L'A 666

thalia

9h15

     Mark était impatient de quitter Paris. Il avait besoin de repos, de vacance. Sa dernière affaire l’avait épuisé. Le travail acharné de ses collaborateurs et son talent d’orateur avait convaincu les jurés de ne pas appliquer la sentence de perpétuité que réclamait l’avocat général mais la condamnation à quinze ans de prison avait mit son client dans une rage folle. Il était sorti de la salle du tribunal, poignets menottés et menaces de mort à la bouche. Ce n’était pas le premier à réagir ainsi et sans doute pas le dernier, pensa Mark réaliste.

     Il saisit son porte feuille, oublié sur la console de l’entrée, s’assura que tout était en ordre et ferma à clé. Puis il prit l’ascenseur. Onze ans, qu’il élevait seul sa fille. Certes, il avait eu quelques aventures, mais de plus en plus rares et de plus en plus courtes. Personne n’avait pu remplacer sa première épouse. Jusqu’à sa rencontre avec Hélène, huit mois plus tôt. Un miracle qu’il n’espérait plus. En s’engouffrant dans la voiture, son visage s’illumina. Dieu qu’il était heureux. Il était un jeune marié, si l’on peut dire, et ni le visage renfrogné de Justine, non plus que celui lassé d’Hélène n’ébranlèrent son bel optimisme.

—            Prêt ? demanda-t-il en démarrant.

—            Prêt !

     Justine fut la seule à ne pas répondre. Comme d’habitude. Mais Mark ne voulait pas se laisser contaminer par sa mauvaise humeur perpétuelle. Il avait loué pour les vacances une résidence dans un petit village du sud de la France. Tout était prévu, organisé, pour que le voyage et le séjour soit parfait. La journée était chaude et ensoleillée. Une belle journée de juillet. La voiture s’engagea sur l’autoroute A666.

11h00

     Hélène baissa le volume de la musique et posa une main délicate et aux ongles manucurés sur le bras de son… mari. Elle avait encore du mal à croire à son bonheur. Mais oui, elle, petite fleuriste d’origine modeste, était bien l’épouse de Maître Jager, avocat pénaliste de renom et célibataire des plus convoité sur la place de Paris.

—            Je ne connais pas cette région, murmura-t-elle à son oreille. Cela mérite de faire un vœu.

—            Je ne désire rien de plus.

—            Moi aussi, n’en doutes pas, dit-elle avant de jeter un regard sur Justine. Je souhaite simplement qu’elle me laisse une chance.

     Les derniers mots furent murmurés. Mais aucun risque que Justine ne les entende, elle n’avait pas quitté ses écouteurs depuis le départ et gardait les yeux obstinément clos. Mark haussa légèrement les épaules.

—            Ne t’inquiètes pas. Il lui faut juste un peu de temps.

     Hélène n’ignorait pas que les vacances étaient la meilleure occasion pour créer des liens avec sa belle-fille. Dés leur rencontre, Justine avait engagé les hostilités et son ressentiment constant et journalier était exténuant.

—            Tu as raison, répondit-elle. C’est le moment idéal pour apaiser les tensions et partir sur de nouvelles bases.

     Et elle ne comptait pas s’avouer vaincue si vite. Elle contempla le profil de son époux et se lova dans le siège en cuir. Dans quelques heures à peine, elle pourrait lézarder au soleil ou faire un plongeon dans la piscine d’une villa magnifique. Personne, et encore moins une adolescente capricieuse et trop gâtée, ne gâcherait son bonheur.

—            J’ai la dalle, dit Justine qui prononçait ses premiers mots.

—            Moi aussi, ajouta Thomas.

—            Surveille un peu ton langage, rétorqua Mark en lançant un regard irrité à sa fille. Nous allons nous arrêter dans une demi-heure.

—            Je ne pourrais pas attendre aussi longtemps.

—            Tu n’avais qu’à prendre ton petit-déjeuner.

     Jamais son père ne l’avait ainsi rabroué. Depuis sa rencontre avec Hélène, il n’était plus le même. Ce n’était plus son père. Chaque jour, elle avait espéré qu’il renonce au mariage et ses tentatives pour l’en dissuader s’étaient révélées infructueuses.

—            Je n’avais pas faim à ce moment là.

—            Il y a une aire à moins de vingt kilomètres, remarqua Hélène.

—            Cela fait plus d’un mois que j’ai réservé dans ce restaurant. Les caprices de mademoiselle commencent à user ma patience.

—            Ce n’est pas grave chéri, nous aurons d’autres occasions.

—            C’est certain, ajouta Justine. Et puis, on peut dire que ces vacances sont une lune de miel, en quelque sorte. Pour ce qui est de l’intimité ça laisse à désirer.

     Dans le rétroviseur, le visage de son père se crispa, ce qui n’était pas bon signe mais elle continua.

—            Et on ne peut pas dire que ce soit la destination idéale. Vous aviez choisi Hawaï avec maman…

     Le véritable calvaire avait débuté lors de l’installation de sa belle-mère et de son fils. Depuis son enfance, Justine vivait seule avec son père et aucune femme ne s’était immiscée entre eux. Aucune, jusqu’à Hélène. A l’approche des congés d’été, elle avait tenté de le convaincre de la laisser chez sa grand-mère mais il s’y était fermement opposé. Justine ne supportait pas l’idée d’être coincée à longueur de journée avec Hélène. Dés que la voiture fut garée, elle sortit en trombe. Les écouteurs sur les oreilles et la musique à fond. L’espoir de son père, à savoir une entente avec sa belle-mère, était un rêve. Point barre !

12h05

—            C’est un relais routier, remarqua Justine en jetant un œil sur l’établissement.

—            Il me semble que ta faim ne pouvait attendre, alors tu t’en contenteras, rétorqua son père.

     Le restaurant gastronomique dont Mark s’était fait un plaisir n’était plus qu’un lointain souvenir et avait cédé sa place à une cantine. Sa fille commençait sérieusement à l’agacer. Le mot était faible, pensa-t-il. Elle avait presque réussi à le pousser à bout. Mark prenait conscience que ce ne serait peut-être pas aussi simple et facile qu’il le présumait.

—            Au moins, on est sur que tu ne risques pas de mourir d’inanition, dit Thomas en plaisantant. Les portions sont généreuses pour les camionneurs.

     A dix sept ans, Thomas se retrouvait avec un beau-père, plutôt sympa, et une demi-sœur de son âge. La situation aurait pu être idyllique si la fille canon qui marchait devant lui n’avait pas été une chieuse d’exception. Côtoyer Justine lui mettait les nerfs à vif, et chaque jour, il se félicitait pour sa maîtrise, obtenue grâce à la pratique régulière du karaté. Un sport que Thomas avait débuté à cinq ans, pas par choix mais contraint et forcé par un homme. Son père. Sa mère avait bien essayé de lui faire entendre raison mais la discussion avait tourné court. On ne contestait pas les décisions du chef de famille. Thomas l’avait compris très vite et très jeune.

     Ils pénétrèrent dans une salle remplie en majorité par des convives masculins. La silhouette d’Hélène, habilement révélée par son jean ajusté et un chemisier blanc légèrement échancré, provoqua quelques sifflements admiratifs. Mark se raidit et posa une main possessive sur la taille de son épouse. Il n’était pas d’humeur. Ils prirent place à l’une des rares tables encore libre. Des traces de saleté sur la nappe plastifiée à carreaux rouge et blanc lui firent froncer les sourcils. Résigné, il consulta le menu.

—            C’est nul, commença Justine. Il n’y a ni hamburgers ni pizzas.

—            Le plat du jour ne semble pas trop mal, dit Thomas toujours de bonne humeur.

Elle lui lança un regard noir.

—            Souris, Jésus t’aime, poursuivit-il ironique.

—            Je te conseille de trouver quelque chose qui te convienne et de laisser de côté ton sale caractère.

La voix sèche de son père la frappa de plein fouet.

—            J’ai le caractère de ma mère, ta défunte épouse, tu t’en souviens ? Et jusqu’à présent, il ne posait pas trop de problème mais c’était avant de rencontrer…

—            Ça suffit ! Je ne tolérerai pas plus longtemps ton attitude sans que cela porte à conséquence.

—            Et que comptez-vous faire Maître ? Vous m’avez déjà donné la peine maximum avec ce mariage… 

     La serveuse et la gifle arrivèrent simultanément, l’une pour prendre la commande, l’autre sur la joue de Justine. Thomas se plongea dans une lecture approfondie du menu.

—            Pour moi ce sera un SPA, répondit Justine d’un air furieux.

     Mark n’avait jamais levé la main sur sa fille, pas une seule fois, en onze ans. A sa décharge, Justine s’acharnait avec un plaisir évident à perturber chaque instant. La veille, il plaidait encore au tribunal et il conduisait depuis des heures néanmoins la fatigue n’excusait en rien son geste.

—            Un spa ? demanda la serveuse décontenancée.

—            Une société protectrice des ados, vous n’avez pas ça ? Dommage. Je me contenterai du plat du jour et d’un coca.

     Thomas esquissa un sourire et Justine remit son casque en défiant son père du regard. Les tentatives d’Hélène pour détendre l’atmosphère échouèrent lamentablement et le repas fut vite expédié.

     Justine pianotait sur son téléphone. Nul doute que sa grand-mère était déjà au courant. Mark se rembrunit, Justine avait pu compter sur une alliée de choix dans sa croisade contre son mariage : sa propre mère. Son mariage avait-il été trop rapide, aurait-il du attendre, comme sa mère le lui avait recommandé. Il ne savait plus que penser. Il avait toujours été persuadé que Justine finirait par accepter Hélène. Il commanda deux expressos puis jeta un œil chagriné sur sa fille qui l’ignorait toujours. Ce soir, il discuterait avec Justine, il s’excuserait. Et surtout, il lui dirait combien il l’aimait. Il prit son portable et fila aux toilettes.

13h30

     Le café était froid et la salle presque vide.

—            Tom, tu veux bien aller voir ce qu’il fait, demanda Hélène en réglant la note.

     Elle observa sa belle-fille. Le geste de Mark l’avait autant surprise que choquée. Même si les relations avec Justine étaient difficiles Hélène n’approuvait pas la réaction de son époux. Justine adorait son père et bien qu’elle n’en laisse rien paraître, elle devait être bouleversée.

—            Je ne l’ai pas trouvé, dit Thomas à son retour.

—            Comment ça, tu ne l’as pas trouvé ? Il y est forcément, rétorqua-t-elle en se levant.

—            Je t’assure. Il n’y a personne.

     Hélène saisit son sac et suivit par son fils entra dans les toilettes pour homme, vide, pénétra dans celles des femmes, et là aussi, ne trouva personne. Elle se passa une main sur le front et une bouffée de chaleur la submergea. Elle retourna dans la salle, où Justine toujours assise fredonnait tranquillement.

—            Retire ça immédiatement, cria-t-elle en lui arrachant le casque.

—            T’es folle ou quoi !

     Hélène sentait la panique et l’angoisse lui tordre l’estomac.

—            On ne trouve pas ton père.

—            Vous ne trouvez pas mon père… rétorqua Justine en levant les yeux au ciel. Il est peut-être parti faire un tour en ayant pris conscience qu’il avait fait une erreur en t’épousant, tout simplement.

     A son tour, elle fouilla les toilettes. Mais il fallut se rendre à l’évidence Mark n’y était pas, ni dans aucun autre endroit du relais qu’ils fouillèrent aidé par les employés. La voiture était toujours sur le parking. Mais aucune trace de son père. Il s’était littéralement volatilisé. Justine n’affichait plus ce petit sourire narquois et Hélène avait les yeux hagards. Thomas prit la seule décision qui s’imposait en pareille circonstance.

15h00

     Deux gendarmes inspectaient le restaurant pendant qu’Hélène relatait les évènements en détail au capitaine. Il interrogea ensuite la serveuse, la patronne, le cuisinier et le plongeur puis revint vers eux.

—            Madame Jager, il semble qu’il y ait eu une dispute entre votre mari et votre fille ?

—            Ce n’est pas ma mère. Ils ne sont mariés que depuis trois mois.

—            Je vois. Pourquoi vous disputiez-vous ?

     Justine raconta puis vint le tour de Thomas. Le capitaine prenait des notes.

—            Il n’y a aucune trace de sang et de bagarre. Vous n’avez donc pas de raison de vous inquiéter et nous ne pouvons rien faire de plus pour aujourd’hui. Les recherches pour un adulte ne débutent qu’après quarante huit heures. C’est la procédure habituelle.

—            Mais vous allez faire quelque chose ?

—            Ecoutez madame, je suis certain que votre mari se porte bien. Aucun élément ne permet de penser le contraire. Croyez-en ma grande expérience, vous ne tarderez pas à le voir revenir.

—            Mark ne serait pas parti ainsi…

—            Vous n’êtes mariés que depuis très peu de temps, l’interrompit le capitaine. Et vous avez fait connaissance il y a de cela à peine quelques mois. Si vous saviez le nombre d’époux ou d’épouses qui fuguent chaque jour et qui réapparaissent quelque temps plus tard.

—            Il n’aurait jamais laissé sa fille…

—            Je vous conseille de venir faire votre déposition, poursuivit-il sans tenir compte de sa remarque. S’il est toujours absent dans deux jours, nous ouvriront une enquête mais pour le moment on ne peut rien faire de plus.

Justine ne voulut pas quitter le relais et Hélène ne voulut pas la laisser seule.

—            Je vais rester ici, dit Thomas. On t’attend.

16h30

     La Mercedes suivit le fourgon de gendarmerie et disparut. La patronne qui n’avait cessé de proclamer son honnêteté, celle de son personnel, et que jamais, jamais, de tels désagréments ne s’étaient déroulés dans son établissement, finit par s’approcher. Sa curiosité malsaine l’avait emporté sur sa gêne.

—            Je peux vous faire des sandwichs si vous avez faim, commença la femme. Mes pauvres petits. C’est horrible ce qu’il vous arrive. Un p’tit café peut-être ? Vraiment, je n’en reviens toujours pas. Votre papa avait l’air bien… enfin… je veux dire… C’est vraiment fou une histoire pareille.

Elle voulut s’asseoir mais leurs regards hostiles l’en dissuadèrent.

—            Bon, si vous changez d’avis je suis là, hein…

Elle retourna derrière son comptoir en soupirant. Justine avait les yeux brillants.

—            J’ai l’impression que je vais devenir dingue. C’est un vrai cauchemar…

Le papier de l’addition avait fini déchiqueté et visiblement elle cherchait quelque chose à se mettre sous la main.

—            Oui, je comprends. J’aime beaucoup Mark et…

—            Tu le connais à peine, alors ta compassion à deux balles ! le coupa Justine rageuse. Et ce n’est pas ton père.

     Elle avait insisté sur le dernier mot.

—            Tu as raison, ce n’est pas mon père…

     Thomas chassa aussitôt l’image qui s’imposa à lui. Il ne voulait pas, ne voulait plus, penser à son père. Le silence fut remplacé par un brouhaha de voix. Un événement, de ceux qui n’arrivent qu’aux autres, les avait percutés de plein fouet et laissés K.O.

18h50

     Quand Hélène revint la salle était comble. Elle se laissa tomber sur la chaise. L’espoir de retrouver Mark à son retour, espoir insensé, qui l’avait accompagné pendant le trajet venait brusquement d’être anéanti, et s’abattait sur elle comme un tsunami, la laissant dévastée et ravagée. Elle frissonna, elle n’avait aucune idée de ce qu’elle devait faire. Elle fit signe à la serveuse et d’une voix éteinte commanda trois menus, deux sodas et une vodka. Elle avala son verre d’une traite et toucha à peine à son repas.

—            J’ai besoin d’aller aux toilettes, dit Justine.

Ils se regardèrent tous les trois, indécis, crispés.

—            Je t’accompagne, dit Thomas en se levant aussitôt.

     Hélène leur emboita le pas. Thomas attendit devant la porte puis ils retournèrent à leur table.

—            Tu penses que c’est à cause de moi si papa…

     Hélène surprise mit quelques secondes avant de répondre.

—            Non ! Tu n’y es pour rien.

—            Alors c’est quoi ? On ne disparaît pas sans laisser de traces et sans témoins. Et sans rien dire…

—            Les gendarmes ont interrogés toutes les personnes encore présentes et cela n’a rien donné. Personne n’a rien vu, rien entendu, dit Hélène que l’absence de réponse torturait. Je ne comprends pas… J’ai beau cherché… Je…

—            Que comptes tu faire alors ?

     Justine la fixait et attendait une réponse. Que dire à une adolescente dont le père vient de disparaître ? Mark aurait su. Il ne serait pas resté inactif. Il aurait pris la situation en main. Or, elle n’était pas Mark et à l’instant présent, elle le regrettait douloureusement. Elle aurait voulu qu’ils ne s’arrêtent jamais dans cet endroit. Elle voulait…

—            Vous désirez autre chose ? demanda la serveuse en débarrassant les assiettes.

—            Un expresso et l’addition, s’il vous plait.

     Le relais fermait à minuit, pensa Hélène.

—            Je pense que nous devrions trouver des chambres, dit-elle. A moins de vouloir dormir dans la voiture.

—            Pas trop loin d’ici, au cas où papa…

—            Oui, bien sur.

     La serveuse revint avec le café. Hélène paya et s’enquerra d’un hôtel dans les environs. Elle nota les indications et remercia la jeune femme. Depuis plus de huit heures, ils étaient sans nouvelles de Mark.

—            Tu ne crois pas qu’il… commença Justine.

—            Non ! Je suis certaine qu’il est vivant.

     Hélène sentit un goût de bile lui remonter dans la gorge. La main devant la bouche, elle se leva et courut aux toilettes. Thomas et Justine se précipitèrent à sa suite. Elle entra et arriva juste à temps pour vomir.

—            Ce n’est rien, dit-elle en s’aspergeant le visage d’eau froide. C’est la vodka qui ne passe pas.

—            Tu es certaine ? Tu es vraiment pâle maman.

—            Oui, ça va.

     Mais elle savait que ça n’allait pas. Pas du tout.

—            Nous devrions attendre un peu avant de prendre la voiture, ajouta-t-il inquiet.

     Il saisit le bras de sa mère et l’aida à regagner la salle. Justine lui prêta main forte. Un lien imperceptible s’était noué entre eux. L’amour n’avait pu les réunir. La peur y parvenait. Justine composa inlassablement le numéro de son père. Hélène reprit quelques couleurs et Thomas rongea son frein en d’incessants aller et retours de la table au comptoir.

—            J’ai besoin de prendre l’air, maman. Je n’en peux plus de rester ici sans rien faire.

21h30

     En sortant de l’établissement des phares les éblouirent. Le son d’une radio s’échappait d’un des camions qui stationnaient encore sur le parking.

     Thomas regarda sa mère. Elle était à l’écart et les bras croisés sur la poitrine fixait un point dans le vague. Justine était adossée à un arbre. Il s’approcha. Il aurait aimé la prendre dans ses bras pour la réconforter mais il ne le fit pas.

—            Toute la journée, j’ai espéré que ton père allait brusquement réapparaître en nous disant qu’il nous avait fait une bonne blague.

—            Ce n’est pas son style.

—            Je sais et il ne t’abandonnerait pas.

—            Ni sa… femme… tu ne crois pas ?

     Thomas aurait aimé prononcer les mots qui soulagent mais il ne les connaissait pas.

—            Je sais que c’est horrible mais j’aurai préféré que ce soit ta mère qui disparaisse. La mienne est morte et je m’en souviens à peine. Il ne me reste que mon père…

     Justine avait une envie irrépressible de crier, d’hurler, pourtant elle resta muette. Des larmes montèrent mais elle leur bloqua le passage. Un poids énorme écrasait et compressait sa poitrine.

—            Ça ne va pas ?

     Thomas la saisit aux épaules. Justine hoqueta, marmonna et fut agitée par de petits mouvements. Affolé, il appela sa mère. Hélène accourut, lui demanda de s’accroupir et frictionna son dos.

—            C’est juste une crise d’angoisse Justine. Continue à respirer lentement, calmement. Voilà, c’est bien. Ne t’inquiète pas. Tu te sens mieux ?

—            Oui, je crois…

—            C’est une réaction normale. Nous…

     Elle fut interrompue par une sonnerie. Justine se redressa brusquement et la tête lui tourna. Elle avait reconnu la mélodie. Chacun de ses contacts avaient une musique spécifique. Ses jambes flageolèrent et Thomas s’approcha pour la soutenir mais elle était comme prise de frénésie. Elle le repoussa.

—            Fous-moi la paix…

     Hélène aussi avait identifié les notes musicales. C’était le signe précurseur d’une voix dont l’absence lui était intolérable.

—            Fais vite !

—            Qu’est-ce que tu crois…

     Justine avait peur que le temps lui manque. Ses mains tremblaient. Déjà deux sonneries. Son répondeur se déclencherait à la quatrième. Son jean était trop serré. Troisième sonnerie. Merde. Elle hurla en extirpant enfin l’appareil de sa poche arrière. Quatrième et dernière sonnerie. En décrochant, elle enclencha le haut parleur.

—            Papa, papa…

—            ….

     Les respirations haletantes. L’écho des soupirs, des murmures, des sanglots. La spirale infernale du silence… Avait-elle été assez rapide ? Une petite lumière rouge s’alluma et clignota. Justine avait envoyé une multitude de texto à sa grand-mère et à sa meilleure amie pour les  tenir au courant, plus les nombreux appels à son père pour tomber invariablement sur la messagerie. Et à aucun moment, elle n’avait eu l’idée de recharger son Smartphone. Quelle conne !

—            C’est la batterie, s’écria-t-elle affolée. Non, pas maintenant. Ne me lâche pas.

Synopsis :

1-            Tout était organisé pour un voyage parfait. Mark et Hélène Jager, fraîchement mariés, et leurs enfants respectifs, déjeunent dans un relais routier sur l’autoroute A666. Au moment de repartir Mark a disparu. La gendarmerie intervient mais il faut attendre 48 heures. Ils attendent son retour pendant des heures. En vain. Soudain le Smartphone de Justine sonne. Qui est au bout du fil ? Mark ou…

2-            Son père leur a hurlé de fuir. Justine veut rappeler les secours mais Hélène s’y oppose en prétextant que le délai n’étant pas expiré cela est inutile. Cela intrigue Justine. Qui est vraiment sa belle-mère ? Son père est un avocat pénaliste fortuné. Hélène est-elle liée à sa disparition ?

3-            On leur ordonne de ne pas prévenir la police s’ils veulent retrouver Mark vivant, de reprendre l’A666 et de s’arrêter sur l’aire du Repos. Hélène réfléchit. Elle connaît Mark depuis si peu de temps. Un véritable coup de foudre. Mais que sait-elle réellement de lui, de son passé, de son travail ?

4-            Thomas s’interroge sur les activités, peut-être illicite, de son beau-père et Justine s’emporte devant ses insinuations. Arrivés au point fixé, ils prennent une boisson en attendant le contact. Personne ne se présente. Aucune demande de rançon. Ont-ils affaire à un tueur ? Un fou ? Sont-ils suivis ?

5-            Une voix trafiquée accompagnée d’une vidéo du père en piteux état leur donne à nouveau rendez-vous. Thomas demande si le téléphone de Mark est équipé d’un GPS. Il localise Mark et d’un commun accord ils décident de suivre cette nouvelle piste.

6-            Sur les indications de Thomas, ils se retrouvent sur l’aire où Mark a disparu. Le ravisseur annonce que Mark va mourir. Quelques temps plus tard, une voiture se gare et un homme en sort pour monter dans un camion. Justine est certaine de l’avoir déjà vu. Mais où ?

7-            Ils prennent le camion en filature. Justine pose des questions mais Thomas garde le silence et Hélène reste évasive. Quand soudain Justine se souvient. Elle sait où elle a vu ce visage. Mais surtout elle sait qu’elle est en danger.

8-            Son père et elle sont tombés dans un traquenard sûrement préparé de longue date par Hélène et le ravisseur. Thomas est à coup sûr dans la confidence et ses recherches n’étaient qu’un habile subterfuge. Justine doit fuir. Mais comment, et où ?

9-            Le camion se gare dans un lieu isolé. Justine sent que le piège se referme et avoue qu’elle a reconnu l’homme. Il était sur une photo avec Hélène. Profitant de l’effet de surprise Justine s’échappe.

10-         Thomas la déniche. Sa belle-mère lui explique que l’homme est extrêmement violent. Capable du pire. De tuer. Hélène tente de prévenir la police mais le téléphone ne capte aucun réseau. Justine peut-elle vraiment leur faire confiance ? Ont-ils la moindre chance ?

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