L'ALCOOL

Hervé Lénervé

« Bon, honnêtement, je ne crache pas dessus. Je bois comme tout le monde… »


Je dis cela pour me dédouaner, car tout le monde ne boit pas toujours de l'alcool ! Si, si, j'en connais ! Ne serait-ce que ma femme. Généralement, je n'ai pas d'affinité particulière avec eux, les buveurs d'eau, excepté pour ma femme puisque je l'aime et que c'est ma femme, pardi !

Je dis cela pour me dédouaner, car je bois peut-être plus que tout le monde, mais là n'est pas le sujet, on s'en fout ! J'aimerais aborder, ici, avec la modestie qui me caractérise (comme ça, ça aussi, c'est dit !), une analyse psychosociologique des effets désinhibiteurs de l'alcool sur le buveur. Ce que l'on va apercevoir ici (si ! Si l'on regarde bien), ce sont les personnalités, les caractères, complètement champagnés par deux coupes de chamboulé.

1)   Le bourré provocateur : Il cherche par des répliques spirituelles ou en rase mottes à faire réagir le gringalet comme l'haltérophile. Généralement, il y arrive et finit inévitablement accroché au lustre du salon par l'haltérophile, car le gringalet est parti fumer une cigarette, ou pire, dans les chiottes.

2)   Le bourré agressif : Lui, il se fout des répliques spirituelles, il se plante à moins de cinq centimètres de votre nez et vous hurle des borborygmes dans une langue borborygmique à laquelle on ne comprend strictement rien, à moins d'être natif du pays sur cinq générations.

3)   Le bourré amoureux : lui, il est marrant, du moins, dans une certaine mesure, dans la mesure où il ne vous a pas désigné comme l'élu(e) de son cœur. Comme tout amoureux qu'il est, il l'est avec tout le monde, sans le moindre discernement. Voici mon bourré, qui me connait pour mes penchants bêtement hétérosexuels, me coller, m'enlacer, me bisoter à la moindre occasion et sans la moindre occasion, aussi. Il est comme cela, le bourré amoureux, il est amoureux, vous lui présenteriez une horloge comtoise, qu'au bout de cinq minutes, il la demanderait en mariage. (remarquez, qu'il ne manquerait pas d'air, non, d'heure avec une telle femme en valsant, enlacés tous deux, sur le tapis ou la table basse du salon.)

4)   Le bourré optimiste : il croit dure comme fer à un avenir meilleur. Il vous vend, en la ventant, une centrale nucléaire de poche à monter en kit dans votre carré de verdure. Seule solution pour produire sans aucune pollution carbone. Il croit encore que de l'homme va accoucher une raison nouvelle pour l'humanité, celle de la Sagesse. Il est comme ça, notre bourré optimiste et pourquoi faut-il que la seule écoute qu'il rencontre soit celle du…

5)   Bourré sceptique : là on va les laisser ensemble, déplier leurs avenirs pour le Monde. Ils ne seront, certes, jamais d'accord, cela se terminera peut être par quelques coups de bec, de couteaux, d'épées à dix mètres et de pistolets à bouts portants, mais dans l'ensemble, ils foutront la paix aux autres, moins impliqués philosophiquement dans l'avenir de la vie dans le cosmos.

Passons rapidement sur le bourré cumulard, qui vous crie des platitudes à gueules touchantes avec une haleine de chacal.

Le bourré maladroit qui vous ruine un intérieur en deux fois moins de temps que trois, j'irai dans les bois. (Eh, vous êtes marrants, vous ! Vous croyez que votre narrateur vous narre cette étude sociologique en ayant absorbé que de la Badoit.)

Le bourré chanteur qui revisite tout le répertoire de Gérard Lenormand en l'imitant avec strabisme plus vrai que nature et accent picard plus faux que Stone de la série « Stone et Charden ». (Très pittoresque celui-là, je vous le recommande.)

Le bourré thésard qui vous détricote sa thèse de docteur ès médecine sur les vertus de la verrue pityriasis versicolore et autres mycoses de la peau qui vous feront vous gratter toute la fin de la soirée.

Le bourré rigolo qui revisite toutes les blagues de l'air du temps en les mélangeant sauce moutarde et en oubliant souvent la chute qu'il vous la réclame à grands coups d'arguments, comme si vous la connaissiez déjà. «  Mais si, tu sais, tu la connais… attend… le mec il dit à sa femme… mais si, tu sais bien… » (Maintenant, certain comme il est, que l'on savait, pourquoi nous l'a-t-il raconté, alors ??? Parce qu'il est bourré, justement, ah, oui, j'oubliais !)

Le bourré alcoolique dans les prés, très bucolique, le colchique.

Le bourré croyant encore à Dieu, parce qu'il vient de découvrir que le père Noël n'existait plus.

Le bourré toucheur-déshabilleur qui vous parle en triturant tous les boutons de votre teeshirt.

Le bourré passé par ici, le bourré repassant par là. Cette liste ne sera pas exhaustive, je ne veux pas y passer la nuit, j'ai des verres de retard. Donc pour en finir une bonne fois pour toute, ma bonne dame.

Après le bourré thésard, le bourré taiseux, lui, il est bien. On le laisse dans son coin, il boit seul, jusqu'au bout de son ivresse, sans faire chier personne, à se demander pourquoi il ne s'est pas saoulé chez lui, dans son lit ? Parce qu'il préfère dégueuler sur votre sofa, c'est son droit.

Voilà, je sais cela n'a rien de folichon ces soirées, on les critique à jeun, puis on recommence le lendemain.

Dur ! Dur ! La vie de pochtrons !

  • ... et la bourrée bretonne ? ... Bon ok, je sors :o)

    · Il y a 17 jours ·
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    daniel-m

    • N’oublie pas de laver ton verre en sortant, merci !

      · Il y a 17 jours ·
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      Hervé Lénervé

  • Et le bourré digne, qui, droit comme un i essaie de ne pas montrer qu'il est bourré. Celui-là en général, après avoir résisté longtemps, s'écroule d'un coup par terre, de tout son long, à la grande surprise de l'assistance ( qui pensait vraiment qu'il n'était pas bourré)

    · Il y a 18 jours ·
    P1000170 195

    arthur-roubignolle

  • Il y a aussi le bourré auvergnat, toujours accompagné de sa femme (la bourrée auvergnate!)

    · Il y a 18 jours ·
    P1000170 195

    arthur-roubignolle

  • Bien vu, et dans cette galerie de pochtrons, il y aussi le bourré solitaire qui, le verre à la main va de groupe en groupe, on sent qu'il voudrait bien se mêler aux conversations, mais il y renonce à chaque fois et s'en va titubant, portant avec lui toute la solitude du monde...

    · Il y a 18 jours ·
    P1000170 195

    arthur-roubignolle

    • Fine observation. Ce bourré solitaire errant de groupes en grappes jusqu’au bout de la nuit, jusqu’au bout de son ennui et se pendant au matin, chagrin de n’avoir pu placer son histoire de « Toto et tata vont au marché… »

      · Il y a 18 jours ·
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      Hervé Lénervé

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