La tortue et la fusée

Gabriel Meunier

Relisons Jean de la Fontaine...On additionne pas des choux et des carottes, sauf si on les numérise !

 

 

Rendons nous à l'évidence : depuis Jean de La Fontaine, dans le monde des "fables" moralisatrices, la tortue, peu bavarde, a cédé la place aux Amish, et le pauvre lièvre s'est métamorphosé en fusée.

Pourquoi ?

A l'époque, si la tortue était affublée de quelques défauts, muette, presque bougonne au regard du lièvre, elle apparaissait finalement pleine de sagesse. Accuser les Amish d'être des attardés, des has been est tout simplement scandaleux pour la simple raison que ce groupe social n'a jamais eu pour objectif ultime de conquérir l'univers, ce que la conquête spatiale vise à moyen terme.

Elon Musk n'a-t-il pas commencé en force ?

 

Indéniablement la fusée va plus vite que le lièvre ; mais pour quoi faire ? "aller plus vite" ? Aller plus loin, vous l'avez compris, et très loin. Or les ressources en carburant, métaux rares vont vite manquer sur terre…d'où la nécessité d'aller creuser ailleurs.

D'où aussi grandioses projets, méga investissements qui génèrent des conflits et la mise en place d'une impitoyable sélection de "cerveaux" , une division du travail phénoménale, une circulation accélérée des produits, des hommes et des capitaux.

 On est loin de la quasi-autarcie de la Villa romaine !

 

Cette compétition sélection s'effectuant sur des critères de plus en plus pointus, les régions déjà défrichées - et polluées - sont abandonnées, et symétriquement les êtres malades, lents, "handicapés' sont eux aussi rejetés sur le bas côté de la vie.

 Plus globalement l'analyse du capitalisme par Joseph Alloys Schumpeter (1883 - 1950) repose largement sur ce qu'il appelait un "processus de destruction créatrice". Selon lui, si la machine à vapeur à réduit à néant les diligences, elle a créé des emplois dans les chemins de fer ; plus tard le pétrole balayera le chemin de fer…

Ainsi l'innovation serait LE moteur du capitalisme, surtout les innovations majeures, dans un secteur clé (énergie notamment).

 

Parallèlement, le mythe de la frontière à dépasser ou repousser (en "conquêtes"), mobilisant personnages, énergies, capitaux, valeurs s'est métamorphosé périodiquement : après les grandes explorations, la révolution industrielle en Europe, la conquête de l'Ouest en Amérique, maintenant la conquête spatiale (pour quelques privilégiés (?)…

Mais pour l'électricité, c'est plus compliqué. D'une part car c'est une forme d'énergie secondaire, alors que les grandes compagnies pétrolières (Les "majors" contrôlent l'énergie primaire) sont peu nombreuses et très puissantes ; d'autre part l'électricité permet à des PME de subsister (zones de montagne p ex), d'où de nouvelles innovations (selon Shumpeter). Ceci suppose un vaste réseau de distribution centralisée (nationalisé).

 

Tout cela peut nous aider à passer au crible les différents projets proposés par les grandes "instances dirigeantes" en matière d'investissements, de monnaie et de fonctionnement de la démocratie.

A la suite des deux chocs pétroliers nombre de pays se sont lancés dans l'aventure nucléaire ; les déboires de fiabilité technique, les pertes de savoirs des générations fondatrices et la complexité abyssale des sous traitants réduisent de jour en jour la production nucléaire effective.

 

Ne dérogeons pas sur un point : si l'électricité est bien LA forme d'énergie la plus à même (et par nature, les électrons étant "anonymes") de contrôler tous les flux (déplacements, consommation, médias, télé-santé…), ceci étant beaucoup plus difficile avec le charbon ou le pétrole.

 

Bien plus qu'un bout de papier (carte d'identité), l'électricité permet définitivement d'attribuer un numéro à chaque individu et d'assoir un contrôle politique sans limite de la société . On comprend pourquoi le gouvernement encourage le solaire photovoltaïque, au lieu du solaire passif.

 

En guise de conclusion : Panem et circenses ?

La concentration des grandes entreprises aboutit à l'avènement d'un sentiment d'hostilité générale contre le capitalisme. Mais « la masse du peuple n'élabore jamais de sa propre initiative des opinions tranchées [et] elle est encore moins capable de les énoncer, ni de les convertir en attitudes et en actions cohérentes. » 
Extrait de l'article JA Shumpeter sur wikipédia

 

La Santé, La Sécurité, le Bien (beau, réussi…) sont donc devenus des objectifs jamais atteints car sans cesse repoussés, devenant des voies royales pour une mise au pas généralisée. Alors soyons lucides ; cette immense toile, cette lugubre stratégie n'est que le pendant d'un refus quasiment général de la mort, de la pourriture, de la poussière et de l'échec. "On" a fait de la vieillesse une maladie, une marchandise parmi d'autres.

 

Soyons un peu plus humbles ; oublions les tours de centaines de mètres de hauteur, les grandes messes (cout du Mondial 2022 : 200 milliards selon le Monde), combien pour les JO de Paris ?

 

Mais la leçon n'a pas réussi à la FIFA :

Coupe du monde 2026 : trois pays d'accueil, 104 matchs,  milliers de km entre 16 stades pour les équipes, 48 pays

 

Le premier  Tour de France eut lieu en 1903, du 1er au 19 juillet, plus de 2400 km en 6 étapes !

Le tour de France a crevé de la drogue (et pas que lui), mais pas que. Drogue du fric du clinquant, du record… Entre la lettre et le chiffre, c'est lui qui a gagné. Napoléon en savait quelque chose avec son système métrique devenu universel.

 

Que le goût de la fête soit nécessaire à toute humanité et permette un temps d'oublier des limites, de "faire comme si" et d'aller très loin, certes, il faut bien parfois rêver.

 

Mais la fête tous les jours ou partout, c'est le bagne, ou le cauchemar !

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