J'ai pas attendu Facebook pour écrire sur les murs

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« Ce texte participe au rendez-vous mensuel « Mots éparpillés » de Margarida Llabres et Florence Gindre, projet inspiré par « Mots sauvages » de Cécile Benoist. » Photo de couverture : ©MyriamDé

Je suis claustrophobe. J'ai toujours détesté les murs, ceux qui limitent, ceux qui enferment, ceux contre lesquels on se cogne, ceux qui se dressent devant nous.

J'aurais pu vouloir les détruire. J'ai toujours cherché à voir au-delà.

Ils n'étaient pas pour moi symbole de protection. Il ne m'est jamais venu  à l'esprit que je pouvais m'en servir pour me cacher. D'autres l'ont sans doute fait à ma place  et à mon insu, on dit que les murs ont des oreilles, ils peuvent aussi avoir des yeux, ces voyeurs !

J'étais en 4ème lorsque le mur de Berlin est tombé. Cette partie de l'Histoire m'était alors encore presque inconnue. Je me rappelle la joie de notre professeur d'histoire, l'enthousiasme de sa voix, la confiance en l'avenir que ce fait de l'Histoire symbolisait.

Ma méfiance et ma défiance envers les murs s'est accrue au fil des cours d'Histoire.

Puis un jour, je suis allée étudier à Paris. Mon premier appartement se situait Métro Pernety.  Il  y avait là un Monoprix que j'ai tout de suite repéré. C'est bête mais dès lors que j'ai eu des habitudes citadines, j'ai remarqué que le point commun des endroits où je me sentais bien était la présence d'un Monoprix ! Enfin bref,  juste avant ce Monoprix-là, se dressait un mur peint, une magnifique fresque laissant apparaître une fenêtre ouverte sur l'immensité d'un ciel bleu. C'est sans doute un peu bête mais j'ai été fascinée !

Je me suis ensuite aperçue qu'il y avait pleins de murs comme celui-là à travers la capitale et dans bien d'autres villes à travers le monde.

L'évidence était là devant moi : en peignant les murs tout devenait possible.

Les abolir avec des trompe -l'œil.

Inviter le passant au voyage alors qu'il sort du métro et va rentrer chez lui dans quelques minutes.

Poétiser la  ville.

Le temps a passé, je me suis formée, et  depuis je passe mon temps perchée, caressant les murs de couleurs. Il n'y a plus de murs, juste des invitations au voyage, des laisser-passer pour l'imaginaire comme autant de mots d'amour, autant d'échanges, autant de messages partagés.

Les murs sont désormais mes alliés, mes porte-parole, ils disent ce qui me semble important à dire ; à chacun ensuite de se les approprier et d'y voir ce qu'ils ont envie d'y voir.

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