Jusqu'où ira-t-elle ?

nalpas

Jusqu’où ira-t-elle ?

 

 

Thérèse a un sacré talent d’amoureuse mais refuse le partage. Pourquoi résiste-t-elle avec tant d’acharnement au désir qui me taraude ? Je multiplie les propositions. Elle me rembarre. Je reviens à la charge. Elle m’engueule : obsédé ! Je m’excite. Elle me gifle. Plus j’insiste plus elle résiste. Partouze ! Je hais le mot, lui dis-je, mais j’adore la chose. C’est dégueulasse, répond-elle. J’en rajoute pourtant : et ça ?  Tu aimes ou non ? Et comme ça ? Avec n’importe qui ? Rien que pour le plaisir ? Dis-le que tu en as envie ! Tu n’es pas une sainte !

 

Un soir, buvant un cocktail au « Habana-Club », j’entends : d’accord  ! On y va ! Tout de suite ! Elle me prend de court. En deux temps trois mouvements. Tu vois ce type ? Elle me le montre et  l’accoste aussi sec : ça vous ferait plaisir ? Elle se déhanche un moment sur la piste, il la détaille, me jauge, répond oui avec un grand sourire. On l’emmène à la maison. Nous buvons un whisky. Elle met de la musique. Se lance. Visiblement il aime ça. Le geste de Thérèse est assuré. Ça se passe comme sur des roulettes. Et le cubain en partant nous dit : vous êtes super. La communion va bien au-delà de mes espérances. Le lendemain nous croisons dans la rue une bourgeoise bien mise. Avec elle !... me dit impérativement Thérèse. Quelques sornettes et nous l’emballons. Nous allons chez elle. Thérèse veut que je m’en occupe tandis qu’elle se rince l’oeil. Là-dessus le mari arrive avec un copain. Avant qu’ils aient pu dire un mot Thérèse les convainc et en avant la musique. Nous finissons tous la soirée dans un bain de Champagne.   

A partir de là rien ne l’effraye. Ni ce dentier perdu dans son intimité par un boulanger octogénaire qui s’applique trop ( pour compenser sans doute, par la bande, un manque… auquel je tente de pallier par ailleurs). Ni l’ étrange pénétration du professeur de philosophie qui lui parle de Kierkegaard  en s’activant. Nous ne rembarrons même pas notre dentiste. Par esprit de sacrifice, me murmure tendrement Thérèse à l’oreille. Il ne s’intéresse pourtant, scientifiquement prétend-il, qu’aux déjections. Nous humons à en vomir. 

 

Nos voluptés n’ont maintenant plus de limites. Thérèse et moi goûtons avec passion à toutes les turpitudes. Nous devenons insatiables. Le blond qu’elle reluque ? La nana gourmande qui m’affole ? Nous les embarquons sans scrupules. Ensemble. Devrais-je vous raconter les détails de nos aventures de façon plus précise ? Notre dérive avec une très jeune fille et son doberman ? Je me tâte. Nous avons, à ce sujet, une discussion passionnante avec un libraire alors que Thérèse chute sur une pile de polars dans son arrière boutique et que sa vendeuse intervient dans l’échange. Ils pensent tous les deux que l’érotisme n’a rien à voir avec la littérature ! Ont-ils tort ou raison ?

Le roman de gare est pourtant notre quotidien. Nous en prenons tous les trains. Fantasmes et réalité, horreur et beauté, sans discrimination. Même avec Quasimodo, le portier de l’hôtel. Qui cache tant de choses sous sa bosse. Nous nous perdons dans leur contemplation. Pas étonnés du tout qu’il soit venu aussi simplement dans notre chambre. Le charme de Thérèse fait des miracles. Et sa langue devient de feu. N’allume-t-elle pas jusqu’à la caissière de Casino, Carla, qui n’a jamais connu ça auparavant ? Nous poussons la caissière dans les bras du portier. Lorsque leur ravissement s’exprime en hurlements bestiaux le regard de Thérèse s’illumine. Elle paraît vivre une extase.

 

Saurai-je un jour pourquoi elle m’a quitté ? Elle a pris sa décision d’un seul coup. Comme au « Habana-Club », mais devant un crucifix. Elle s’appelle maintenant Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus. Elle a prononcé ses voeux la semaine passée. Chasteté perpétuelle.

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                            

 

                                                                                                                                                                                                                            

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                            

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                            

 

 

                                                                                                                                                                                                                            

  • La séparation du corps et de l'âme. Ce troisième œil qui plane au dessus de tes écrits et nous fait apprécier d'en haut, les humains d'en bas, qui s'en donnent à cœurs et regards libres. Ste Thérèse a décidée de se rincer l'œil de plus haut encore...

    · Ago almost 9 years ·
     14i3722 orig

    leo

  • ;-D

    · Ago about 9 years ·
    Arbre orig

    pointedenis

  • Très amusant. La chute donne envie de fréquenter les couvents...

    · Ago over 9 years ·
    Ic16 orig

    pouetpouet06

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