeux. Un regard qui la mit très mal à l'aise.

> Je vous imaginais différente, murmura t-il.

Elle adorait sa voix. Aucun homme de sa connaissance ne possédait une voix aussi basse, ni aussi chaude. Elle ne semblait nullement disproportionnée par rapport à son gabarit. Elle indiquait simplement que quelque chose d'infiniment mystérieux se cachait en dessous. Cléa se recroquevilla discrètement. Elle serra les cuisses et rabattit ses jambes un peu plus près du siège tout en se redressant et croisant les mains dans son giron. Il décoda immédiatement ces signes qu'aucun autre homme ne remarquait et recula pour lui laisser plus d'espace.

- Ha oui ? finit-elle par dire dans un filet de voix.

Il ne répondit pas. Au lieu de ça il se pencha en avant à nouveau. Son attitude corporelle venait de changer de sujet.

- Avez-vous déjà dîné ?

Elle n'avait pas faim, mais elle accepta tout de même son invitation.

> Quel âge avez-vous vraiment ? Vous êtes tellement belle et fraîche que tout le monde doit vous donner au plus vingt-cinq ans.

- Et là aussi je dois répondre sincèrement ? ironisa t-elle

Il sourit.

- Oui bien sûr, ce serait trop vous demander. Alors un trois ou un deux ?

Elle savait exactement à quoi il faisait allusion mais elle préféra poser son regard sur la ville derrière lui. La nuit tombait. Elle aimait particulièrement contempler le moment où les rayons du disque rouge se mêlaient aux lumières multicolores dans la brume qui entouraient les tours de leur cité.

> Donc encore deux, pas encore trois, déduisit-il si justement. Trois ans de plus que moi. Je vous félicite.

Cléa n'apprécia nullement sa clairvoyance.

> Houlà, ça c'est un regard qui lance des éclairs, nous allons donc changer de sujet. Parlez-moi de vous ?

Une motojet aurait pu s'encastrer au milieu de leur conversation qu'elle n'aurait pas paru plus surprise.

- De moi ? Mais pourquoi ?

Il s'esclaffa.

- En général dans une conversation entre deux personnes chacun parle de lui. Vous préférez que je commence ?

Il n'attendit pas l'acquiescement de Cléa pour raconter succinctement son parcours. Elle le connaissait déjà, pourtant venant de lui, l'histoire devenait passionnante. Il évoquait chaque épisode avec un humour tout à fait à propos. Une première ! Un homme qui parlait de lui sans être ennuyeux. Bien sûr, il n'évoqua pas le trafic de femmes et de drogues ni le recel de bijoux volés mais elle se demanda si l'homme qui lui faisait face pouvait être le même que celui qu'elle devait traquer. Impossible. Il était beaucoup trop charmant. Beaucoup trop franc et honnête. Pour la première fois de sa carrière, elle sut immédiatement qu'elle ne pourrait pas mener cette mission à bien. Elle était battue d'avance. Demain elle demanderait une autre cible. Elle se battait depuis un quart d'heure pour reprendre ses esprits sans y arriver et les images qu'elles voyaient passer devant ses yeux n'avaient rien à voir avec devoir, preuves et arrestation. À la Firme on appelait cela un "flash". Cela arrivait à tout le monde. Tous ses collègues avaient un jour connu ce moment, surtout les vieux de la vieille. Son instructeur lui en avait parlé à maintes reprises en lui conseillant de laisser tomber le contrat au plus tôt, de ne pas tenter de se battre contre ce "flash". Si elle sentait qu'elle se trouvait dans cette situation, elle abandonnait, point trait. Elle avait beaucoup ri, elle s'était même moquée d'anecdotes cocasses mais en ce moment elle n'avait aucune envie de rire. Elle se sentait perdue. Elle avait peur. Elle ! Elle n'arrivait plus à cacher ses émotions sous un vernis de séductrice mondaine. Elle ne voulait pas le tromper. Elle ! Incroyable. Elle était la meilleure à ce jeu là. Elle en connaissait toutes les subtilités. Elle était notée dix sur dix, cent pour cent de réussite à chaque contrat. Parfois même plus. Elle y arrivait, au-delà des attentes de ses supérieurs. Alors pourquoi ce petit jeune, arrivé de la planète du système voisin lui faisait cet effet là. Il n'était pas le plus beau mâle qu'elle ait jamais vu, ni le plus charmeur, ni le plus grand et encore moins le plus imposant. Pourquoi lui ? Il cligna de l'œil, ponctuant sa dernière phrase et elle sut pourquoi. Pas besoin de chercher une raison ou un vocabulaire adapté. La Firme avait déjà inventorié cette bizarrerie de la nature. Elle venait de flasher sur sa cible. Elle pinça les lèvres.

- Et oui j'ai fini, ça veut dire que c'est à ton tour.

Il s'était mépris sur sa grimace mais encore heureux.

- Je m'appelle Cléa, mais c'est vrai que je ne donne jamais mon vrai prénom…

Ni son vrai nom d'ailleurs, mais comme elle avait déjà décidé de s'exfiltrer un petit écart ne pouvait pas trop lui nuire.

>… les hommes n'en valent souvent pas la peine.

- J'en suis d'autant plus flatté.

Il ne souriait pas, il était sérieux.

> Cléa c'est très joli. Très original. Ta mère a bien choisi, à moins que ce ne soit ton père ?

- C'est un compromis en fait, entre leurs deux idées.

Il sourit.

> Cela me désole que tu aies été élevé dans un orphelinat mais j'ai tellement désiré des frères et sœurs que ma compassion s'arrêtera là. Je pense que si on m'avait demandé de choisir entre nos deux enfances, j'aurais hésité.

Au lieu de s'offusquer de son cynisme, il éclata de rire. Elle le trouva tellement beau qu'elle en oubliait qu'elle l'était certainement plus que lui et attirait beaucoup plus l'attention dans une foule. Avec lui, elle revenait aisément à l'époque des doutes adolescents où on se demande si le plus beau garçon de la classe peut nous remarquer.

> J'ai eu une scolarité exemplaire. Contrairement à certains, je n'ai pas préféré l'école buissonnière, ni l'école de la rue. Ils ont vraiment des écoles là-bas ?

Il rit et s'avança encore semblant attendre avec impatience la suite de son récit. Elle n'avait pas besoin de faire d'efforts avec lui. Tout venait simplement et elle devenait drôle sans même chercher à l'être. Elle était perdue.

           

Ils ne s'étaient pas rendus au niveau trois cents pour s'asseoir à la table du chef du restaurant huppé de son ami d'enfance. Ils n'avaient pas visité son appartement à la vue imprenable sur la ville, ni profité du coucher de soleil flamboyant entre les immeubles, ni non plus passé des heures à apprendre à se connaître. Rien de tout cela. Ils n'avaient pas pu. Ayden n'avait pu se retenir de l'embrasser dans l'ascenseur et il avait appuyé sur le numéro de son étage alors qu'il se faisait dévorer la bouche comme jamais par cette sublime créature. Avait-il déjà été aussi excité de toute son existence ? Il ne s'en souvenait pas le moins du monde. Tout ce qui ne se rapportait pas à elle, n'existait plus. Même ses souvenirs n'arrivaient pas à faire surface. Il travaillait pour un des plus grand caïd de cette planète, il ne pouvait en aucun cas se laisser séduire par la première jolie femme qu'il pistait. Il n'allait tout de même pas tomber dans un piège la tête baissée ! Il le pensa très fort, mais il la souleva pourtant dans ses bras pour l'entraîner plus rapidement vers sa chambre. Une fois arrivés devant le lit, il la fit glisser contre son corps. Son sexe qui pulsa entre eux adora ce contact. Il lui enleva sa robe turquoise d'un unique mouvement. Sans l'attendre, elle ôta une à une ses chaussures turquoises et argent avant de les jeter d'un côté du lit. Pendant ce temps, il enleva dans le même geste chemise et veste ; se débarrassa de son pantalon, pour finir par ses chaussures. Voilà, il ne portait qu'un boxer et elle aussi. Égalité. Sauf que le sien était totalement transparent. À quoi pouvait bien servir cette chose si ce n'était à protéger son intimité ? Cléa sourit de son air hagard. Il la fixa dans les yeux. Elle était sublime. Une femme comme elle pouvait avoir le monde à ses pieds. Aussi stupidement qu'un jouvenceau, même lui serait allé le chercher pour elle. Que faisait-elle là à le contempler avec ce désir dans les yeux ? Il n'arrivait pas à croire en sa chance. Il la renversa sur le lit. Il prendrait le temps de réfléchir demain matin.

Cléa était perdue. En vingt minutes de préliminaires elle avait déjà joui deux fois alors qu'elle pouvait passer six mois avec une cible sans jamais se laisser aller. Elle gardait le contrôle, se maîtrisait à la perfection. Ce soir elle était perdue. Elle ne savait pas comment il arrivait si bien à se contenir. Il avait pris le temps de lui caresser tout le corps, effleurant des zones qu'elle n'imaginait pas érogènes et qui ne l'étaient certainement pas sans lui. Exactement comme un élément avait besoin d'un produit réactif précis pour que la réaction chimique apparaisse. Son réactif s'appelait Ayden. Il était aussi doux qu'ardent et aussi hésitant que précis. Lui aussi tremblait, pourtant il savait exactement ce qu'il faisait. Elle avait commencé par refuser qu'il la caresse intimement. D'ailleurs, elle avait naïvement pensé qu'il serait trop excité pour prendre le temps des préliminaires. Elle s'était trompée. Il n'avait prêté attention à aucun de ses refus, ni écouté aucune de ses supplications, seul pour lui comptait son plaisir. Et le langage de son corps était on ne peut plus clair. Il connaissait ce dialecte par cœur. Il semblait connaître les réactions de chaque infime partie de son corps, de A à Z. elle avait renoncé à lutter farouchement depuis longtemps. Il avait tamisé vocalement la lumière alors qu'elle lui avait demandé de l'éteindre et désormais elle comprenait pourquoi… Il la regardait dans les yeux. Il venait de se placer entre ses cuisses. Son sexe long et épais – il avait évidemment des raisons d'être si sûr de lui – avait tout de suite trouvé sa place. Il avançait en douceur… glissant aisément en elle… lentement… et il observait ses réactions sur son visage. Il s'enfonçait encore et encore et ne la quittait pas des yeux. Elle avait envie de rire, de crier, de pleureur. Les émotions se succédaient en elle. Son regard la rendait vulnérable. Elle y lisait une telle tendresse, un tel désir qu'à eux seuls, ils décuplaient ses sensations. Elle sentait déjà son sexe se contracter enserrant étroitement le sien alors qu'il bougeait à peine. Elle eut encore envie de brider son plaisir, de réfléchir, de se raisonner mais il la regardait toujours de ce regard doux et attentif. Elle ne put se retenir. Le niveau de sa déception grimpa aussi haut que son plaisir. Une larme de frustration coula sur sa joue. Ses spasmes s'intensifièrent et elle perdit la bataille. Elle se contorsionna sous lui et gémit comme un animal blessé. Il posa les lèvres sur sa joue comme pour la réconforter et commença à bouger sans attendre la fin de son orgasme… faisant ainsi durer sa jouissance. Oh non ! pensa t-elle en fermant les yeux un instant. Il sourit. Il sourit comme s'il devinait exactement à quoi elle pensait. Elle cligna des paupières, incrédule. Comment allait-elle s'en sortir ? Il était si beau. Cette situation inédite la déstabilisait. Il lui plaisait tant. Elle lâcha prise en soupirant. Le filou lui sourit à nouveau, visiblement fier de sa reddition. Elle prendrait le temps de réfléchir demain matin.

 

...histoire à suivre en commandant le livre… infos sur www.facebook.com/dorisdumabin

  • une james bond girl revisitée avec brio !

    · Ago over 6 years ·
    P1020486

    Mina Elvé

    • Merci beaucoup Mina :) J'ai d'ailleurs écris une nouvelle dont l'héroïne a votre prénom et elle est très très autoritaire lol à bientôt ;)

      · Ago over 6 years ·
      Doris dumabin kamraal 9

      Doris Dumabin

    • quel est le titre de cette nouvelle? Merci !

      · Ago over 6 years ·
      P1020486

      Mina Elvé

    • Elle s'appelle "Je te veux" pour l'instant, et le recueil est loin de voir le jour, certainement en 2017. Cette année c'est le recueil Zestes de Désirs, et je prépare la sortie du suivant pour février, Zestes de Plaisirs. Merci de me suivre sur www.facebook.com/dorisdumabin pour les infos en avant première ;) mais… je peux faire une exception et vous l'envoyer en PDF avant tout le monde il faut juste que je la corrige et tout :) à bientôt avec plaisir

      · Ago over 6 years ·
      Doris dumabin kamraal 9

      Doris Dumabin

Report this text