L'apocalypse est moins pénible au soleil

yodeux

01

01/12/2012

 

6h30, les yeux s'ouvrent difficilement et déjà, la première remontée acide et la boule au ventre s'installe, insidieuse. Il sait déjà qu'elle ne le quittera pas de la journée. Petit déjeuner avalé à la hâte, et première cigarette fumée dans la foulée... Gagner du temps pour rester plus longtemps sous l'eau chaude et sa vapeur qui envahit la salle de bain, le protégeant contre ce monde qui lui fait si peur. Il s'habille, un peu au hasard, et quitte son minuscule appartement, cocon mal rangé, mais si confortable, paré à affronter le froid et les embouteillages. Le moteur démarre, le chauffage réchauffe peu à peu l'habitacle et bien vite, il rouvre la fenêtre pour pouvoir fumer. La route défile et l'angoisse monte peu à peu... Encore une journée là-dedans, encore une journée à supporter ce chef incompétent, les appels de clients tout plus cons les uns que les autres et à attendre lentement que l'horloge tourne et le libère enfin.

Premier ralentissement, traversée d'un village qui n'a pas su s'adapter au trafic généré par la zone d'activité construite plus loin. L'angoisse monte un peu plus. Il a envie de laisser sa voiture là, de partir, de marcher sans but... Il n'a jamais supporté les embouteillages, l'impression d'étouffer, la concentration nécessaire pour ne pas rentrer dans le cul du mec devant l'empêche d'atteindre le stade hypnotique de la route parcourue en mode automatique. Mais il doit le faire, il doit aller dans ce mouroir tertiaire qui lui permet de bouffer tous les mois, troquer sa santé mentale contre un paquet de pâtes. Première pilule de là journée, qui reste coincée dans sa gorge sèche et serrée.

Le parking, enfin, après 45 minutes d'un trajet qui lui a paru une éternité. Se garer et souffler une dernière fois. Une sorte de trac l'étreint chaque jour, comme lorsqu'il faisait du théâtre, dans une autre vie. Mais à vrai dire, il en fait du théâtre, tous les jours. Il éteint son moteur, respire profondément et entre dans ce personnage de bon collègue un peu râleur mais pas méchant. "C'est important de respirer avec le ventre" lui disait son prof de théâtre, pour qui il a gardé une admiration sans borne. Alors il respire, gonfle son ventre, expire, lentement et la boule semble partir un peu. Il ouvre la portière, attrape son sac et se dirige vers l'immeuble... Les tempes moites, le coeur qui semble battre dans ses oreilles et le regard qui n'arrive pas à accrocher quoi que ce soit. La carte magnétique, perdue au fond de la poche, tarde a tomber entre ses doigts...

ENTRÉE RÉSERVÉE AU PERSONNEL HABILITÉ s'affiche en gros sur la porte. Comme si la direction avait voulu faire croire qu'ils étaient des gens importants, des sortes d'agents secrets... Personne n'était dupe, mais la porte restait fermée, par respect pour un protocole imaginé par un cadre parisien n'ayant jamais vu la réalité du terrain un jour.

Le déclic de la porte automatique au passage du badge lui indique le début de la journée, un rapide bonjour, les politesses, les plaisanteries... Putain qu'il aime ses collègues, enfin la plupart. Sans eux, sans les blagues douteuses, les regards entendus quand le chef passe ou les sourires de soutien quand ils voient que ça va mal, il aurait pété un plomb pour de bon depuis longtemps. Mais à peine les politesses échangées, le téléphone sonne, il rejoint son box, s'installe et décroche.

- Tu peux venir dans mon bureau s'il te plait ? annonce son chef sans même le saluer

- J'arrive...

Le téléphone reposé, il se lève lentement, sous les regards complices et désolés de ses collègues.

La porte ouverte du chef, trois coups sur la chambranle et il pointe la tête dans le bureau, apercevant l'imbécile galonné la tête penchée sur son écran d'ordinateur, un tableau Excel des statistiques du service sous les yeux, comme d'habitude.

Avec les présentations PowerPoint, les tableaux Excel représentent le nouveau fléau de l'entreprise moderne. Déshumanisant le travail, réduisant les hommes à de simples statistiques et niant toute la part variable de l'esprit humain, ils sont pourtant la composante essentiellement du jeune manager moderne... À peine 8 heures du matin et il avait déjà envie d'enfoncer le crâne de son chef dans l'écran plat et de lui faire manger une à une les touches de son clavier. Le chef lui indique silencieusement une chaise, il entre et s'assoit, attendant le motif de cette convocation matinale.

- Nous avons un problème... Tes chiffres ne sont pas bons ce mois-ci... Pourquoi ? demande le Chef, avec le regard faussement compatissant de celui qui sait qu'il est en position de force.

- Je m'emmerde à mourir... sérieusement chef, il faut me muter d'ici je n'arrive pas à bosser, mon cerveau tourne au ralenti... répond-il.

- Tu dois encore attendre un an, mais si tu veux partir, il faut que tes chiffres soient bons.

Il regarde son chef le regard vide, plein d'une colère froide... Inutile de répondre quoi que ce soit à cet abruti bouché. Le tableau Excel a parlé, point. Pas besoin d'humanité quand on a des formules de calcul. Il quitte son siège, retient un bon gros crachat, et retourne à son bureau.

En 2004, après 12 mois de chômage, il avait passé le concours pour entrer dans cette grande entreprise, encore publique à l'époque. Persuadé qu'il trouverait là une stabilité et un salaire qui lui permettrait de profiter en dehors proportionnellement à ce qu'il s'emmerdait au bureau. Mais bien vite il avait compris, avec l'ouverture du marché de l'énergie, que cet emploi serait bien vite une prison dorée. Et qu'il se trouve à présent dans le système digestif d'une entité qui détruit l'humain à petit feu, tout en lui donnant l'impression qu'il a une chance inouïe de travailler chez la Pieuvre.

La Pieuvre est le petit nom qu'il avait donné à sa boîte, par rapport à ses ramifications tentaculaires dans le secteur de l'énergie, des télécoms, de l'eau potable... Aujourd'hui, la Pieuvre possède des tentacules partout, et peut contrôler la vie d'un bon nombre de citoyens.

Et pour lui qui était entré là avec une forte conviction de ce qu'est le service public, il souffre chaque jour un peu plus d'être une de ses ventouses.

Après une journée assis à son poste à ruminer une position intenable dans laquelle il est incapable de démissionner, car trop peureux, mais dans l'impossibilité de se plier à des règles qui lui semblait absurdes et iniques il ne rêve que de sortir du bureau surchauffé. L'air devient au fil de la journée de plus en plus étouffant. La gorge sèche, les mains moites, la journée passée à se demander ce qu'il fait là. Comment s'est-il retrouvé dans cette galère, cette prison dorée qui le digère petit à petit ?

Sortir du bureau, pousser la porte qui s'ouvre sur la rigueur de l'hiver provençal et traverser le parking pour atteindre enfin sa voiture. Un dernier signe aux collègues, s'installer au volant de la bagnole. Un vrai frigo mais peu importe, il faut rouler, se sortir de la tête les pensées meurtrières l'ayant habité toute la journée. Une cigarette, première bouffée qui brûle la gorge endolorie par le chauffage étouffant. Il se demande pourquoi il continue à fumer cette merde qui finira par le tuer un jour, et qui lui coûte si cher.

L'embouteillage, comme tous les jours, quitter la zone, et, enfin, la route de campagne, ses virages qui s'enchainent, la musique à fond, il chante, fume, crie, pleure. Il se fait chier. 8h par jour il s'emmerde à en mourir dans un open-space moche. Chaque soir, la libération, quelques minutes à peine, puis reviennent dans sa tête ces moments de la journée où il rêvait de se pendre dans le hall de l'immeuble, devant tout le monde, provoquer une prise de conscience, devenir un martyr. Mais à quoi bon au final... il préfère fermer sa gueule, arriver en retard le matin, repartir à 17h pétante le soir. Petite forme de rébellion, pas le courage de faire plus, mais l'envie de tout plaquer, de tout reprendre à zéro et de ne plus faire les mêmes erreurs.

Le dernier mégot qui fuse par la fenêtre entrouverte, le froid qui s'immisce et mord les doigts à peine réchauffé. Attraper le sac, fermer la voiture, ouvrir l'immeuble, monter les escaliers et enfin, entrer dans l'appartement.

Une nouvelle clope, celle qui fête l'arrivée à la maison. Personne pour l'attendre, alors le réconfort de la fumée lui servira une fois de plus d'exutoire, de rideau pour affronter la réalité de ce monde pourri.

Dans le congélateur, il attrape des légumes congelés, un pavé de poisson et met le tout dans ce cuit-vapeur électrique offert par il ne sait plus qui.

L'ordinateur se réveille, rapide tour des réseaux sociaux et partout la même merde déprimante. En fond, la télé diffuse un de ces jeux télévisés destinés a abrutir un peu plus le travailleur fatigué. Un animateur quelconque pose des questions sans intérêt à des candidats sans doute sélectionnés pour leur capacité à paraitre tellement ridicules que le spectateur en oubliera quelques minutes sa propre médiocrité.

En dessous les voisins s'engueulent, au-dessus les enfants crient et tapent sur le sol. Le cuit-vapeur sifflote tranquillement, emplissant la cuisine d'une vapeur de brocolis et de filet de cabillaud bon marché.

"TING", fait le cuit-vapeur, annonçant ainsi la fabuleuse orgie culinaire à moins de 300 calories.

Il se lève et prends son inhibiteur de la pompe à protons, nom fabuleux de ce médicament qui empêche le citoyen digéré par son entreprise de se digérer lui même à force d'acidité d'estomac. Il regarde le petit cachet et se dit que les mecs des laboratoires pharmaceutiques sont les plus grands génies de l'univers. Cet IPP pour les intimes, c'est un nom de médoc pour les superhéros, grâce à lui ils contrôlent leur superpouvoir de vomir de la bile à la face de leur patron.

Tout en devisant intérieurement sur la bénédiction qu'est le marketing et toutes ses formes, il avale le cachet avec un verre d'eau et s’assoit devant la télé, avalant sans réel plaisir son repas bouilli.

Les infos annoncent une nouvelle augmentation de la violence et du nombre de suicides. Le présentateur, qui fait montre d'autant d'émotion que s'il avait annoncé la défaite des bleus au mondial, explique, chiffre à l'appui, que depuis le début de l'année 2012, le nombre de morts violentes a progressé de 250% et que la courbe est exponentielle.

Tout cela ne lui fait ni chaud ni froid, il finit son assiette, sauce le fond d'huile d'olive avec un bout de pain à peine grillé. C'est son petit plaisir, chaque jour, ce petit bout de pain, et cette huile qui l'imbibe légèrement. Il mâche lentement, savoure les particules de gras qui se déposent à l'intérieur de sa bouche.

Puis c'est l'heure de la météo, et des cachets d'opium. Vieille prescription qui traine dans son armoire et lui apporte une douce torpeur d'autant plus agréable qu'elle est remboursée par la sécurité sociale.

Et finalement, il s'endort lourdement, à même le canapé, bercé par le flottement opiacé des pilules magiques.

 

02

02/12/2012

Vers quatre heures du matin, de violents coups sur la porte d'entrée résonnent dans tout l'appartement.

 

- Monsieur Lardey ! Jean Lardey ! Ouvrez la porte s'il vous plait ! Police Nationale !

 

Tiré de son sommeil par les impétrants, il titube doucement vers la porte, grognant vaguement quelque chose annonçant son arrivée. C'est un homme les yeux à moitié clos et collés qui ouvre à deux hommes qui ne semblent guère plus réveillés que lui, mais qui font de toute évidence des efforts pour paraitre vifs de corps et d'esprits.

 

- Désolé de vous réveiller, mais avez-vous entendu des bruits cette nuit, venant d'en dessous ? lui demande un homme d'une quarantaine d'années, l'air entendu et grave de celui à qui on ne la fait pas.

- Comment ça des bruits ? J'ai la gueule d'un mec qui a été tiré du sommeil par des bruits et qui du coup, s'est dit que tant qu'à être réveillé, autant se faire un café ? Et bien sachez que jusqu'à ce que vos coups résonnent, je dormais comme un bébé.

- Monsieur Lardey ? Prenez-vous des médicaments ? Je veux dire, de quoi vous aider à dormir ?

- Vous avez déjà fouillé mes ordonnances ou quoi ? Réponds Lardey soudain sur la défensive.

- Étant donné le massacre en dessous, il faut être soit sourd, soit défoncé, soit coupable pour n'avoir rien entendu. Apparemment vous n'êtes pas sourd, il vaudrait donc mieux que vous soyez sous médicament, si vous voyez ce que je veux dire...

 

S'écartant de la porte, un peu abasourdi, Jean fait signe aux policiers d'entrer.

 

- Finalement, ce café me ferait du bien je pense... Vous en voulez...

- Avec plaisir, merci.

 

Alors qu'il fait couler le café, emplissant la pièce d'une agréable odeur de matin d'enfance, celui qui s'avère être le commandant Bernardi, de la PJ de Marseille, lui fait un rapide résumé de la situation :

 

- D'après les premières constatations, il s'avère que vos voisins sont morts... Nous attendons confirmation du légiste, mais monsieur Pichard, le mari, aurait fracassé le crâne de sa femme et de ses enfants avec une brique, puis selon toute vraisemblance, se serait tué lui même en se frappant avec. Les avez-vous vu ou entendu se disputer récemment ?

Les deux flics ont l'air vraiment épuisés, et complètement dépassés par les événements.

- Ca a toujours été une famille sans histoires, pas que je les connaisse vraiment, je pars tôt et quand je rentre, je ne fais pas spécialement ami ami en fait, mais ils semblaient unis et joyeux. Les minots étaient polis et gentils, ils jouaient souvent dans la rue et ne semblaient pas traumatisés par des conflits familiaux. Et puis récemment, c'est vrai que j'ai entendu crier souvent le soir, les gamins pleuraient et les parents parlaient fort, se disputaient... Pas plus tard qu'hier soir. Mais bon, je n'étais pas là l'an dernier, mais le mois de décembre, avec cette putain de fête de Noël, les gens sont tendus... Je ne me suis pas alarmé outre mesure.

 

Le deuxième flic regarde Jean avec un air accusateur, et attrape sa tasse de café d'un air dédaigneux.

 

- Et c'est là que vous nous servez le couplet du si j'avais su ?

- Non j'en ai rien à foutre, et ça ne m’empêchera pas de dormir, pour ça j'ai ma propre vie. Si on commence à signaler aux flics tous les gens malheureux, vous allez devoir tripler les effectifs, et je n’ai pas l'impression que les politiques soient de cette humeur... Et puis franchement... Si je comprends bien, un homme fracasse le crâne de toute sa famille, puis se suicide en se donnant des coups de brique sur la tête, et personne le connaissant n'a rien vu venir ? C'est étrange non ?

 

Bernardi se lève alors, aussitôt suivi par son acolyte, et tend une carte à leur hôte.

 

- Vous comprendrez que nous ne pouvons pas discuter des détails de l'affaire avec vous. Mais je vous remercie pour votre temps et le café. Si des détails vous reviennent, n'hésitez pas à nous appeler.

- On fait ça ouais... Bon courage ! bâille Jean en les reconduisant à la porte.

 

Une fois seul, il retrouve un peu de son malaise... 4h30 à peine et inutile d'essayer de se rendormir. Il va falloir aller au bureau, malgré la fatigue, et il a déjà mal au ventre. Il se fait couler un bain et s'envoie un gaviscon à la mémoire de ses chers voisins. Dans la cage d'escalier, les allées et venues des flics résonnent comme autant de rappel que le monde part en couille et que rien ne semble pouvoir le sauver.

 

Il allume son ordinateur et, devant un deuxième café, parcours un peu les sites d'actualité et s'aperçoit rapidement que rien n'est fait pour calmer son estomac.

 

Regain de violence interethnique en Afrique du Sud Après des années de calme, la mort récente de Nelson Mandela semble avoir libéré la parole des Afrikaners. Après quelques semaines de meetings haineux et d'appels à la suprématie de la race blanche, plusieurs expéditions punitives ont été conduites dans les quartiers pauvres de Soweto...

 

 Les réserves Indiennes du Dakota en proie à des attaques  La nuit dernière, la réserve indienne de Pine Ridge, dans le comté de Shannon, Dakota, a été victime d'une attaque. Le Bureau des Affaires indiennes privilégie la piste de l'attaque raciste. Il faut dire que depuis que les chefs indiens de tous les États-Unis se sont réunis en congrès et ont dénoncé, de manière forte et très médiatique, la surexploitation de leurs terres par les compagnies pétrolières, plusieurs mouvements suprématie ont appelés à "finir le travail qu'avaient commencé les premiers colons".

 

Explosion des violences conjugales au dernier semestre L’ Association des Médecins Urgentistes de France a publié un rapport le 1er décembre appelant les pouvoirs publics à prendre des mesures urgentes de lutte contre les violences conjugales. En effet, au deuxième semestre de cette année, le nombre d'hospitalisations d'urgence suite à des violences conjugales a augmenté de 200% par rapport à l'année 2011, qui avait déjà battu un record. L'association, par la voix de son porte-parole, s'inquiète de cette dérive et pointe du doigt...

 

La FFF annonce la suspension du championnat Après les heurts entre supporters ayant entachés toutes les dernières rencontres du championnat de Football français, la Fédération de Football a annoncé ce matin que le championnat était suspendu jusqu'au 25 janvier 2013. En effet, lors des émeutes ayant suivi les matchs, la moitié des équipes de L1 compte au moins 4 joueurs titulaires blessés sérieusement par des supporters adverses. Cette suspension devrait permettre aux joueurs de guérir leurs blessures. Le porte-parole de la fédération indique également que tous les matchs de la saison se joueront à huis clos. Le directeur de TF1 s'est insurgé contre cette décision et indique qu'il compte porter plainte pour obtenir réparation des recettes publicitaires perdues à cette occasion.

 

Et les nouvelles de ce genre continuaient sur des pages et des pages... a croire que ces putain de Mayas avaient raison sur la fin du monde.

Il referma l'ordinateur en poussant un soupir, il était 6h et il pouvait enfin retrouver sa routine rassurante, oublier le monde extérieur et plonger dans son morne quotidien.

À 7 h 15, il enjambe les valises de la police scientifique dans l'escalier et entame son trajet quotidien...

La radio en fond sonore annonce les informations, il monte un peu le volume et bientôt, la voix suave et distanciée de l'animateur annonce encore quelques malheurs. Bien entendu, l'information principale est la suspension du championnat de foot, et la part belle est laissée à ces supporters en colère fustigeant  »ces lopettes trop payées qui pleurent pour quelques contusions ». Il s'apprête à couper le son lorsqu’on parle enfin de sa nuit dernière.

 

 «Dans les Bouches-du-Rhône, Saint Chamas, petit village paisible au bord de l'eau, a connu une nuit d'horreur. La police a été appelée dans la nuit par des voisins inquiets ayant entendu des bruits et des cris suspects… »

 

- Paie tes clichés connard, fait-il comme si le présentateur pouvait l'entendre

 

«A leur arrivé sur place, les enquêteurs ont découvert l'ensemble d'une famille massacrée à l'aide d'une brique. Le mari, Monsieur Pichard, semble avoir perdu le contrôle de lui même et aurait tué sa femme et ses enfants avant de se donner la mort lui même en se frappant le crâne avec la même arme improvisée. La police est dubitative quant aux raisons de cet acte et la famille des victimes jure qu'elle n'a rien vu venir. Selon une source proche de l'enquête, les enfants n'auraient pas souffert et auraient été tués dans leur sommeil. Mme Pichard aurait été tuée en dernier et, toujours selon notre source, aurait mis plusieurs minutes à mourir. Les psychiatres s'interrogent déjà pour savoir comment le tueur et victime aura fait pour trouver la force de se tuer lui même avec une brique. Nous vous tiendrons informé de cette affaire hors du commun et à 8h30, le Professeur...»

 

Il coupe le son et fouille dans son sac, et en sort un calmant qu'il avale avec son eau... dernière étape du rituel avant la journée dans le cocon malsain du bureau. À peine assis derrière son ordinateur, il commence à raconter ses aventures nocturnes à ses collègues lorsque son téléphone sonne, indiquant une ligne extérieure.

 

- Jean Lardey oui.

- Monsieur Lardey bonjour, je suis Sandrine Tortesi, journaliste pour La Provence, j'aurais souhaité vous poser quelques questions sur les évènements de la nuit dernière.

- Mais bordel comment avez-vous eu cette ligne ? Laissez-moi tranquille ! hurle-t-il en raccrochant.

- Toi t’as une journée de merde qui s’annonce, lui glisse un collègue, avec un sourire entendu de celui qui compatit, mais qui est bien content de ne pas être celui qui subit. À tous les coups, le chef va t’appeler dans 2 minutes !

- Manquerait plus que ça ! Putain de merde.

 

Il attrape son paquet de clopes et passe son blouson, empli d’une furieuse envie de respirer l’air froid de l’hiver plutôt que cette clim souffreteuse qui crache autant de miasmes que d’air chaud. À peine levé, le chef entre dans le bureau, et regarde Jean d’un air dubitatif…

- Ça fait à peine 10 minutes que vous êtes là et vous prenez déjà une pause ? Il pousse un petit rire contenu, ce rire qui donne envie de lui faire manger ses dents par les narines une à une.

- Ha vous ! Ne commencez pas à me casser les couilles de bon matin ! réplique Jean en le bousculant presque pour gagner la sortie.

 

Interloqué, le Chef ne dit rien, et le regarde passer avec le regard de celui qui a le pouvoir et qui va bientôt s’en servir.

 

Cette cigarette ne le calme pourtant pas. Il se remémore son réveil par la police, les bruits des techniciens, leurs rires, leurs blagues vaseuses, destinés à faire oublier un peu de l’horreur de leur quotidien. Il se souvient aussi des disputes des Pichards, du sourire de la femme, charmante, des rires des enfants, il imagine tous ces corps, ensanglantés et inertes. Il compatit avec les thanatopracteurs, qui vont devoir faire l’impossible pour rendre les morts présentables. Il se demande s’il aurait pu faire quelque chose, si seulement il n’avait pas pris ces cachets, s’il s’était réveillé, s’il avait fait attention et si, et si, et si…

 

Vivifié par le mordant du léger mistral qui souffle, il remonte à son poste et s’installe, et tente, tant bien que mal de reprendre son quotidien quand le Chef entre de nouveau dans le bureau, un petit sourire en coin.

- Jean, tu es suspendu. T’es allé trop loin cette fois-ci. Tu prends ton sac et tu attends le coup de fil de la direction pour ta convocation en commission disciplinaire. T’es fini, tu entends, fini, et tes potes du syndicat ne pourront rien pour toi cette fois-ci.

 

Il attrape son sac, salue ses collègues, peut-être pour la dernière fois puis, passant près du Chef, le regarde avec lui aussi un sourire entendu. Il le fixe, une seconde, puis deux, sans bouger. À quelques centimètres de lui, il attend, patiemment, il le fixe… Et ce qu’il attendait arrive, le signal, la permission, la violation ultime de son espace, le geste de trop. Le Chef le pousse légèrement sur l’épaule avec un ricanement dédaigneux.

- Aller, dégage maintenant ! lui fait-il sur un ton condescendant.

Et c’est 10 ans d’humiliation professionnelle et de frustration bureaucratique, qui s’expriment à ce moment-là. En même temps que la boule au ventre remonte dans sa gorge, tous ses muscles abdominaux se contractent, suivis de près par les dorsaux, puis ceux du cou. Le coup de tête part tout seul, telle une explosion. CRAC fait le nez du chef, qui s’écroule au sol en hurlant.

Pas un mot de plus, pas un regard. Jean se dirige vers la sortie, un sourire aux lèvres, un sentiment de liberté retrouvé, de légèreté atteinte.

Il rentre chez lui, vide sa pharmacie, jette l’opium, les pansements gastriques, tous ces artefacts de normalité. Il est lui même… enfin...

 

 

03

03/12/2012

Bernardi n’a pas dormi de la nuit. Le massacre de Saint Chamas, comme l’appelle désormais la presse, l’a occupé une bonne partie de la soirée. Il n’était rentré chez lui qu’à 7 heures ce matin et avait passé pratiquement toute la journée d’hier sur les lieux.

En 20 ans de police, dont 10 à enquêter sur les morts violentes, il n’avait jamais rien vu de tel. Des jobards, des psychopathes ou des tueurs de sang-froid, il en avait vu, il en avait arrêté, et il lui était même arrivé, d’en descendre un, plus ou moins en légitime défense.

Et contrairement à ce que laissent prétendre les films américains, tuer, même le dernier des salauds, n’avait rien d’anodin. Il n’avait pas fait un high five avec son coéquipier, il n’avait pas jeté un regard dédaigneux sur le cadavre avec ce sentiment de justice aboutie.

Bernardi n’était pas comme ceux qu’il traquait. Chaque fois qu’il avait dû tuer, pour sauver sa vie, ou celle d’un autre, cela avait été suivi d’une longue période de souffrance, de culpabilité. À chaque fois, il était malade, à chaque fois il retournait la situation dans sa tête pendant des nuits entières, se demandant s’il aurait pu faire autrement.

Mais un point commun reliait toutes les affaires qu’il avait eu à résoudre jusqu’à aujourd’hui, tous les meurtres, tous les suicides avaient une raison, bonne ou mauvaise : la jalousie, l’argent, la religion, les croyances, ou, dans le cas de certains sociopathes, le plaisir.

La veille, avec l’aide de la police technique et scientifique, il avait passé des heures à chercher une raison à ce massacre, et il n’avait rien trouvé. Pas d’amant, pas de drogue, pas de problèmes visibles… Une famille unie, heureuse… et tout à coup, la folie meurtrière.

Il avait déjà vu des affaires où le mari massacre sa femme, et ses enfants, et même parfois le chien. Mais à chaque fois, soit le suicide était violent et rapide, soit le tueur attendait la police, incapable de mettre fin à ses jours, comme s’il devait être puni pour ce qu’il avait fait.

Mais ici encore, rien n’était normal. Si les enfants et la femme avaient été tués avec moins d’une dizaine de coups de brique, Pichard s’était infligé plus d’une cinquantaine de coups, plus ou moins forts, avant de causer suffisamment de dégâts cérébraux pour mourir… cinquante coups… mais quel homme pouvait s’infliger cela ? Qu’avait-il eu en tête ? Que s’était-il passé ?

 

En fouillant l’appartement de fond en comble, la PTS n’avait rien trouvé, pas de drogue ou de manifeste d’une secte quelconque. Sur l’ordinateur, à part un ou deux sites pornos, rien dans l’historique, ni dans les emails, ne laissaient présager quoi que ce soit. Au contraire, Mme Pichard avait échangé des messages avec sa meilleure amie 2 jours avant le drame, elle lui expliquait combien leur couple était renforcé depuis qu’ils avaient entrepris ensemble de retourner à l’université.

 

Lui cadre dans une entreprise, elle était employée dans une librairie. Ils s’étaient trouvé une passion commune pour l’histoire sud-américaine lors d’un voyage au Mexique un an plus tôt.

 

Le couple parfait, avec deux enfants ne souffrant même pas de dyslexie, alors que depuis quelques années, les médias laissaient à penser que 80% des enfants le sont.

En bref, Bernardi et son équipe n’avaient pas le moindre début de commencement d’une piste. C’est donc hier à 6h qu’ils ont quitté les lieux en espérant que l’autopsie donne quelque chose, sans grand espoir.

 

À peine a-t-il pris une douche que son téléphone sonne. En caleçon et pied nu, il glisse vers la table de l’entrée pour l’attraper, décrochant dans la même foulée

- Commandant, c’est Guernoult, fait son adjoint.

- Oui Olivier, je sais, ton nom s’affiche quand tu m’appelles… répond le commandant d’un ton las.

- Pardon commandant, je sais que vous vouliez vous reposer, mais le commissaire nous demande de retourner à Saint Chamas. Vous savez Lardey, le voisin des Pichards, il a pété un câble au boulot et aurait mis un coup de boule à son boss. 10 points de suture, le nez cassé… du bel ouvrage. Il nous demande d’aller chez lui pour l’interroger, les cellules de GAV sont pleines pour le moment…

- Passe me prendre alors…

 

Le commandant repasse les mêmes fringues, et attrape son holster. Il n’a pas fait une vraie nuit de sommeil depuis bientôt une semaine et, à presque 44 ans, ça ne lui réussit pas vraiment. Son boulot lui a déjà couté son mariage et la garde de ses gosses, il allait finir par lui prendre la santé aussi. Il pourrait ainsi correspondre parfaitement au stéréotype du flic solitaire, pâle et mal nourri… Parfait pour une promotion de commissaire à l’ancienneté.

 

Le mois de décembre a toujours été difficile pour la police, les pompiers et les hôpitaux. Les fêtes de Noël font ressurgir ce qu’il y a de pire en chacun, mais cette année, les records étaient battus, et de loin.

 

Il est en pleine réflexion sur cet état de fait inquiétant lorsqu’il entend la voiture banalisée que conduit Guernoult se garer dans sa rue. Il monte alors avec son équipier, et un gobelet de café pour le trajet.

À peine la voiture démarrée, il fouille les poches de sa veste, cherchant son téléphone, qu’il ne trouve pas…

- Ha merde, mon téléphone, je l’ai oublié dans l’entrée… Tant pis, on en aura pas pour 3 heures hein…

 

A 9h30, ils sont de retour devant le vieil immeuble de Saint Chamas et utilisent le jeu de clé des Pichards pour pénétrer dans l’immeuble l’immeuble. À peine quelques marches montées, ils entendent distinctement de la musique au deuxième étage, venant de l’appartement de Lardey.

 

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Jean n’a pratiquement pas dormi cette nuit. Sevrage des opiacés, angoisse de la liberté retrouvée… il se sent comme un prisonnier sortant de 10 ans d’enfermement, heureux, mais craintif de l’avenir. Un collègue l’avait appelé hier soir en disant que le Chef avait prévenu les flics et voulait porter plainte. Cela ne l’avait pas étonné outre mesure, et il avait fêté ça avec une pizza, chose qu’il ne mange que très rarement à cause de son estomac fragile.

Il n’avait pas trouvé le sommeil tout de suite, il avait tourné, lu, pensé, puis relu. Il avait savouré les bruits de la nuit qu’il avait perdu l’habitude d’entendre, abruti par l’effet des opiacés qu’il prenait.

La vie avait un nouveau goût, et il comptait bien en profiter.

C’est fort de ces nouveaux sentiments qu’il s’était réveillé, après 3h de sommeil plus réparateur que les nuits longues, mais agitées qu’il faisait avant.

Il avait déjeuné avec appétit, et écoutait maintenant de la musique, au hasard, en fumant des cigarettes sur son canapé, regardant le ciel éclatant comme seule l’action conjuguée du mistral et de l’hiver pouvait donner.

Il en était à se demander où il pourrait bien partir quelques jours quand retentirent les mêmes coups à la porte que la nuit précédente…

 

- Monsieur Lardey, Police Nationale…

- J’arrive, répond-il d’une voix enjouée.

 

Il sourit lorsqu’il constate que Bernardi est celui qui vient de frapper. Un court instant, il s’imagine que cela n’a rien à voir avec son affaire d’hier, mais qu’ils veulent le questionner à propos des Pichard. Alors qu’il s’efface afin de laisser entrer les deux coéquipiers, seul le commandant entre, son adjoint restant sur le seuil de la porte, bras croisés et mine patibulaire.

- Commandant, j’ai réfléchi cette nuit et à propos d’hier je voulais…

- Nous ne sommes pas là pour ça Monsieur Lardey, annonce Bernardi d’un air sévère. Il semble que vous ayez quelque peu perdu les pédales sur votre lieu de travail hier.

Jean sourit, franchement et sincèrement. Il se dirige vers la cuisine et se sert un café.

- Vous en voulez ? Moi je m’en ressers un petit, c’est un café brésilien qu’un ami m’a rapporté. Il a un goût vraiment inimitable, rien qu’en le respirant on sent les plages, les nanas et la musique… Fabuleux.

Le gorille resté à la porte avance alors vers lui, l’air menaçant.

- Répond à la question du commandant au lieu de dire des conneries ! lui fait-il, surjouant la colère.

Ne pouvant se retenir de rire, le suspect regarde Bernardi avec étonnement.

- Il prend des cours avec les acteurs de plus belle la vie ? Non vraiment, vraiment convainquant. Bravo Monsieur… ? Je n’ai pas retenu votre nom.

- Lieutenant Olivier Guernoult, lui répond l’autre, visiblement décontenancé d’avoir raté son effet.

 

Coupant court à la petite joute verbale, Bernardi fait signe à Jean de s’asseoir.

- Nous allons avoir une petite discussion, et si vous pouviez garder votre sérieux quelques minutes, vous nous aideriez grandement. Sincèrement, pensez bien que nous avons autre chose à faire que de venir interroger des gens qui se bagarrent au travail.

 

Comprenant bien la détresse des forces de police, et avec le sérieux retrouvé du citoyen voulant faire son devoir, Lardey s’assoit non sans demander silencieusement à Guernoult s’il est certain de ne pas vouloir de café.

- Bon j’avoue, j’ai effectivement mis un coup de tête à mon chef hier, après qu’il m’ait annoncé que j’étais suspendu. Comme vous le savez, j’avais eu une sale nuit, j’ai eu un mouvement de mauvaise humeur après que la presse a appelé sur ma ligne de bureau. Cela lui a déplu, il est revenu m’annoncer la suspension, il s’est approché de moi et m’a poussé vers la porte en souriant comme un con imbu de lui-même, ce qu’il est si je peux me permettre. Il était trop proche, tellement que je sentais son haleine… je n’ai pas pu résister. C’est parti tout seul.

 

Il sourit en racontant… c’est plus fort que lui, il se rejoue la scène et la trouve particulièrement tordante.

 

- Et cela vous fait rire ? Vous avez cassé le nez de votre chef, il a plusieurs points de suture et un arrêt de 6 jours de travail et vous souriez. Vous savez ce que vous risquez ? lui rétorque le commandant d’un ton peu convaincu.

- Je ne sais pas ce que je risque. Et franchement, je m’en fous. Ça m’a fait un bien fou de lui mettre ce coup de tête. Je suis étonné qu’il n’en ait pas reçu un plus tôt. De toute façon, s’il porte plainte, j’ai tellement de dossiers sur lui qu’il risquera bien plus qu’une petite amende. Et puis il y a eu provocation de sa part. J’aurais l’excuse de ma mauvaise expérience de la nuit précédente… Je ne m’y connais pas en droit Commandant, mais avec l’introduction des jurés en correctionnelle et l’avocat du syndicat, nul doute que je sortirais aussi libre que maintenant… Franchement, je suis même étonné que la plainte fasse l’objet d’une instruction…

- Votre chef connait du monde. Et la direction veut faire un exemple. Apparemment, les cas d’insubordination se multiplient ces derniers temps, comme tout le reste d’ailleurs… Franchement Jean, je peux vous appeler Jean ? A mon sens ça ne devrait pas aller plus loin. Mais le juge d’instruction insiste…

 

Alors que Lardey s’apprête à répondre, son téléphone, posé sur la table à côté de lui, vibre, et fait résonner le meuble qui emplit la pièce d’un bruit aussi désagréable que salvateur.

- Vous permettez, c’est le bureau ? fait-il en saisissant son téléphone.

Ayant eu l’autorisation du commandant, il décroche son téléphone et semble absorbé directement par la conversation.

- Allo ! … oui… Quoi ? Vous êtes certain ? Ça n’est certainement pas lui… En tout cas je n’y suis pour rien, et j’ai un alibi en béton… Ouais je vous tiens au jus… Ils sont chez moi justement… Salut et merci !

 

Jean raccroche, et regarde les deux flics tour à tour…

- Vous n’avez pas de téléphone ?

- Dans la bagnole… fait Guernoult.

- Sur ma table d’entrée, répond Bernardi.

- Bein vos chefs sont à mon bureau, ils cherchaient à vous joindre et ont fait appeler mon collègue sur mon portable… Y’a eu un nouveau massacre en salle de réunion, il y a une heure. 4 morts, dont mon chef qui malgré ses jours d'arrêt n'a pas pu se retenir d'aller au boulot…  On dirait que mes problèmes s’envolent… plaisante-t-il sans conviction.

Les trois hommes semblent accuser le coup, tous ensemble, lié par une sorte de solidarité de la merde.

- Vous permettez que j’utilise votre téléphone ? lui demande Bernardi, l’air hagard. Et je prendrais volontiers un café finalement, ajoute le commandant en attrapant le combiné.

- Pareil… fait Guernoult en venant s’affaler sur le canapé, aux côtés de son chef.

 

Jean quitte le salon pour se rendre dans la cuisine et relance une tournée, tâchant d’entendre la conversation téléphonique. Mais le bruit de la machine l’empêche d’écouter, et il ne capte que quelques bribes inutiles des propos de Bernardi.

 

Il remplit trois tasses et retourne auprès des flics, leur tendant le café fumant. Il s’assoit en face de Bernardi et attends sagement.

 

- Je vous confirme qu’un nouveau massacre a eu lieu ce matin très tôt. 3 cadres de votre boite ainsi que votre chef. Ils cherchent encore qui a commencé, la scientifique est sur les lieux. A priori, ils se sont battus à coup de tout ce qu’ils trouvaient sur place… Nous n’avons donc plus rien à vous reprocher je pense.

 

Faisant signe à Guernoult, Bernardi avale son café, grimaçant sous l’effet de la chaleur et de l’amertume, et se lève.

Arrivé à la porte, il salue Jean en lui serrant la main.

- Tâchez de vous reposer Messieurs, vous avez des tronches de déterrées… dit leur hôte d’un air compatissant.

Un petit sourire aux lèvres Bernardi lui annonce qu’il ont eu droit à leur journée, et qu’il compte bien en profiter.

 

Une fois seul, Jean s’installe sur son canapé, finissant tranquillement son café, et savoure sa liberté confirmée.

Il rallume la musique, Odezenne chante Dedans, il écoute ces paroles si justes, qui résonnent autrement en lui.

Vers 11h, il décide d’aller manger à Salon de Provence, une pizza du cours Gimon, en marchant au centre-ville.

Il attrape sa veste, ferme à clé et profite un peu de l’hiver.

Une fois dehors, il constate que le mistral est tombé, adoucissant un peu la température.

 

Bernardi et Guernoult se séparent au pied de l’immeuble du commandant. Ce dernier monte rapidement chez lui et constate effectivement que le commissaire a essayé de l’appeler plusieurs fois. Il écoute sa messagerie et constate que son contenu ne contient rien de plus que ce qu’il sait déjà. Il enlève ses chaussures, qui ont semblé peser de plus en plus lourd au fil de la matinée, et s’allonge sur son canapé. Quelques minutes plus tard, il dort d’un sommeil lourd et réparateur.

 

A 1h du matin, la sonnerie stridente qu’il a affectée au numéro du commissariat le réveille en sursaut...

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