JFK : airporc 2002

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concours : Racontez votre Amérique !

 

Toute ma vie gravite autour de trois lettres majuscules : USA.

Mon premier émoi : Virginie,  mon ex : Caroline,  l'actuelle : Virginia.

A deux ans déjà, je disais « Maman, maman, j'ai fait Mississippi dans mon lit », ça la faisait rire. Lorsque je perdais une quenotte, je balbutiais un « Dis m'man, est-ce que la miss souris va passer ? ». Mes deux tantes se prénommaient Anne et Louise, mais je ne sais pas pourquoi, je les appelais toutes deux, LouisiAnne. Jusqu'à mon boulot, je suis expert en explosif, et là encore, l'oncle Sam vient me narguer : Bâton -Rouge.

J'ai même eu l'impudence de surnommer mon ordi : Mon Poteau Mac ! *

Vous voyez bien que je n'exagère pas en vous disant que mon existence tourne autour de ces trois lettres.

Depuis bien trop longtemps je campe dans mon songe étasunien, mais j'ai décidé de franchir le Rubicon. Demain, je rentrerai de plain-pied dans MON REVE ; demain enfin, je m'envole pour l'Amérique. Tout est prêt, circuit, budget, réservations, et dollars plein le costard.

J'ai toujours sur moi cette phrase de Robert Henry Newell «  Au lac Aghmoogenegamook, dans l'état du Maine, un homme de Wittequergaugaum est venu un soir sous la pluie. » Pourquoi me suis-je entiché de cette phrase, je n'en sais absolument rien. En revanche, c'est grâce à elle ou à cause d'elle que je me suis composé un circuit des plus atypiques.

Une chose est sûre, je ne m'aventurerai pas sur l'épine dorsale des States, la route 66. Je préfère de beaucoup les lignes brisées, les courbes fourbes, à la monotonie de la ligne droite. Je n'ai que dégoût pour le ronron de la voie royale. Croyez moi, si les Ricains sont d'un abord direct, cash, sans détour, c'est avant tout à la ligne droite qui doivent ce trait de caractère.

Je découvrirai l'Amérique par le p'tit bout de la lorgnette. Tout d'abord l'état de New-York et la ville de Butt'Corner (le coin du derrière) ensuite la Pennsylvanie et Intercourse (rapport sexuel) puis le Maine et bien sûr le lac Aghmoogenegamook, et enfin, je me fondrai dans les grands espaces…et les territoires amérindiens.

 

« C'est la première fois que vous allez aux États-Unis ? » me demande ma voisine de siège.

-       Disons que c'est un fantasme qui prend corps.

-       Vous allez adorer ! Depuis quinze ans, je vis un bonheur sans pareil à Boston. Une ville ex tra or di nai re… J'adore Bostonnnnn !

Sans âge, elle était sans âge, rouquine, le nez mutin, les yeux bruns en forme d'amande, le teint d'albâtre et de surcroît extrêmement volubile.

Durant une bonne partie du vol, elle me tint les basques, ne me lâcha pas les Massachusetts. Elle ne cessa pas de me parler de Boston en long, en large, en travers. Si bien qu'à la fin, j'aurais pu dessiner le plan de la ville en 3 D s'il vous plaît, et les yeux fermés. Par chance, mes bâillements successifs mirent en déroute sa logorrhée. Au bout de deux heures, j'émergeai de ma léthargie salvatrice, et soudain par le hublot, au loin, j'aperçus les mamelles de Kennedy Airport, où une flopée de longs et de moyens courriers tétaient goulûment sa moelle. L'Airbus amorça sa descente, je me rapprochais à tout berzingue de mon rêve étoilé, de mon rêve chéri. La chose me semblait comme irréelle, et cette peur qui me nouait les viscères : vais-je me réveiller…maintenant.

A la sortie de l'avion, la démesure me percuta de plein fouet. Je me sentis soudain Hobbit, tout petit dans cet environnement surdimensionné. J'avais l'impression d'évoluer en Panavion, vision large et couleurs saturées.

Les satellites vomissaient un flot continuel de voyageurs. Une hémorragie de couleurs et d'accents constellait l'espace. A ce moment précis, l'aérogare n'était plus qu'une arche, une immense arche.

Et ce flot inextinguible venait se briser contre la digue de la douane par soubresaut.  A présent, il fallait faire montre de patience et montrer patte blanche.

Un douanier black, un douanier blanc et l'alternance se répétait ainsi sur une ligne interminable. Ce récif de formalités me faisait penser à un clavier de piano tout en longueur.

-       Suivant ! dit tout de go une puissante voix

J'avançai jusqu'au guichet et tendis mon passeport.

Une énorme main noire s'en empara. Sur les côtés et derrière moi des guirlandes de cœurs en stand by, et une marée de soupirs en cascade.

Les globes oculaires  du douanier allaient et venaient sur le petit rectangle de France, puis son front se plissa… Mauvais présage ! me dis-je.

Il décrocha le combiné du téléphone, appuya sur une touche. Borborygmes à l'affiche. L'appel fut bref. Une minute plus tard j'avais droit à une escorte en noir et blanc, trois agents me faisait un écrin.

-       Qu'est-ce qui se passe ! Je veux savoir ce qui se passe !!! Hurlai-je.

On me conduisit sans ménagement dans une petite pièce meublée très sommairement de deux chaises et d'une table rien de plus. Puis on m'intima l'ordre de me dévêtir.

Mon rêve virait au cauchemar.

« C'est une plaisanterie, une joke, c'est ça ! » Dis-je interloqué.

-       A poil et vite, discute pas. On ne fait qu'appliquer la procédure. répondit l'homme séquoia, du haut de ses deux mètres dix.

Avec un dégoût profond, j'obtempérai,  me déshabillai.

Leurs regards se faisaient menaçants et l'impatience les gagnait.

-       le caleçon aussi ! on a dit à poil… Bon à présent,  incline-toi et prends appui sur la table.

-       Non Mike ! Pas cette position pour lui. Il mérite mieux, celle de la parturiente lui ira comme un gant…un rire effrayant s'échappa de la denture immaculée du douanier black. Je veux voir son regard à ce salaud. Allonge toi sur la table.

-       Mais pourquoi faire bon Dieu ! Mais que me voulez vous à la fin. J'étais livide, en sueur…apeuré et si seul..

C'est fou ce qu'un uniforme peut vous amener à faire. Vous vous sentez d'emblée coupable de tous les maux de la Terre. Le pire, c'est ce sentiment de néant qui vous gagne, et vous soulève le cœur.

Je m'allongeai sur la table, pour en finir au plus vite. Je frissonnai au contact du bois.

-       Ecarte les jambes… dit le plus petit des agents, un blanc au regard vicieux.

J'eus l'impression désagréable que cette position le faisait bander. Qu'il se délectait de mon malaise, de ma gêne, de ma peur.

Puis j'entendis comme un léger claquement sec, je me redressais suffisamment pour apercevoir le black au rire satanique jouer avec un gant blanc en plastique.

En un éclair, je compris ce qui m'attendait. Je roulais aussitôt sur le côté, me redressai aussi vite que je pus et courus  vers la porte.  Je n'eus pas le temps de saisir la poignée qu'un poulpe de bras m'enserra et me ramena sur la table.

« Non, non pas le black…un blanc à la limite…Non… » Je poussais un cri déchirant, et des larmes coulèrent sur mes joues.

Mais j'eus bien droit à mon premier toucher rectal par un agent des douanes, noir de surcroît. Humilié, honteux, déshonoré, je passais par tout un spectre de sentiments plus vils les uns que les autres. Je ne savais pas encore que j'aurais droit à ce genre de faveur avec les autres services de sécurité. Trois en tout ! A la fin j'avais l'impression que je m'appelais Asshole ! Et pourtant je me nomme Ben Baden… de Baden Baden. Rien de plus commun, comme nom, non !!!

-       Coupez ! Non, non et non Ben.. C'est nul à chier !!! s'écria George Moka. On touche à ton intégrité, à ta dignité, sois plus véhément, plus agressif bordel.

- Okay Georges… Cette fois je vais me donner à fion… répondit Ben Affect, tout sourire.

- Allez les enfants, on remet ça…  Silence ! Moteurrrrrrrrrrrrrrr….

Police ouvrez ! On tambourinait avec force et rage à la porte…Puis une série de coups de feu en rafale, échanges plus que nourris. Je me réveillai en sursaut, tout ce barouf avait dissous mon rêve rectal. Je me levai avec difficultés, l'effet du décalage horaire se faisait encore sentir. Les tirs avaient cessé. J'entrebâillai délicatement la porte d'entrée, et là je vis une brochette de flics armes au poing, de chaque côté du seuil du bungalow voisin, l'écume aux lèvres. Ne voulant en aucune manière entraver l'action des forces de l'ordre, je refermais avec diligence la lourde.

« Bienvenue ! » Me dis-je. Bienvenue à Paris….A  Paris Texas !!!!  J'aurais préféré un tout autre accueil. En tout cas, l'appellation du motel n'est pas usurpé : Bang bang motel !

 

E.Rx.

sacd

 

* Le potomac : fleuve des Etats-Unis, long de 640 km, qui se jette dans la baie de  Chesapeake.

 

 

 

 

 

 

 

 

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