La crotte sacrée

Hervé Lénervé

De tous temps, les religions se sont emparées des sites qui ont eu des vertus thérapeutiques non expliquées, magiques... miraculeuse, quoi !

Il a été découvert dans une clairière sereine d'une forêt sympathique... une crotte.

Pas une crotte en or, ni en argent, ni même en dollars. Pas une crotte de chocolat, non plus.  Non, une vulgaire crotte de rien, une crotte d'humain sans doute, car il y avait plein de papiers tout-autour. A moins que ce ne fût une crotte de renard, car je ne suis pas très au fait de l'hygiène annale des renards. Bon admettons, une crotte d'humain ou de renard à la rigueur, mais certainement pas de caribou, en tout cas, car ils n'ont jamais été présents sous nos climats et entre nous, comment ferait le caribou pour se torcher le cul avec ses sabots, je vous le demande ?

OK ! Or, figurez-vous qu'un randonneur, blonde à grosse poitrine, le randonneur, a glissé et est tombé le nez dans le ruisseau... non, pardon... dans la crotte - et NON, on ne peut pas changer -  et figurez-vous encore – on peut dire que vous allez être drôlement bien figurés, vous -  que la maladroite qui avait une pauvre maladie orpheline de papa et de maman a été guérie par la crotte, elle-même, en personne, her-self.

Le fait se sut et il n'en fallut pas plus, pour que la crotte devienne la SCS que l'on connait, la « Super-Crotte-Sacré ».

Des pèlerins vinrent de toutes parts, à pied dans des cars bondés, pour se badigeonner, pour les plus pusillanimes, de SCS. Les vrais dévots en absorbaient en scandant des prières en rap.

Un barnum fut monté. Une fanfare céleste y jouait à plein poumon. On vendait de la bière bénite et des frites divines. Des ambitions de mystical resort furent envisagées. Mais la SCS n'était pas bien grosse, elle ne pouvait subvenir à tant de ferveur.

Il fallut avoir recours à la multiplication des boudins, mais comment faire autant de répliques de la SCS pour satisfaire à la demande croissante ?

Le problème fut résolu en installant des toilettes publiques à l'entrée payante de la clairière. Par rétro-défécation la SCS s'autofinança.

Ainsi les fidèles purent en toute abondance faire bombance et se soigner dans l'excrément miraculeux, puis repartir chez eux – guéris ? -  non, pas guéris, mais chez eux, quand même.

Le consortium qui géra les profits de la « Super-Crotte-Sucrée » (oui, on y avait ajouté un peu de glucose) en créant une Super Multinationale explose au CAC-40. On parle même de faire une Super Production avec effets spéciaux en relief et en odeur  à son sujet.

Y a pas à dire, c'est beau les croyances !

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