La perle noire

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Les sabots d’Otis cognaient dans le van, à tel point que Martial se demanda s’il ne ferait pas mieux de redescendre du 4 X 4 afin d’aller vérifier une dernière fois que l’étalon était en sécurité, avant de prendre la route.

Le cheval était plus qu’agité, et la traversée des trois départements promettait d’être longue.

Martial se dit alors qu’il aurait peut-être dû accepter la proposition de Jacques, de l’accompagner. Mais il avait choisi d’effectuer ce voyage seul, afin d’éviter toute discussion, qu’il sentait pouvant aisément déraper, ce qui n’aurait pas fini d’accentuer sa culpabilité, déjà omni présente.

Il se persuada donc qu’il avait fait le bon choix, et Otis n’avait qu’à bien se tenir ! C’était tout de même à cause de lui, qu’ils en étaient arrivés là. Et si les choses devenaient trop compliquées à gérer, eh bien, il aviserait à ce moment-là.

Il mit son téléphone en vibreur, et démarra.

En ce matin de mai, le Land Cruiser indiquait une température extérieure de seulement huit degrés. Il était six heures du matin, mais cette année, le printemps se faisait capricieux. Martial monta le chauffage, et alluma la radio. Les infos contaient les débordements de la nuit précédente dans une banlieue parisienne, avec quelques véhicules brûlés, une nouvelle hausse du carburant, le corps d’une fillette retrouvé sans vie près d’un étang, dans les Vosges, les manifestations d’agriculteurs contre de nouvelles taxes, et la météo désastreuse.

Il y avait donc des choses plus graves, ce qui n’était même pas réconfortant !

Puis, ce fut l’heure de l’horoscope. Pour les lions, la journée s’annonçait plutôt morose, avec un manque d’entrain certain pour les natifs du dernier décan, et la voix de la sagesse les invitait à prendre du repos.

Du repos, il aurait bien aimé, Martial, pouvoir en prendre un peu, mais il allait falloir attendre l’automne, et la fin des vendanges, avant d’espérer songer à la moindre sieste.

Sans compter que l’été qui arrivait, et qu’il comptait durant cette période, terminer la rénovation de la grange, au fond de sa propriété, et ça bien sûr, en plus de tout le reste.

Une image, toujours la même, l’obsédait depuis une semaine, celle du regard embué et tellement en colère d’Anita, accompagné d’aucun son. Il eut été peut-être plus facile pour lui, s’il avait pu entendre s’exprimer sa profonde indignation ; oui, tout plutôt que ce silence méprisant, et ce regard gravé dans son esprit, et surtout dans son cœur.

Mais pouvait-il vraiment agir autrement ? Oui bien sûr, on peut toujours choisir. Finalement, c’était son gros problème depuis fort longtemps : savoir faire des choix, les meilleurs possibles, ou à défaut, les moins mauvais. Et c’est ce qu’il avait fait, après avoir pesé le pour et le contre, des heures durant.

Il avait choisi, en procédant par élimination, puisque l’option « choix idéal » n’était pas proposée. Et il s’était préservé, lui ! Une fois de plus !

Mais pouvait-il vraiment aller contre la volonté de Marie-France ? Pas sans y laisser des plumes, en tout cas. Il avait tellement galéré pour qu’elle accepte enfin de partager sa vie, qu’il était prêt à beaucoup de concessions, qui devenaient de véritables sacrifices, et qui causaient, par conséquence, des dommages collatéraux, tels que l’immense chagrin d’Anita.

Anita était tout le portrait de sa mère, ce qui était plutôt une bonne chose, par contre elle n’avait pas hérité du caractère endurci de cette dernière, ce qui était une bonne chose aussi. De ce fait, la vie paraitrait sans doute beaucoup plus difficile à cette fillette, qui n’avait alors que dix ans.  

Elle portait de longs cheveux bruns, ondulés, ses yeux étaient bleus marine, et son sourire parfaitement dessiné. Martial se dit alors qu’il faudrait un temps certain avant de pouvoir le voir réapparaitre sur le visage de la fillette.

Lui n’avait pas d’enfant, mais il considérait Anita comme la sienne, depuis le jour où les deux nouvelles femmes de sa vie avaient emménagé chez lui. Sa relation avec elle avait tout de suite été évidente.

La gentillesse émanait d’Anita, tout autant que de sa propre personne. Aimer faire plaisir faisait partie des qualités de Martial. D’ailleurs le début de l’histoire d’Otis au sein de sa propriété du Médoc était essentiellement dû à ce trait de caractère.

Marie-France avait accepté de partager la vie de Martial, trois années auparavant. Ce jour-là, Martial n’en avait pas cru ses oreilles, Marie-France l’avait appelé, et lui avait simplement dit que si sa proposition tenait toujours, il serait de bon goût de prendre sa voiture pour aller les chercher, sa fille et elle, maintenant. Bien entendu, Martial ne se l’était pas fait dire deux fois, et il avait obéi, séance tenante, à la femme qui faisait battre son cœur depuis bientôt deux ans, autant dire une éternité.

Marie-France avait été mariée au père d’Anita, mais ce dernier avait rencontré la faucheuse, lors d’un voyage professionnel. Anita avait alors cinq ans. La fillette n’avait que de vagues souvenirs de ce père, trop souvent absent, mais cependant, très aimant de sa « tite princesse », comme il l’appelait.

Une ombre planait toujours dans l’esprit de Marie-France. Bien que l’affaire ait été classée, et que la théorie de l’accident, retenue, elle ne pouvait s’empêcher de se demander si quelqu’un n’avait pas un tant soit peu, forcé le destin. Elle, qui ne s’était jamais intéressée aux activités professionnelles de son mari, avait nettement déchanté, lorsqu’elle avait dû refuser l’héritage de ce dernier, se faisant expliquer par le notaire, que le passif était plus important que l’actif.

Marie-France avait l’habitude des mondanités, milieu où elle excellait, venant elle-même d’une sphère sociale favorisée, et son mari lui avait permis, financièrement, d’organiser régulièrement des réceptions dans leur manoir girondin. Du moment qu’elle n’en manquait pas, l’argent n’intéressait pas Marie-France. De ce fait, elle savait son mari dans les affaires, aussi vague puisse être l’expression, et c’était pour elle, bien suffisant.

De plus, Antoine était gentil, plutôt bel homme, et lui laissait une totale liberté. Entre eux deux, les rapports étaient harmonieux, quoique peu passionnels, et Anita avait vu le jour, un peu par hasard.

Ce ne fut qu’après le décès brutal d’Antoine, que Marie-France fut bien obligée de voir la réalité en face, son mari était impliqué dans des affaires plus ou moins louches.

Toujours est-il qu’après le problème de la succession, promptement réglé celui-ci, la situation de Marie-France devint vite beaucoup moins confortable. Ce fut d’ailleurs quelques mois plus tard, qu’elle rencontra Martial.

Martial se trouvait à présent sur l’autoroute A 62, à une soixantaine de kilomètres de chez lui, à peu près au niveau de Mérignac. Il roulait en respectant les limitations de vitesse, et pensait arriver chez Laurent aux alentours de dix heures. Il avait contacté son vieil ami la semaine passée, juste après l’incident, qui le menait précisément sur cette route.

Marie-France s’était rendue au centre équestre, afin de suivre son cours hebdomadaire avec Otis. Déjà, à l’écurie, elle l’avait trouvé plus agité que de coutume, mais elle s’était dit que sa nervosité devait être due au fait qu’elle ne l’avait pas monté la semaine passée, et qu’il débordait sans doute d’énergie.

Otis était un magnifique frison de neuf ans dont la toise avoisinait le mètre soixante deux. Sa robe noire était absolument magnifique, lustrée, sa crinière abondante et très longue, ainsi que sa queue et ses fanons, propres à cette race d’une grande élégance.

Bien qu’il fût entier, Otis possédait un caractère plutôt doux et conciliant, ce qui facilitait le dressage, si bien qu’Anita pouvait aussi passer d’agréables moments en sa compagnie, que ce soit sur son dos, ou à l’écurie. La fillette était capable de rester des heures auprès de lui, à le brosser, s’occuper de le nourrir, mais surtout, le câliner. Otis était sans doute son meilleur ami, et l’animal avait un attachement tout particulier pour cette enfant, vis-à-vis de laquelle il se montrait extrêmement doux et patient.

Le centre équestre se trouvant à deux pas de l’exploitation viticole de Martial, la fillette avait pris l’habitude de rendre visite à Otis, d’un coup de bicyclette, tous les soirs après l’école, en plus des mercredis et des weekends qu’elle lui consacrait. Tout ce temps passé à choyer sa perle noire contribuait à agacer sa mère qui, sans le reconnaître, était tout de même un peu jalouse qu’un animal puisse accaparer autant le cœur de sa fille.

En cours, Otis se montrait nettement moins patient avec Marie-France sur le dos qu’avec la petite Anita. Mais Marie-France possédait un bon niveau d’équitation, activité qu’elle pratiquait depuis une bonne quinzaine d’année. Contrairement à sa fille, elle ne prenait aucun plaisir à curer les sabots de l’étalon  ou quoi que ce fut d’autre, dans l’écurie, et laissait ces basses activités au personnel du centre, qui étaient, après tout, payés pour exécuter ces tâches. Elle avait donc bien du mal à comprendre la passion de sa fille, qui elle, ne se limitait pas à se pavaner sur une bête d’une beauté exceptionnelle.

Donc, ce fameux mercredi après-midi, Marie-France sella Otis, et se dirigea vers le manège. Ce jour-là, ils n’étaient que cinq à suivre le cours donné par Philippe. Sonia avait appelé Marie-France dans la matinée pour l’informer qu’elle n’assisterait pas au cours car elle avait un rendez-vous qu’elle n’avait pu décaler, chez l’orthodontiste, pour son fils. Il se trouvait, par conséquent, que ne s’ensuivrait pas la pause thé-pâtisseries fines habituelle du mercredi, avec son amie.

Des qu’elle prit place sur le frison, Marie-France trouva qu’il bougeait beaucoup ses petites oreilles pointues, chose qui n’était pas bon signe chez lui, comme chez la plupart de ses congénères d’ailleurs.

L’échauffement se déroula de façon habituelle, mais Otis semblait toujours bien plus stressé que d’ordinaire. Philippe décida de poursuivre le cours dans la carrière, et indiqua qu’ils allaient faire un peu d’obstacles.

Lorsqu’il fut en plein air, Otis accéléra les cadences, et Marie-France eut toutes les peines du monde à le maintenir, jusqu’au moment fatidique où l’étalon refusa l’obstacle, en éjectant sa cavalière. Marie-France tomba quant à elle juste au ras des barres, dans un cri épouvantable.

Bien que les chutes soient nombreuses et fassent partie intégrante de ce genre d’activités, Marie-France fut affreusement vexée de s’être étalée de la sorte, qui plus est, devant des spectateurs, qu’elle avait entendu quelques minutes auparavant, vanter la carrure, la beauté et le caractère de sa monture. Il était donc clair, qu’une fois par terre, recouverte de poussière, elle était tout de suite beaucoup moins chic. Elle souffrait juste au niveau de la cheville droite, ce qui était un moindre mal, au vu de sa chute spectaculaire, mais qui n’était rien à côté de son orgueil blessé au plus haut point.

Ne pouvant conduire, Marie-France s’était faite raccompagner par Benoît, un des palefreniers du club, tandis que Philippe s’était chargé de rentrer Otis au paddock.

Aussitôt à la maison, elle avait tout juste remercié Benoît, qui lui avait pourtant proposé de la conduire chez le médecin, et avait aussitôt appelé Martial sur son portable pour qu’il vienne au plus vite s’acquitter de cette tâche.

Martial, qui était au volant depuis bientôt deux heures, se rappelait au détail près, de cette fin d’après-midi. Il était alors en réunion, à la coopérative de Pauillac lorsque son portable avait vibré au fond de sa poche. Quand il avait vu le nom de sa moitié affiché sur l’appareil, il s’était excusé et étais sorti prendre l’appel dans la cour. C’est une voix entrecoupée de sanglots qui lui demandait de rentrer séance tenante afin de l’emmener passer une radio car elle avait sans aucun doute la cheville cassée. Ce fut, bien sûr, ce qu’il fit.

Le diagnostic du médecin fut cependant plus modéré, puisqu’il affirma qu’il s’agissait simplement d’une entorse, et prescrit à Marie-France un anti-inflammatoire et des compresses de glace à renouveler toutes les trois heures. Il lui fit un strapping, et lui conseilla du repos.

Ce ne fut que sur le trajet du retour que Marie-France fit part à Martial de sa décision de se séparer de ce satané cheval. Sur le moment, il ne prit pas cette demande au sérieux, mettant cette disproportion sur le compte de la douleur, mais le soir venu, Marie-France exigea qu’il s’occupe immédiatement de la vente de l’étalon.

La scène eut bien entendu lieu devant Anita, qui partit en courant se réfugier dans sa chambre, où trônaient des dizaines de photos d’Otis.

Martial essaya de raisonner sa compagne, sans succès. Et dans tout le côté théâtral qu’elle pouvait adopter, elle alla même jusqu’à lui indiquer que c’était, où le cheval, où elle, à lui de choisir.

Martial se dirigea vers la chambre d’Anita, à l’étage, et frappa doucement à la porte. Lorsque la petite l’ouvrit, en larmes, elle le supplia de garder Otis, il la prit dans ses bras, mais ne sut que répondre. Lorsqu’il reposa la fillette, elle le fixa droit dans les yeux, en attendant une promesse, qui ne vint pas, et son expression se fit étonnamment dure pour une enfant de cet âge-là.

Martial était très amoureux de Marie-France, et redoutait sans cesse qu’elle le quitte. Pourrait-il le supporter si cela arrivait ? Il n’en était pas sûr ! Pourtant, que lui apportait-elle vraiment ? Une présence, d’accord, mais il aurait aspiré à un peu plus de chaleur venant de la femme qui partageait sa vie depuis maintenant trois ans. Marie-France ne se montrait que très rarement affectueuse envers lui, et encore plus rarement de sa propre initiative. Ces états démonstratifs correspondant, pour la plupart, à de la reconnaissance lors de cadeaux, offerts généreusement par Martial.

Il aurait apprécié que cela arrive aussi, de temps à autre, sans occasion particulière, juste pour le plaisir de partager un moment d’intimité. Mais il avait compris qu’il était frustrant d’être en attente, et se consacrait à son travail, dans lequel il était reconnu à sa juste valeur.

En ce qui concernait Otis, c’était justement lui, qui lui avait offert, pour ses trente cinq ans, après l’avoir entendue dire qu’elle adorait les frisons. Elle fréquentait déjà le club où avait eu lieu l’incident, et trouvait plus approprié de monter un cheval lui appartenant. Martial avait alors déniché la petite merveille chez son ami Laurent, vers chez qui il faisait le trajet inverse aujourd’hui.

Martial mit les essuie-glaces, une petite pluie fine s’abattant désormais sur la route. Il se souvenait très bien de ce jour-là, peut-être un de ces meilleurs souvenirs auprès de Marie-France. Il l’avait d’abord réveillée avec des croissants chauds et du café qu’il avait pris soin de lui porter au lit. Sur le plateau, une petite boite en carton blanc contenait un foulard. Elle avait d’abord été perplexe d’un si petit cadeau, mais il s’était empressé de lui expliquer qu’il désirait lui bander les yeux pour la conduire à son « vrai » cadeau, ce qui l’amusa énormément. Elle piaffait d’impatience, un large sourire illuminant son joli visage, et Martial était plus amoureux que jamais.

Arrivés au centre équestre, il l’avait aidé à descendre de la voiture et lui avait donné le bras pour la guider jusqu’à la carrière, la même où finissait l’histoire, où Philippe avait installé Otis, pour l’évènement. Lorsque Martial lui avait ôté le foulard, elle était d’abord restée bouche bée devant l’étalon, et lui avait ensuite sauté au cou. Elle l’avait trouvé tout simplement magnifique, ce qui était l’avis de tout le monde.

Elle l’avait monté lorsqu’ils étaient revenus l’après-midi, habillés pour l’occasion, et s’était émerveillée tout le long du repas, le soir, dans un restaurant classé de la région, que Martial avait choisi avec soin. La nuit qui suivit fut elle aussi remarquable, et Marie-France se révéla plus entreprenante que jamais, pour le plus grand plaisir de son amant.

Fallait-il offrir un frison à quinze mille euros pour prétendre à une nuit d’amour digne de ce nom ? Martial espérait secrètement que la satisfaction de ce cadeau lui octroierait en tout cas plusieurs nuits comme celle-ci.

Martial arriva enfin chez Laurent. Ce dernier avait été très surpris quand Martial l’avait contacté pour lui demander s’il connaissait quelqu’un de confiance qui pourrait lui racheter Otis, et il avait aussitôt proposé de lui reprendre lui-même, et au prix qu’il le lui avait vendu, deux années auparavant. Otis était issu d’une des meilleures lignées, c’était un excellent reproducteur, et il possédait de vraies aptitudes au dressage.

Les deux hommes firent descendre Otis du van, et Laurent l’amena au paddock, afin qu’il puisse se défouler. Il entraîna ensuite son ami dans son bureau où il lui servit un café noir.

Lorsque Martial eut fini de lui raconter toute l’histoire, avec ses craintes de perdre Marie-France, sa culpabilité devant les yeux d’Anita, et aussi devant ceux d’Otis, Laurent se leva, et lui dit qu’il serait peut-être temps qu’il écoute son cœur, et qu’il assume d’avoir des pensées en désaccord avec sa compagne, que l’animal n’était pas un objet de caprice, et aussi que Cathy l’attendait dans sa cuisine, et qu’une côte de bœuf allait l’aider à réfléchir à tout ça.

Cathy et Laurent formaient un couple uni, chez lequel il faisait bon venir se ressourcer.

Lorsqu’ils sortirent du bureau de Laurent, Cathy venait à leur rencontre. C’était un petit bout de femme de tout juste trente ans, qui était très jolie. Pas du tout du style de beauté de Marie-France, beaucoup plus sophistiqué. Non, Cathy était plutôt petite, menue, ses cheveux blonds coupés courts, et ses tenues vestimentaires variaient de la culotte d’équitation classique recouverte par des mini-chaps, au vieux jean délavé. Martial ne se souvenait pas de l’avoir vue en robe, un jour. Elle s’occupait principalement du débourrage des poulains, était passionnée par son métier, et possédait un sens pratique indéniable.

Ses yeux gris, dépourvus du moindre maquillage, reflétaient une intelligence hors du commun.

Après les embrassades de retrouvailles, les trois amis se dirigèrent vers le paddock où se trouvait Otis, et restèrent un moment silencieux à observer l’animal qui broutait paisiblement.

Le temps s’était levé et Cathy proposa de déjeuner en terrasse. Martial avait porté une caisse de Pauillac Grand Cru 2005, et Laurent ouvrit l’une d’entre elles.

Le repas se déroula à se remémorer les bons souvenirs de leur passé d’étudiants, car les deux hommes s’étaient connus sur les bancs de la fac. Ils avaient aujourd’hui quarante quatre ans, et, le vin aidant, se sentaient presque rajeunir, sous l’œil amusé de Cathy.

Cette chaleureuse compagnie faisait le plus grand bien à Martial, qui décida, sous leur influence, de profiter de cette journée bigourdane. C’est ainsi que Laurent le promena au cœur de son élevage, lui faisant admirer tel ou tel poulain. A la fin de la visite, Cathy décréta qu’il était hors de question que Martial reprenne la route dans la foulée, qu’elle allait plutôt leur préparer des côtelettes d’agneau assorties d’un gratin dauphinois pour le dîner, et qu’il repartirait le lendemain matin, après une bonne nuit de sommeil.

Etonnamment, Martial ne se fit pas prier, et téléphona à Marie-France, pour la prévenir qu’il découchait. Celle-ci fut évidemment très surprise de cette information, mais ne fit aucun commentaire désobligeant à ce sujet.

La soirée fut passablement arrosée, et Cathy jugea le moment opportun pour expliquer à son invité, son point de vue sur un certain équilibre indispensable, selon elle, au sein des relations en général, et des relations de couple, en particulier. Elle enchaîna habilement sur l’importance de nos actes et décisions prises devant les enfants, et toucha là un point très sensible chez Martial.

Si bien qu’au milieu de la nuit, Martial avait décidé de rentrer avec Otis, de s’affirmer devant Marie-France, et surtout de voir de l’admiration dans les yeux d’Anita.

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