La villa ratée. (2)

effect

Extrait de: "Une jolie bouche c'est comme une jolie phrase: tu ne cesses de te la répéter de peur de te l'oublier."

Dans notre villa ratée, j'avais mis des pièges à lapin pour la sécurité, alors que d'autres auraient mis de la vidéo-surveillance: la tapette a l'avantage de fonctionner en cas de coupure de courant.

- C'est des tapettes à souris qu'on met dans les maisons, pas des tapettes à lapins ! T'as déjà vu un garenne bouffer du gruyère ?

Les garennes de Betty venaient généralement la nuit, quand je sortais le chien. Ils profitaient de mon absence pour tenter de sauter de derrière les thuyas...

- Tu lui fais faire un grand tour... un tour assez long, hein ? Il a fait de la palliasse toute la journée !

- Oui mon cœur.

Nous avions durant les vacances, hérité du chien de sa mère: Misère, un teckel de 13 ans d'âge, atteint de croûtes et accessoirisé de deux petites roues montées sur l'avant. Il était tellement moche de par sa race et à plaindre de par son handicap que sa maîtresse le sortait avec une couverture sur le dos. Cet été là, et pour dynamiser son look, elle nous avait refilé une serviette de plage offerte au Leclerc de Villeparisis pour l'achat de 2 produits de la gamme solaire de chez Nivéa: une reproduction de Mickey en impression flocage sur un surf  de couleur bleue.

Misère portait le regard si bas que ses dents faisaient des étincelles en longeant les trottoirs. Avant de chier au platane (il y a toujours un platane de garé quelque part), Misère tournait en rond sur lui-même, si bien que la longueur de son véhicule faisait que parfois il en avait plein la calandre. Misère puait de temps en temps la merde.

Ce soir-là, durant cette promenade de complaisance (on promène généralement un chien pour s'assurer de la qualité de ses besoins et réfléchir aux rideaux qu'on pourrait mettre à la cuisine), je pensais au parfum de la mort: avait-t-elle celle de l'odeur de Misère au pied de cet arbre ? En fouillant dans une de mes poches pour en extraire un sac à crotte et en terminer avec cette ténébreuse pensée, je tombais sur une de mes tablettes de chewing-gum au goût menthol que je garde en cas de mauvaise haleine après l'amour. J'en profitais pour me la frotter sur les bras, comme le ferait avec du savon en pâte un garagiste après la dépose d'un moteur. J'insistais sur les parties sombres et grasses des avants-bras, en pensant à la petite phrase assassine que j'allais lui foutre dans la gueule (la compassion aurait été pour lui un sentiment de pitié de plus, alors que l'insulte, une raison de se battre):

- On ferait mieux de t'enlever la direction, ça t'éviterait de rouler dedans !

Misère perdait régulièrement son petit manteau à l'approche d'une femelle désirable. Sa queue étant le seul moyen d'expression à son acuité visuelle, que celle-ci finissait par dégrafer sa tenue de camouflage lors de ses premières palpitations caudales. Les filles fuyaient quant à la vue de son pot d'échappement, qui à lui seul, représentait tout de même un bon tiers de la surface totale de l'engin.

Sur le retour, un homme se tenait de douleur un pied devant la maison...

  • Sympathique et drôle avec ce qu'il faut de profondeur, au cas où… (regarde bien l'accent sur le ù qui échappa au regard affuté d'Edgar) ;))

    · Il y a 4 mois ·
    Avatar

    nyckie-alause

    • Edgar enlève ses posts comme autant ses textes ! Alors je ne peux rien voir de ce que tu as vu :)

      · Il y a 4 mois ·
      Portrait cretin des alpes

      effect

  • Heureusement les chiens n'ont pas de complexes. Ils sont plus heureux que nous en fait !

    · Il y a 5 mois ·
    Louve blanche

    Louve

    • C'est à débattre :)

      · Il y a 4 mois ·
      Portrait cretin des alpes

      effect

  • C’est pitoyable ces chiens, souvent paralysés du train arrière, sur des roulettes. Maintenant, les bestioles ne semblent pas s’en formaliser plus que cela, elles semblent heureuse et frétillent de la queue, si on leur regonfle les roues. :o))

    · Il y a 5 mois ·
    Photo rv livre

    Hervé Lénervé

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